En ce début de saison, nous avons voulu nous lancer dans un projet qui nous trottait dans la tête depuis quelques temps : établir une hiérarchie du peloton actuel. Dans de nombreux sports collectifs, le football et les sports américains notamment, la chose est coutumière. ESPN a par exemple pris l’habitude d’établir chaque année, pour la NBA et la NFL, un top 50 voire un top 100. Dans le cyclisme, nous n’avons pas le souvenir d’être tombé sur un tel classement. Nous avons décidé de le faire nous-même. Le critère : qui aurions-nous pris dans notre “équipe type” au 1er janvier 2018 ? Bien sûr, notre top 50 portera à débat. Au sein même de la rédaction, où la plupart d’entre nous ont passé plusieurs heures à définir leur hiérarchie, il y a eu des désaccords. Mais au terme de plusieurs tours de votes, voici notre verdict.

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10. Nairo QUINTANA 166 points / 27 ans / Colombien / Movistar

Il y a quelques années, le grimpeur colombien se serait sûrement retrouvé plus haut dans ce classement. Parce qu’il était le seul en mesure de faire trébucher Chris Froome sur le Tour de France, et qu’en attendant d’y parvenir, il s’était attelé à s’offrir d’abord le Giro, puis la Vuelta. Mais face à l’invincibilité apparente de l’équipe Sky, le garçon s’est petit à petit replié sur lui-même, jusqu’à devenir une parodie de challenger : attentiste, peureux, préférant assurer sa place sur le podium plutôt que de tout risquer pour s’offrir une chance de décrocher le maillot jaune.

Jamais d’ailleurs, sur le Tour, Quintana n’a eu l’honneur de la tunique de leader. Parce qu’il ne s’est jamais vraiment employé à aller la chercher. Curieusement, l’an passé, il s’est lancé un défi encore plus fou que de gagner le Tour : le faire en ayant le Giro dans les pattes. Résultat, le Colombien a fait chou blanc et vécu sa saison la moins satisfaisante depuis son éclosion au plus haut niveau – pour ne pas dire que c’est la plus décevante. Le rebond est attendu.

9. Marcel KITTEL 166 points / 29 ans / Allemand / Katusha-Alpecin

Pour un sprinteur de grande envergure, il n’y a pas dix révélateurs dans la saison. Au mois de mars, pour certains d’entre eux, il y a Milan-Sanremo. Mais encore faut-il être capable d’assumer une course de 300 kilomètres et passer le Poggio avec les meilleurs pour avoir une chance ensuite, dans la ligne droite finale. Ce n’est pas le cas de Marcel Kittel. Alors pour l’Allemand, il y a le Tour de France, forcément, et son maillot vert malgré tout devenu très hypothétique, même quand on est le meilleur sprinteur du monde, à cause de l’ogre Sagan.

Et en juillet justement, Kittel se rate rarement. Quatre étapes en 2013 et 2014, une en 2016, et surtout cinq en 2017 : le garçon n’est jamais vraiment rassasié. Il n’est pas encore au niveau de l’extraterrestre Cavendish entre 2008 et 2011, mais pas loin tout de même. Et si on peut regretter, parfois, qu’il n’ait pas un concurrent permanent en face de lui – les autres se relayant avec une régularité toute relative depuis plusieurs années – il n’y peut rien. Lui se contente de se tailler la plus grosse part du gâteau.

8. Alejandro VALVERDE 175 points / 37 ans / Espagnol / Movistar

On le répète presque par réflexe, sans trop vraiment y faire attention tant c’est devenu une évidence : c’est comme si Alejandro Valverde n’était pas touché par le poids des années. S’il était déjà l’un des meilleurs puncheurs de la décennie précédente, il est devenu quasiment intouchable depuis 2014. L’Amstel, le Tour de Lombardie et les Mondiaux lui résistent encore, mais cela devient de l’ordre du détail tant sa domination semble immuable sur la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège.

Alors forcément, après tout ça, on n’ose pas un instant imaginer que sa grosse blessure, intervenue en juillet dernier sur le prologue de Düsseldorf, puisse sonner la fin de l’ère Valverde. Comme toujours après ses coups durs, l’Espagnol reviendra. Plus fort est presque inenvisageable, mais autant, oui. Comme s’il n’y avait que lui, en vérité, qui pouvait sonner la fin de sa razzia.

7. Philippe GILBERT 180 points / 35 ans / Belge / Quick-Step Floors

Personne n’avait oublié son palmarès. Un triplé ardennais et un titre de champion du monde, notamment, restent à la postérité pour longtemps. Mais on avait commencé, petit à petit, à classer Philippe Gilbert parmi les anciens sur le déclin. Vaste erreur, tout le monde en a pris conscience au printemps dernier lorsque Wallon, fraîchement arrivé chez Quick-Step, a mis tout le monde à l’amende sur les flandriennes. Son raid incroyable sur le Ronde restera gravé dans les mémoires pour un bout de temps, mais il n’était que la conclusion d’une formidable campagne.

Deux semaines plus tard, Gilbert s’était même permis de clore le bal sur cette Amstel qu’il connaît si bien. Les années sont là mais n’ont pas altéré son sens de la course. A chaque fois, c’est en flairant le bon coup, en plus d’être costaud, qu’il fait la nique à ses rivaux. Dans le camp des battus : Sagan, Van Avermaet et Kwiatkowski selon les semaines. Du grand “Phil”. Lefevere peut se frotter les mains : ce seul printemps aura suffi à rentabiliser l’investissement.

6. Tom DUMOULIN 180 points / 27 ans / Néerlandais / Team Sunweb

Il a bluffé tout le monde en l’espace de trois semaines seulement. Il ne s’avançait pas du tout en tant que favori du Tour d’Italie mais à Milan, c’est bien lui qui portait le maillot rose de vainqueur. Rien ou presque ne le laissait envisager. Plus tôt dans la saison, il n’avait terminé “que” sixième de Tirreno-Adriatico, derrière des coureurs comme Thomas ou Roglic. Plus ou moins sa place sur l’échiquier mondial, pensait-on alors. Bon rouleur mais pas assez bon grimpeur, il devait passer un cap.

Il l’a alors fait sous nos yeux, tenant tête à Quintana, Nibali et Pinot. En trois semaines, il est devenu celui que tout le monde veut désormais voir face à Chris Froome. On imaginait le duel sur le Tour de France, il n’aura, à coup sûr, pas lieu cette année : le Néerlandais ne veut pas miser sur le mois de juillet. En revanche, si Froome est bien là au départ d’Israël, pour le prochain Giro, on aura droit au fameux affrontement. Savoureux.

LA MÉTHODE

Six de nos rédacteurs ont établi leur classement des 60 meilleurs coureurs du peloton, sans pré-sélection. Après exclusion du meilleur et du moins bon vote pour chaque coureur, nous avons conservé les 50 premiers (sur 82 coureurs cités) pour un deuxième tour. Il revenait alors à chacun d’établir une nouvelle hiérarchie en tenant compte de ces sélectionnés. 50 points allaient au premier, 1 au dernier, puis nous avons de nouveau exclu, pour chacun, le meilleur et le moins bon score pour livrer notre classement final.
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