Il y a une dose de résurrection dans le printemps de Philippe Gilbert. L’an passé, à 33 ans, l’âge du Christ, il avait traversé la campagne de classiques avec beaucoup – trop – de discrétion. Un transfert et un nouveau programme plus tard, il est redevenu le patron des classiques. Invraisemblable.

Le pari Quick-Step

Philippe Gilbert n’est pas un Lion. Parce qu’il n’est pas Flamand. Mais il a tout, quand même, d’un roi. Un roi que l’on croyait en pré-retraite et qui, finalement, en l’espace de même pas un mois, a remis la main sur tout un territoire : celui des classiques. Depuis le 22 mars, il n’a terminé qu’une seule course ailleurs que sur l’une des deux plus hautes marches du podium. Deuxième d’A Travers la Flandres et du GP E3. Vainqueur des Trois jours de La Panne, du Tour des Flandres et de l’Amstel. C’est l’anecdotique Flèche Brabançonne, où il courait pour son coéquipier Petr Vakoc, qui vient à peine noircir le tableau (15e). Assez pour effacer des mémoires deux derniers printemps bien tristes, où seuls deux podiums sont venus garnir son palmarès. Merci la Classique du Limbourg (3e en 2016) et la Brabançonne (3e en 2015). Elles peuvent avancer qu’elles ont eu « Phil » sur leur podium. Le Belge, lui, s’en vantera beaucoup moins.

Difficile de comprendre ce qui a pu transformer un ancien cannibale en simple grand nom inoffensif, l’espace de quelques saisons. Mais il est beaucoup plus aisé de comprendre sa renaissance actuelle. Elle tient en deux mots : les pavés. C’est sur les flandriennes que Gilbert rêve, depuis un moment, de briller. Sauf qu’il fallait pour ça quitter BMC, où Greg van Avermaet, à force de persévérer, avait obtenu un pré-carré sur lequel on ne lui mettait pas l’imposant Gilbert dans les pattes. Pour le Belge, ce fut la Quick-Step de Patrick Lefevere. Le fantasme d’une carrière, jusque-là inassouvi. Devenu possible justement parce que Gilbert en avait tant envie que, pour ça, il était prêt à baisser son salaire. Sur le papier, rien ne paraissait simple. L’effectif était pléthorique, l’ancien champion du monde plus au sommet de son art, et pour les flandriennes, ce devait être tout pour Boonen, en quête d’un dernier grand succès avant de raccrocher.

Rappelez-vous 2011

Sauf que très vite, Gilbert est devenu une évidence. Pour Lefevere comme pour tous les autres, coéquipiers et concurrents. Pas sur A Travers la Flandre, une épreuve encore trop secondaire pour révéler de vraies tendances. Mais sur le GP E3, où le Wallon accrochait déjà la roue d’un Van Avermaet aérien. Battu à Harelbeke, le garçon avait finalement gagné la confiance de Quick-Step. La suite, c’est cet improbable doublé Tour des Flandres-Amstel, jamais vu depuis Jan Raas en 1979. Deux épopées de 40 kilomètres – et même un peu plus sur les bergs flamands –, seul ou accompagné, pour fausser compagnie aux grands favoris, desquels il se posait en challenger : Sagan, Van Avermaet, Valverde ou Matthews. Le champion olympique a largement pu se consoler pendant toute la campagne. L’Espagnol pourra encore le faire sur la Flèche et Liège. Mais l’Australien et le double champion du monde ont dû se ronger pas mal d’ongles en voyant le vétéran de 34 ans leur faire la nique comme à ses plus belles années.

Parce que oui, pour retrouver un printemps aussi abouti de la part de Gilbert, il faut remonter à 2011 et cette improbable campagne ardennaise. Vainqueur de l’Amstel, de la Flèche et de Liège, à 28 ans, le garçon était à l’époque le meilleur coureur du monde. Un extraterrestre sur la planète vélo. Il n’a plus ce statut, aujourd’hui dévolu, pour ce qui est des classiques, à un Peter Sagan pas toujours vainqueur mais attraction permanente. Gilbert, lui, se contente d’écrire son histoire. Celle d’un coureur déjà vainqueur de trois monuments différents, désormais aussi à l’aise dans les bosses que sur les pavés, et que l’on espère voir partir à la conquête de Milan-Sanremo et Paris-Roubaix. Pour le reste, on a oublié de dire que dimanche, après avoir chuté, il a remporté l’Amstel avec une déchirure du rein. Résultat, un forfait pour la suite des ardennaises. Le printemps du Belge est donc terminé. Mais il fut grand. A la hauteur de la place qu’occupe désormais Gilbert dans l’histoire.

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