A Milan, Tom Dumoulin peut enfin relâcher la pression, le maillot rose ne quittera plus ses épaules - Photo RCS Sport
28 mai 2017
Par  Robin Watt 
pub Grupetto Shop

Au mérite

Nairo Quintana avait encore un kilomètre à parcourir avant de franchir la ligne, mais Tom Dumoulin venait de comprendre. Le Colombien n’allait pas en terminer dans les temps pour conserver son maillot rose : le Néerlandais pouvait exulter. Deux ans après une Vuelta terminée en eau de boudin, il remporte son premier grand tour. En l’ayant mérité plus que tous ses rivaux.

Envers et contre tout

Son profil n’enchante pas forcément. Du moins au premier abord. Rouleur avant d’être grimpeur, Tom Dumoulin rappelle quelques uns de ses aînés, Miguel Indurain et Bradley Wiggins en tête, rarement pris en flagrant délit de panache. Mais s’il ne cache pas s’être inspiré de l’Espagnol et surtout du Britannique, le garçon sait aussi se détacher de ses modèles. Oui, il forge ses victoires dans les chronos, et ce fut le cas sur ce centième Giro. Vainqueur à Montefalco, deuxième à Milan, il a survolé les deux étapes en solitaire. Mais il a aussi appris à dompter la montagne plus qu’à la subir. La montée d’Oropa en fut un improbable symbole. On y attendait les purs grimpeurs, c’est finalement Dumoulin qui s’y est imposé. Maillot rose sur le dos, en véritable patron. Parce que beaucoup l’avaient un peu oublié au départ d’Alghero au moment de citer les favoris. Alors que le Néerlandais, lui, savait qu’il venait pour la victoire.

Dès le Blockhaus, lors de la neuvième étape, tout cela est devenu très clair pour ses rivaux. Derrière Nairo Quintana et dans la roue de Thibaut Pinot, on trouvait déjà le leader de l’équipe Sunweb. Amoindri par l’abandon de son seul lieutenant, Wilco Kelderman, avant même le début des choses sérieuses, mais déterminé à montrer qu’il était apte, désormais, à battre les spécialistes sur leur terrain. La suite fut une succession d’étapes où Tom Dumoulin s’amusait à frapper fort. Le voir coller deux minutes à tous ses adversaires sur le premier contre-la-montre n’était pas surprenant, mais inquiétant pour tous les autres. Le voir revenir sur Quintana vers Oropa, contrer le Colombien et se mettre en position de chrono sous la flamme rouge, était en revanche beaucoup plus surprenant. Et aussi beaucoup plus inquiétant pour le trio Quintana-Nibali-Pinot. Dumoulin était juste trop fort.

L’incontestable patron

Plusieurs fois, pourtant, il aurait pu tout perdre. Y compris sur un coup du sort, quand vers Bormio, où pris de problèmes gastriques, il a gagné une montée du Stelvio en solitaire pendant que ses adversaires tentaient de l’éliminer définitivement de la course au maillot rose. Mais le garçon n’a jamais abdiqué. Bien au contraire. « Je veux rentrer dans l’histoire en étant le premier Néerlandais qui a gagné le Giro, pas celui qui a fait caca dans un pré », lâchait-il avant le chrono final vers Milan. Vers Piancavallo, aussi, il a serré les dents. Il y a même perdu le maillot rose qu’il s’était offert dix jours plus tôt. Cette journée restera comme la seule où les purs grimpeurs sont parvenus à le mettre en difficulté. Sauf qu’ils ne lui ont pas repris assez de temps pour envisager la victoire finale. Ce dimanche, Tom Dumoulin n’a pas écrasé le chrono, mais il y a récupéré son maillot rose. Après Laurent Fignon et Joaquim Rodriguez, Nairo Quintana est le troisième coureur à perdre le Giro lors du dernier jour de course.

Dumoulin, lui, entre au palmarès par la grande porte. Il s’est offert le scalp de Quintana et Nibali entre autres, deux anciens vainqueurs de la course rose, six épreuves de trois semaine à eux deux. Et il se fait une place au passage dans le cercle – certes de plus en plus élargi – des vainqueurs de grands tours. Il a aussi étalé au grand jour son caractère de champion, sans donner l’impression de se forcer. Ses déclarations sur le Colombien et l’Italien, qu’il souhaitait voir hors du podium, ont instauré une certaine rivalité. Certains y voient de l’arrogance. On peut aussi y voir la naissance d’un patron qui n’a peur de personne, surtout pas de ceux qui ont un palmarès trois fois plus longs que le sien. A 26 ans, le Néerlandais vient enfin de tirer un trait sur cette Vuelta 2015 qui lui avait filé entre les doigts à la veille de l’arrivée. Cette fois, c’est lui qui a raflé la mise sur le gong. Et au vu des trois dernières semaines, il ne pouvait pas y avoir de vainqueur plus méritant.

pub Grupetto Shop

12
Poster un commentaire

avatar
3 Threads de commentaires
9 Réponses
0 Followers
 
Commentaire suscitant le + de réactions
Thread le + chaud
7 Auteurs de commentaire
Lepere_SpicacehenriDirtukchris83Half Auteurs de commentaire récent

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Me prévenir
henri
henri

Bravo a Dumoulin, bravo aussi a Pinot même s’il a été décevant contre la montre.
Par ailleurs, la question se pose de savoir pourquoi les francais sont incapables de gagner une course a etape en WT. La dernière ce devait être avec Jalabert il y a une vingtaine d’années.
Si par curiosité on fait la liste des pays qui ont gagné au moins ne epreuve par étape WT on obtient comme liste (peut être non exhaustive):
Italie, Espagne, Portugal, Suisse, Luxembourg, Belgique, Pays-Bas, GB, Irlande, Danemark, Norvege, Allemagne, Tchequie, Slovaquie, Russie, Kazakstan, Australie, Pologne, Canada, USA, Colombie, …
Pourtant la France est parmi les pays ayant le plus d’équipes (WT et conti pro), le plus de coureurs pro, alors ou est le problème ?????? remarquez les français font mieux qu’Andorre …

Flo
Flo

Pour répondre à votre question, je pense que pendant des années, on n’a pas eu de coureurs suffisamment bons pour gagner des CG en World Tour ( même s’il faut reconnaître que certains pays ont été moins prompts que la France à lutter contre le dopage, ce qui n’a pas aidé nos coureurs).
Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il manque simplement un peu de réussite ou un grand champion qui nous garantirait de belles victoires. On a quand même vu 3 français en 3 ans sur le podium du Tour, des podiums au Dauphiné, en Romandie, à Tirenno-Adriatico, au Tour de Suisse…
Alaphillipe a aussi gagné le Tour de Californie un an avant qu’il ne passe en World Tour.
Pour toutes ces raisons, je pense que cette anomalie ne tardera pas à être réparé et qu’on aura bientôt un francais victorieux sur un CG en World Tour.
Je rebondis également sur l’actualité avec la bonne performance de Pinot au Giro qui n’était pas si loin cette année et qui mériterait une première victoire au général d’une grande course.

henri
henri

Flo,

je pense aussi que ca va venir! avec les Bardet, Pinot, Alaphilippe, Latour, Gaudu, un d’entre eux va bien vinir par en gagner une belle!

Je n’avais pas évoqué le dopage, mais il est vrai que la France a été la meilleure éléve de la classe sur ce point pendant des années apres l’affaire Festina, et elle en a payué le prix fort en terme de résultats, mais ca n’explique pas tout

Genghis
Genghis

Critérium du Dauphiné 2007 avec Christophe Moreau….
Bon après c’ est vrai qu’ il y a quand même un problème à ce niveau là, surtout sur les courses d’une semaine, les courses de trois semaines sont quand même moins abordables.

henri
henri

c’est vrai, j’avais oublie Moreau… mais c’est clair qu’il y a un probleme de fond dans le cyclisme francais

Dirtuk
Dirtuk

Je pense que le soucis sur les CG est culturel, en france les courses amateurs sont très durs, mais ce sonts des courses de mouvements, souvent éloignés du scénario type WT. Les coureurs doivent se mettre à apréhender les courses différemment arrivé en wolrd tour. En plus dans une équipe comme fdj on a un manager charismatique très orienté « cyclisme traditionnel » si j’ose. Au moment ou le cyclisme connais un tournant important, (capteur de puissance, preparation, professionnalisation à l’extrême) j’ai l’impression que les équipe française ont pris ce virage avec du retard, retard qui se rattrape saison après saison, et de plus en plus vite parce que les jeunes apréhendent désormais tour ces aspect bien plus tôt qu’avant, en U23, Pierre Yves chattelon fait du super boulot, Chambéry aussi, etupes aussi…. La génération pinot/Bardet est arrivé à un moment ou leurs aînés n’avaient pas de résultats en WT et ils ont brisé le « tabou » pour ceux qui vont suivirent ça devraient être beaucoup plus »facile », pinot et Bardet on aspiré énormément de pression par rapport à ça. En revanche des pays comme l’Angleterre, l’Australie, ou même la Colombie, se sont plus vite fondu dans ce cyclisme moderne parce qu’il avait pas… Lire la suite »

henri
henri

merci Dirtuk pour ce commentaire interessant. Effectivement le conservatisme des DS francais a été affligeant pendant des années. Je me rappelle par exemple d’un Voeckler expliquant qu’il faisait sa lessive pendant le tour… Je doute que ce soit le cas chez Sky !! Ok aussi pour les courses amateurs en France, très différente de la façon de courir WT, mais j’imagine que c’est la meme chose dans les courses amateurs aillleurs en Europe??? dans ce cas ce n’est pas une excuse.

Par contre, pas d’accord pour dire que l’Italie, le benelux et l’Espagne ont ete en perte de vitesse! Tous ces pays ont bcp gagnés! Les espagnols ont eu une génération exceptionnelle, c’est vrai, mais avant ils ont eu Indurain et Delgado entre autre! les belges sont relativement absent des CG , mais ils gagnent tellement de classique! A part Merckx cette orientaiton classique en belgique est tres ancienne. tous ces pays n’ont donc pas été dépassé comme en France.
Un autre aspect concerne les budget des equipes, c’est vrai plutot faible en France

Dirtuk
Dirtuk

Pour a belgique et le bénélux je parle pour les classement généraux. Les classiques sont quand même plus adaptés a un cyclisme « à l’ancienne » je trouve. Pour l’Espagne j’ai l’impression que le passage a vide est à venir, à voir si Soler et ruben fernandez vont pouvoir combler. Pour ce qui est des course amateur, je trouve que pendant longtemps on à fait passer pro des mecs qui écrase tout en amateur, mais ces mecs la, sont souvent des bon athletes mais pas forcement sprinter, ni grimpeur etc cu le type de course qu’on a… c’est juste des bons coursiers. Ces gars la débarque ensuite dans un cyclisme complètement différent ou chaque coureurs a un rôle precis, et en tant que « non spécialistes » il galère à trouver une place, avec un peu de chance tu peut dégager un chavanel ou un voeckler, mais jamais tu construira un froome ou un contador. L’exemple de Gaudu est parlant, parce que si tu enleves les courses a l’étranger ou en selection( course de la paix +tour de l’avenir) le gars n’a gagné qu’une seul course en élite national. au regard simplement du calendrier amateur français, le mec je suis meme pas sur qu’il… Lire la suite »

henri
henri

merci pour ces remarques très pertinentes. cela montre les DS francais ne savent peut être pas repérer les vrais talents! donc on retombe sur un problème de compétence au niveau de l’encadrement des équipes pro en France.
Pour l’Espagne je suis d’accord, la disparition des nombreuses courses et équipes a largement détruit la base du cyclisme pro espagnol qui le paiera dans les années à venir. L’Italie se trouve d’ailleurs face au meme probleme (pluss aucune equipe en WT) quand on pense que seul Nibali a réussit a faire un podium sur une etape du Giro

Half
Half

Félicitations à tous ces coureurs pour le spectacle qu’ils nous ont offert pendant ces 3 semaines ! Félicitation toute particulière à Pinot qui a fait plus qu’exister au milieu des Quintana/Nibali/Dumoulin/zakarin et autre. Pinot a vraiment passé un cap psychologique, et je pense que ce Giro lui aura fait énormément de bien. Certes il a déçu en CLM, mais il a prouvé qu’il était très fort en 3ème semaine et qu’il peut largement tenir face aux tout meilleurs de cette discipline.

chris83
chris83

Je ne suis absolument pas d’accord avec votre comparaison de Tom Dumoulin avec Indurain et Wiggins et de son manque de panache supposé. Je me souviens comment Dumoulin tout jeune pro s’était battu jusqu’au bout avant de succomber sous les attaques des Quickstep dans l’Eneco Tour gagné par Stybar en 2013. Rappelez vous cette Vuelta où, très isolé en montagne et sans équipier, il s’était battu becs et ongles avant d’être assassiné par la course d’équipe des Astana. Vous le comparez à Indurain qui n’a jamais gagné une étape en ligne sur le Tour. Dumoulin, lui à son âge, a déjà gagné au sommet sur les trois grands Tours. Rappelez vous encore sa victoire à Andorre sous l’orage l’an dernier au bout d’une étape monstrueuse. Contrairement aux coureurs de Sky, Dumoulin n’est pas tiré jusqu’en haut par son train d’équipe, loin de là. Parfois on se demande s’il n’a pas pris le départ en individuel. Il y a quand même un problème dans son équipe, et comme l’a fait la FDJ avec ses helvètes, il est temps que Sunweb se renforce en montagne.

Lepere_Spicace
Lepere_Spicace

Imaginez un instant Dumoulin avec le train de la SKY …
Sinon il lui reste maintenant à confirmer, notamment sur une course où il y aura très peu de CLM (genre le tour de France 2015 ou 2017). S’il arrive à faire aussi bien dans cette configuration, avec une vraie équipe pour l’accompagner en montagne et non pas la SUNWEB (pas forcément comme la SKY non plus), alors ce serait très intéressant.