Du premier Tour de France remporté par Lance Armstrong, en 1999, jusqu’à ses aveux à la télévision en 2013, ils sont nombreux à avoir participé à la chute de l’Américain. Qu’ils soient journalistes, anciens coéquipiers ou agents fédéraux, ils ont fait de la seconde carrière de Lance Armstrong, après son cancer, une bataille permanente. Le Texan s’est défendu tant qu’il a pu, jusqu’à être trop acculé pour pouvoir continuer. Cette semaine, alors qu’ESPN diffuse un documentaire en deux parties où Lance Armstrong promet cette fois de dire toute la vérité, la Chronique du Vélo vous propose de revenir sur les principaux épisodes et acteurs dans la chute de celui qu’on a longtemps appelé « le Boss ».

Tous les épisodes :
Le système Armstrong, plus vraiment confidentiel (1/4)
Le septième Tour, la retraite et « le mensonge » (2/4)
Landis et Hamilton, lieutenants trop bavards (3/4)
Tygart envoie Armstrong chez Oprah (4/4)

En janvier 2013, Lance Armstrong passe aux aveux. A la télévision chez Oprah Winfrey, l’Américain, retraité depuis plus de deux ans et déjà rayé des palmarès par l’UCI, reconnaît s’être dopé lors ses sept victoires dans le Tour de France. Le Texan s’est retrouvé au pied du mur suite à une longue enquête de l’USADA et de son directeur Travis Tygart.

Cinq fois oui

Le moment est solennel. Plus que l’Amérique entière, c’est le monde qui veut savoir. Non pas savoir si Lance Armstrong s’est dopé, mais savoir ce qu’il compte dire sur le sujet. Dès les premières minutes, Oprah Winfrey va à l’essentiel.

« Oui ou non, avez-vous déjà pris des produits interdits pour améliorer vos performances ? »
« Oui ou non, une de ces substances interdites était-elle de l’EPO ? »
« Avez-vous déjà eu recours au dopage sanguin pour améliorer vos performances ? »
« Avez-vous utilisé d’autres substances interdites comme la testostérone, la cortisone ou les hormones de croissance ? »
« Oui ou non, avez-vous utilisé des produits interdits ou eu recours au dopage sanguin lors de chacune de vos sept victoires sur le Tour de France ? »

Cinq questions auxquelles Lance Armstrong est prié de répondre par « oui » ou « non ». Cinq fois, il répond « oui ». L’Américain avoue. Quasiment quatorze ans après son premier maillot jaune sur le Tour de France, il reconnaît avoir triché. Ce n’est pas tout à fait le point final, mais presque. « La vérité est avérée, dit Damien Ressiot, ancien journaliste à L’Equipe qui a révélé « Le mensonge Armstrong » en 2005. Mais quand je vois ça, j’aimerais savoir comment il gère cette vérité. Lance Armstrong, comme mec, m’intéresse beaucoup. Parler de ça avec lui m’intéresse beaucoup, même s’il ne se départi pas de son cynisme insupportable. »

Des aveux choisis

La personnalité du Texan, c’est ce qui continue d’alimenter les discussions et les analyses qui suivent ses aveux. A-t-il tout dit ? Définitivement non. En ne parlant pas de ceux qui l’ont couvert, en refusant de mouiller qui que ce soit, en niant aussi s’être dopé avant son cancer intervenu en 1996, il ne fait pas toute la lumière, loin de là. Cet entretien est un soulagement pour lui. Mais faire acte de transparence lui coûterait trop – au propre comme au figuré. Beaucoup parlent d’aveux choisis. « L’entretien n’est pas allé assez loin », regrettera David Walsh, co-auteur de L. A. Confidentiel, auprès de la BBC. Armstrong, acculé et par peur du parjure, confesse seulement ce qui ne peut plus être nié.

Le responsable de ces aveux porte un nom : Travis Tygart. Le directeur de l’USADA, l’agence anti-dopage américaine, n’a pas éveillé les soupçons au sujet de Lance Armstrong. Mais il a réuni tous les éléments qui devaient permettre de le faire tomber. Tout ce qui était sorti presque dix ans plus tôt dans L. A. Confidentiel se retrouve là, en plus détaillé, avec davantage de témoins. Tout le travail de Jeff Novitzy, agent de la FDA (Food & Drugs Administration) est repris lui aussi. Travis Tygart réunit les pièces du puzzle. Frankie Audreu, Floyd Landis et Tyler Hamilton ont déjà expliqué ce qu’ils savaient, publiquement ainsi que face à la justice. Les autres vont suivre : David Zabriskie, Levi Leipheimer, Christian Vandevelde, Tom Danielson, Michael Barry et même George Hincapie, le grand ami de Lance Armstrong.

Contre-attaque avortée

Fidèle à lui-même, le Texan va d’abord faire face. « Au contraire de beaucoup de mes accusateurs, j’ai couru comme athlète pendant 25 ans sans avoir de pic de performance, j’ai passé plus de 500 contrôles – moins en réalité, ndlr – sans jamais être positif, explique Armstrong sur son site internet. Que l’USADA ignore cette différence fondamentale et m’attaque au lieu des dopés avérés dit davantage au sujet de l’USADA, de son manque d’équité et de cette vendetta que de ma culpabilité ou de mon innocence. » En juillet 2012, les avocats d’Armstrong iront même jusqu’à attaquer l’USADA en justice, en vain. Ils abandonneront les charges quelques semaines plus tard.

« Enough is enough », explique alors l’Américain. Il ne reconnaît pas encore sa culpabilité mais reconnaît qu’il ne veut plus se battre. En vérité, Lance Armstrong espère qu’en ne poursuivant pas l’USADA, le dossier monté par Travis Tygart ne sera pas rendu public. Nouvelle erreur de jugement de l’Américain. En octobre 2012, les plus de 1000 pages rédigées par l’agence américaine anti-dopage sont publiées. Vingt-six témoins sont cités, parmi lesquels onze anciens coéquipiers de Lance Armstrong, racontant ce que l’USADA décrit comme « le plus sophistiqué, professionnel et fructueux programme de dopage que le sport n’ait jamais vu ». Avant même les aveux de l’Américain chez Oprah Winfrey, le monde est informé. Et le monde prend ses dispositions.

Cynique pour l’éternité

Dans le milieu, certains défendent le Texan – Miguel Indurain, Alexandre Vinokourov, Alejandro Valverde. L’UCI, elle, ne peut plus couvrir l’Américain. Quelques jours après la publication du rapport de l’USADA, elle annonce retirer à Lance Armstrong tous ses résultats depuis 1998. De 1999 à 2005, le Tour de France se retrouve alors sans vainqueur. Une décision inédite. Travis Tygart, l’homme qui a incarné la chute de l’idole, reçoit lui plusieurs menaces de mort. « L’opinion américaine doit être partagée, forcément, reconnaît-il dans L’Equipe. Certains m’en veulent terriblement et d’autres comprennent qu’il n’y a pas d’autre choix que de faire respecter les procédures, pour Armstrong comme pour tout autre citoyen. »

Pour l’Américain débute un long processus de réhabilitation, loin d’être terminé sept ans après. « Je vais passer le reste de ma vie à m’excuser », avait-il dit à Oprah Winfrey lors de ses aveux. Il n’a pas arrêté depuis. Face à la presse ou intimement, il a rencontré certains des acteurs qu’il a parfois humilié pendant plusieurs années. Tous n’ont pas réussi à lui pardonner. Ce qui n’empêche pas qu’Armstrong continue de fasciner. Les journalistes qui ont tenté de le faire tomber reconnaissent presque unanimement que l’homme était intéressant. « Avec ce type-là, on avait des interviews brillantes, assure Pierre Ballester, co-auteur de L. A. Confidentiel. J’aimais parler avec lui. » Damien Ressiot, lui, veut croire, surtout, qu’Armstrong est sur la bonne voie. « Depuis un certain temps, et notamment depuis l’entretien avec Oprah, il est quand même sur le terrain de la vérité », note-t-il. Avant d’ajouter : « Même s’il reste aussi sur celui du cynisme. » On ne changera jamais complètement Lance Armstrong.

CHRONOLOGIE DES RÉVÉLATIONS À L’ENCONTRE DE LANCE ARMSTRONG

Juillet 1999 : Révélation par Le Monde d’un contrôle positif d’Armstrong à un corticoïde pendant le Tour de France. L’Américain le justifiera avec une ordonnance antidatée pour une crème contre les hémorroïdes.

2001 : David Walsh révèle avant le départ du Tour dans le Sunday Times les relations entre Lance Armstrong et le Docteur Michele Ferrari.

Juin 2004 : Publication de L. A. Confidentiel par Pierre Ballester et David Walsh.

Août 2005 : Publication dans L’Equipe d’une enquête de Damien Ressiot où sont révélés six échantillons positifs de l’Américain lors du Tour 1999.

Juin 2006 : Témoignages de Frankie et Betsy Andreu face à la justice, puis dans L. A. Officiel (en octobre 2006), deuxième ouvrage de Pierre Ballester et David Walsh.

Mai & juillet 2010 : Témoignages de Floyd Landis dans le Wall Street Journal incriminant Lance Armstrong.

Mai 2011 : Témoignage de Tyler Hamilton dans l’émission 60 Minutes de CBS, incriminant Lance Armstrong. Hamilton publiera ensuite en septembre 2012 son livre The Secret Race, encore plus détaillé.

2012 : Témoignages auprès de l’USADA de nombreux anciens coéquipiers de Lance Armstrong parmi lesquels George Hincapie, Levi Leipheimer, Christian Vandevelde, David Zabriskie, Tom Danielson ou Michael Barry.

Octobre 2012 : Décision de l’UCI de retirer ses sept Tours de France à Lance Armstrong et de le radier à vie après transmission du rapport de l’USADA.

Janvier 2013 : Aveux de Lance Armstrong à la télévision dans une interview accordée à Oprah Winfrey.

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