Lors qu’on a vu un maillot rose de l’équipe Education First dans le quatuor ayant animé le final du GP E3, la surprise était d’autant plus grande quand on apprenait qu’il ne s’agissait ni de Sep Vanmarcke ni de Sebastian Langeveld, mais bien d’Alberto Bettiol. Avouons-le, le profil du Toscan reste difficile à cerner, tant le garçon brille jusqu’ici par son irrégularité prometteuse.

Bien dans sa zone de confort

Dans le peloton, on vous dira qu’il est important de se faire respecter, par son talent ou sa personnalité. L’Italien de 25 ans n’est pas une grande gueule comme pouvait l’être Fabian Cancellara en son temps, mais demeure apprécié pour son tempérament jovial et familial. S’il courait chez BMC l’an dernier, tous le considéraient comme le neuvième homme de la formation de Jonathan Vaughters tant il prenait constamment des nouvelles de ses anciens camarades, Taylor Phinney en premier lieu. Enfant chéri du manager américain, Bettiol n’aurait théoriquement jamais rejoint Jim Ochowicz si les galères financières n’avaient pas mis en sursis le devenir de ce qui s’appelait Cannondale-Drapac fin 2017. Et ironie du sort, si le garçon est revenu rapidement au bercail, c’est tout simplement parce que BMC allait mettre la clé sous la porte. Dès le 1er août, sa décision était déjà prise. Retour à la maison.

Peu à son avantage en 2018, s’étant fracturé la clavicule et une côte sur Liège-Bastogne-Liège, ce fan inconditionnel de Paolo Bettini n’avait pas pu disputer le Giro. Hors des clous en seconde partie de saison, il s’était déjà focalisé sur 2019 pour mieux rebondir et continuer sa progression qui peut étonner. Le natif de Poggibonsi, cité traversée par les Strade Bianche, était réputé chez les espoirs pour ne laisser aucune miette à ses adversaires sur le circuit régional, mais avait bien plus de mal à s’exporter hors du bon air de ses collines toscanes. Champion d’Europe espoir du contre-la-montre en 2011 devant Alexis Gougeard, titre glané plus tôt par Kwiatkowski et Zakarin, son envie de se tester successivement sur les courses par étapes et les courses d’un jour l’ont conduit à délaisser la discipline. Jusqu’à retrouver ses sensations d’adolescent au Tirreno-Adriatico, mourant à trois secondes du vainqueur sur le tracé de San Benedetto del Tronto. Il y a deux ans, il nageait dans les profondeurs du classement, à la 111e place.

Tenir la longueur

Les plus critiques tomberont des nues en découvrant une interview donnée à Cycling Tips en mars 2018. Lorsqu’on lui demande son registre favori, il affirme que les classiques lui correspondent davantage car il « n’est pas ce genre de personne qui a besoin de travailler énormément à la maison. […] Si je m’entraîne trop, mes résultats ne seront pas bons ». Pas question pour autant de lui faire la morale, les cas de burn-out des cyclistes professionnels à l’entraînement augmentant de manière inquiétante, mais force est de constater que l’intéressé semble dans son petit monde. Excellent en mars, il sera particulièrement surveillé tout au long du printemps pour sa capacité à répéter ce genre de performances. Révélé sur un Tour de Pologne, il avait déjà pris la dixième place de l’E3 d’Harelbeke en 2017, et terminé cinquième d’un sprint pour puncheurs à Longwy sur le Tour de France la même année. Des coups d’éclats sans suite, qui ne sont pas sans rappeler un certain Moreno Moser. Pourtant, il semble avoir réellement franchi un cap durant l’hiver.

Quatrième vendredi en ayant éclipsé des co-leaders à la bouteille pleine sur ce genre d’exercice, il avait crevé l’écran dans le Poggio de Sanremo en préparant le terrain pour son coéquipier Simon Clarke. Si l’on se rappelle ses accessits glanés à Plouay, au Pays-Basque ou au Canada, Bettiol pourrait aussi se démarquer fin avril au moment des ardennaises, mais toutes ces promesses sont-elles vraiment dans ses cordes sans travail rigoureux de spécialisation ? Lui se verrait bien d’ici quelques années rivaliser avec les Sagan, Kwiatkowski et Gilbert, avant de se destiner vers les épreuves d’une semaine la trentaine passée. Au prix de sacrifices qu’il ne semble pas avoir réalisé jusqu’à présent ? Cette image du coureur branché qui enchaîne les voyages aux quatre coins du monde avec sa petite amie nous fait sous-entendre qu’il pourrait sans doute en faire davantage. Le Transalpin demande un peu de patience et estime que la génération Sagan a faussé les attentes autour des jeunes coureurs. À contrario, c’est peut-être une chance pour obtenir un bon de sortie sur un Tour des Flandres ou l’Amstel Gold Race si les jambes suivent.

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