Après sa troisième place à La Panne, mercredi, Elia Viviani est tout prêt d’être la risée de l’équipe Deceuninck-Quick Step. Il est l’un des seuls qui n’a pas remporté de classique, quand ses coéquipiers font main basse sur tout ce qui passe. Vendredi, Zdenek Stybar, un mois après Kuurne-Bruxelles-Kuurne, a remporté son premier GP E3.

Presque comme d’habitude

Une réputation se construit si rapidement. Un spectateur mal placé, un après-midi d’avril ensoleillé, et c’est une carrière dérape. Sur ce Paris-Roubaix 2013, Zdenek Stybar a endossé le costume du malchanceux, celui du coureur qui voit un grand succès lui filer sous nez sans avoir pu défendre ses chances. Pourtant, le Tchèque n’avait rien d’un empoté de la victoire : il était déjà double champion du monde de cyclo-cross. Mais cette chute dans le Carrefour de l’Arbre, où il avait laissé partir Cancellara et Vanmarcke vers le Vélodrome, impuissant, a longtemps été son sacerdoce. L’évènement auquel on le réduisait. Plus encore que ses deuxièmes places, à Roubaix encore, en 2015 et 2017, sans doute plus caractéristiques d’un coureur tellement à l’aise sur les pavés mais un peu gauche, sous la pression, pour conclure. Lui, l’enfant du cyclo-cross, n’a jamais été un as pour s’en sortir dans un petit groupe. Sa stratégie avait toujours été, jusque-là, d’être de loin le plus fort et d’arriver seul.

Le printemps qu’il est en train de réaliser est donc un énorme pied de nez à cette réputation. Dans une équipe qui gagne tout, il est un de ceux qui prend le plus la lumière. Julian Alaphilippe est sur une autre planète, mais Zdenek Stybar, deux victoires lors des trois dernières saisons, a déjà remporté deux classiques – et une étape en Algarve – cette année : le Het Nieuwsblad, il y a presque un mois, et désormais le GP E3, qu’il a couru à l’économie, ce vendredi, mais comme il fallait, en vérité, à en juger par le résultat. Longtemps, pourtant, on a cru que la victoire serait pour son coéquipier Bob Jungels, parti dans un numéro exceptionnel, à plus de 60 kilomètres de l’arrivée. Derrière, le Tchèque sautait sur tout ce qui bougeait et ne prenait aucun relais. Il tenait son rôle de parfait coéquipier, celui qu’il a si souvent eu pour Tom Boonen ou Niki Terpstra, depuis huit ans qu’il a rejoint l’équipe de Patrick Lefevere.

Trouver la clé

Mais comme un signe que tout vient à point à qui sait attendre, le scénario de course, que l’on pensait écrit à vingt kilomètres de l’arrivée, a soudainement été balayé. Greg van Avermaet, qui ne voulait pas laisser le rouleur luxembourgeois filer en solitaire jusqu’à Harelbeke, a finalement fait le jeu d’un autre larron de la bande Deceuninck-Quick Step. Un Stybar qui s’est fait un peu peur dans le final, malgré tout, quand il s’est aperçu qu’il ne lâcherait pas Van Avermaet, Van Aert et Bettiol avant le sprint, avant de comprendre que tout ce beau monde était cramé et que les soixante kilomètres qu’il avait passé à compter chacun de ses coups de pédales allaient le servir. Les deux Belges, amis et coéquipiers d’entraînement dans la vie, ont eu beau joindre leurs forces, ils n’ont pas fait illusion dans les 200 derniers mètres.

Le duo Van Avermaet – Van Aert a malgré tout prouvé que l’armada bleue n’était pas imbattable. Ce vendredi, ils ont manqué le coche de peu, mais ont sans doute un peu rassuré tout le monde. La victoire de Zdenek Stybar était un peu moins incontestable que les précédentes. Il faut donc espérer que ceux qui était un peu derrière ou déjà dans le bus, les Sagan, Naesen ou Vanmarcke, ont pris des notes. Face à un Jungels esseulé, le reste des favoris était incapable de s’entendre et il a fallu que Van Avermaet prenne les choses en main. On notera d’ailleurs qu’il a pleinement assumé son statut, profitant ensuite du fait d’avoir Van Aert à ses côtés : quand on se connaît, tout est plus facile, personne n’a ratonné, les relais étaient appuyés et ils ont fini, avec l’aide de Bettiol, par rattraper le Luxembourgeois. Il faudra faire preuve d’au moins autant de lucidité, dimanche sur Gand-Wevelgem puis surtout dans neuf jours, lors du Tour des Flandres, pour enrayer la razzia Deceuninck-Quick Step.

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