Au risque de se répéter, l’équipe Deceuninck – Quick Step possède un savoir-faire ancestral dans la gestion des flandriennes. La victoire de Zdeněk Štybar sur les routes de l’Omloop Het Nieuwsblad ce samedi l’illustre un peu plus, alors que les maillots bleus n’avaient déjà plus rien à démontrer. Niki Terpstra parti chez Direct Energie, le Tchèque a su tirer son épingle du jeu pour accrocher à son palmarès sa première classique belge.

Une récompense logique

Désormais âgé de 33 ans, on commençait à douter de plus en plus de sa capacité à s’immiscer au bon endroit au bon moment, pour rafler la mise, en dépit d’un solide entourage, d’une préparation optimale, et ce depuis bientôt huit saisons. Après plusieurs piges, c’est sur les Quatre Jours de Dunkerque 2011 que le Flamand d’adoption entame à proprement parler sa carrière sur route, chez Quick-Step. Son intégration facilitée par les bons rapports entretenus avec son compatriote et ancien propriétaire Zdeněk Bakala, le triple champion du monde du cyclo-cross, n’a jamais connu la moindre période de transition chez les professionnels. Dispensé des corvées de bidon, il a toujours été présenté par Patrick Lefevere comme celui qui remportera les plus grandes courses d’ici peu. Sauf que chaque année, c’était pratiquement la même rengaine. Pendant que ses collègues se faisaient la malle, Štybar n’arrivait jamais à monter sur la plus haute marche des podiums en mars-avril.

Certes, à la différence des flahutes à l’ancienne comme Sep Vanmarcke qui jouent leur saison sur six petites semaines, Štybar possède d’autres qualités et a décroché des victoires que bien des coureurs envieraient. Strade Bianche, étapes sur le Tour et la Vuelta, bouquets sur l’Eneco Tour ou Tirreno-Adriatico, c’est plus que correct, mais le temps commençait à défiler. Et alors qu’il avait toujours levé les bras depuis 2012, la belle série s’était interrompue en 2018, une année blanche. Après avoir épaulé la légende Tom Boonen, Štybar s’était successivement disputé la part du gâteau avec Chavanel, Vandenbergh, et Terpstra. Complètement éteint par le grand homme de la dernière campagne pavée, les observateurs commençaient à l’imaginer maudit.

Une course de fond

Parce qu’en définitive, beaucoup s’accordent sur le fait qu’il n’aurait jamais dû attendre aussi longtemps pour gagner en terre promise. En 2013 déjà, il découvrait Paris-Roubaix et bluffait tout le monde en marquant à la culotte Fabian Cancellara. Jusqu’au Carrefour de l’Arbre, où un malheureux accrochage avec un photographe l’envoya au tapis. Prenant l’accident avec philosophie, Štybar s’était promis de revenir plus fort les autres années. Cinquième en 2014, il a ensuite collectionné deux secondes places en 2015 et 2017, à chaque fois débordé dans le dernier virage du vélodrome par Degenkolb puis Van Avermaet. Ce samedi, ils étaient cinq à faire la course en tête, mais dès le Mur de Grammont, on a bien vu que tout se jouerait entre le Flamand de la CCC et le Tchèque, imperturbable lorsque les Belges se sont tirés la bourre dans le final. Auteur du contre victorieux, le gaillard ne boudait pas son plaisir dans les rues de Ninove.

Bien que né dans les confins bohémiens de la République Tchèque, Štybar a entrepris très tôt sa domiciliation près de la frontière néerlando-belge, à Essen. C’est dans cette ville réputée pour son épreuve de cyclo-cross qu’il s’est marié, en plus d’avoir appris les variétés linguistiques flamandes, de quoi faire pâlir l’intervieweur officiel de Flanders Classics. Ces exemples pourraient relever de l’anecdote, mais témoignent d’un véritablement attachement de ce garçon pour l’atmosphère qui règne en Flandre au printemps. Au départ, il ne portait pas le dossard 11, réservé au champion de Belgique Yves Lampaert. Mais chez Deceuninck – Quick Step, le fonctionnement est finalement très proche de celui de Sky pour les grands tours. L’alternance doit consacrer Štybar en 2019, même si la foule aimerait bien voir Lampaert dans le costume du leader. Vainqueur au sommet de l’alto de Malhão en Algarve, la condition physique semble parfaite. Peut-il tenir la distance jusqu’à Roubaix sans s’effondrer, ni susciter une coalition d’envergure contre lui ? On en saura bientôt un peu plus.

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