Il y a encore deux mois, personne n’aurait imaginé qu’Elia Viviani débarquerait chez Cofidis en compagnie de son fidèle poisson-pilote, Fabio Sabatini. Mais le début de cette aventure est bel et bien scellé. En rejoignant l’équipe nordiste, l’Italien devra s’attaquer à deux fronts bien distincts. Mais le challenge en vaut la peine.

Remettre Cofidis dans le sens de l’histoire

Niki Terpstra, André Greipel, Elia Viviani et peut-être Nairo Quintana très prochainement, les équipes continentales professionnelles françaises sont sur tous les fronts depuis l’été 2018. Jusque-là, chez Cofidis, on était resté raisonnables, Cédric Vasseur allant “seulement” chercher Darwin Atapuma et Jesper Hansen, un an après l’arrivée de Jesus Herrada. Mais la trop longue disette sur le Tour de France, onze ans depuis la dernière victoire de l’équipe nordiste, grâce à Sylvain Chavanel, a convaincu la direction de passer la vitesse supérieure. Nacer Bouhanni, présent depuis cinq ans, n’a pas donné satisfaction et entretient même des relations catastrophiques avec son manager. Il fallait faire le ménage.

Enfin sur le départ, le Vosgien laissait la porte grande ouverte à un autre sprinteur. Fringuant mais limité, Christophe Laporte ne deviendra pas pleinement numéro un, Cofidis ayant pris soin de s’offrir l’un des cadors de la discipline. Depuis son départ de Sky il y a deux ans, Elia Viviani tient une cadence effrénée, avec 34 victoires sur la période, huit sur l’ensemble des trois grands tours, et un train tout simplement imbattable lorsqu’il passe en tête la flamme rouge. Il s’agit désormais de faire aussi bien ailleurs, avec son fidèle poisson-pilote, Fabio Sabatini, à ses côtés. Mais Cofidis a déjà tenté de s’articuler autour d’un sprinteur, et ça n’a pas fonctionné. Une grande question, donc : l’expérience de l’Italien sera-t-elle suffisante pour rendre ce mariage réussi ?

Briller hors de la maison Quick-Step

Là encore, les exemples de transferts ratés sont légion. Partir de Quick-Step est toujours un gros risque. Mark Cavendish a connu un été de gloire avec Dimension Data mais ses seuls soucis physiques ne sauraient justifier la mauvaise série de l’équipe sud-africaine, tandis que Marcel Kittel n’a jamais fait illusion dans sa combinaison Katusha. Fernando Gaviria, lui, n’a pas perdu son niveau, mais à l’exception d’un succès sur tapis vert au détriment d’un certain Viviani sur le Giro, le Colombien n’a pas fait étalage de la domination qui était la sienne au sein de l’équipe belge. Une dynamique qui motive Patrick Lefevere à se montrer inflexible lors des négociations de contrat, arguant qu’il aura toujours sous la main de prometteurs équivalents pour remplacer un champion qui souhaiterait changer d’air.

Mais en Belgique, le Véronais a peut-être fait le tour du sujet, et son palmarès s’est tellement agrandi qu’on ne voit plus trop ce que le « Wolfpack » pourrait lui offrir. Milan-Sanremo est presque inatteignable avec Alaphilippe et Gilbert en coéquipiers, et que ce soit chez Deceuninck-Quick Step ou chez Cofidis, le maillot vert du Tour sera toujours la chasse gardée de Peter Sagan, également homme à battre sur les classiques flandriennes. C’est pourtant autour des courses d’un jour et du Tour que Viviani souhaite bâtir ses nouvelles ambitions pour l’année 2020. D’ailleurs, beaucoup ne manqueront pas d’applaudir et de crier au génie si cela réussit. Accepter de guider une équipe moins forte que celle dans laquelle il se trouve jusqu’à la fin de saison est un refrain omnisport, du cyclisme au football, en passant par la Formule 1. Le genre de défi qui peut transformer un coureur en meneur d’hommes, comme détruire sa réputation.

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