Beaucoup d’interrogations entouraient la présence de Julian Alaphilippe, venu défendre son titre acquis l’été dernier sur la Clasica San Sebastian. Si certains ont pu douter en l’espace de deux heures après son abandon précoce, l’équipe Deceuninck – Quick Step avait tout prévu. Mais peut-être pas la victoire éblouissante, en solitaire, du jeune prodige Remco Evenepoel. Il devient au passage le plus jeune vainqueur d’une épreuve du World Tour.

Des limites qui tombent une à une

Inutile de ressasser en longueur la trajectoire aussi improbable que fulgurante du Belge, de toute manière destiné à épouser une carrière sportive, mais plutôt prédestiné au football puisque le garçon était encore international des moins de quinze ans, et porteur de la tunique mauve d’Anderlecht il y a trois ans. Le même Evenepoel avait aussi terminé treizième du semi-marathon de Bruxelles à seize ans, avant de terroriser l’ensemble des juniors sur deux saisons. Tomber dans la démesure ne permet que trop rarement de valoriser un talent, mais il y a fort à parier que pour les Valverde, Van Avermaet et Woods, l’addition aurait été beaucoup plus salée si le Flamand était passé à l’attaque bien plus tôt.

Mais de toute manière, c’était déjà anticiper le scénario trop connu à l’avance d’une épreuve cadenassée depuis l’introduction du Murgil Tontorra à dix kilomètres de l’arrivée. Et quand bien même le vainqueur du jour aurait attendu les rampes à 20 % pour produire son effort, il n’est pas dit que ses concurrents auraient réussi à le décramponner, puisqu’il n’a perdu qu’une petite dizaine de secondes en l’espace de deux kilomètres, alors que Valverde, Konrad et le duo d’Education First jetait ses dernières forces dans la bataille. Après avoir donc écrabouillé les championnats d’Europe des juniors, en gagnant avec plus de dix minutes d’avance la course en ligne, Evenepoel s’est successivement adjugé le Tour de Belgique et la Clasica San Sebastian en moins de deux mois, pour sa première saison professionnelle. Vertigineux.

Une ascension irrésistible ?

Pourtant préservé par Patrick Lefevere qui l’a éloigné des Grands Tours et des Monuments, celui qui s’est aussi offert une étape de l’Adriatica Ionica Race et les Hammer Series du Limbourg – en équipe – ringardise tous ceux qui lui conseillaient de prendre son temps et de ne pas brûler les étapes, même au sein de sa propre formation. Destiné à courir l’ensemble des classiques de seconde partie de saison, ce puncheur-rouleur inclassable pourrait ridiculiser bon nombre de grands noms du circuit au vu de sa grande condition, et d’un fort bel instinct de coursier. Était-il réellement en position d’équipier à vingt kilomètres de l’arrivée, lorsqu’il cherchait les bidons auprès de sa voiture, où bluffait-il pour tromper la vigilance des formations Movistar et Astana, dindons de la farce ?

Lui seul le sait, et Bauke Mollema pourra se mordre les doigts d’avoir envoyé Tom Skujins jouer aux sparring-partners. Car depuis ses débuts dans le monde de la petite reine, Remco Evenepoel apparaît tout simplement injouable lorsqu’il court à l’avant. À tel point que l’on ne sait désormais plus trop où fixer les attentes pour les prochains mois et les prochaines années, tant il apparaît évident que le « nouvel Eddy Merckx » inscrira son nom au palmarès des plus grandes courses incessamment sous peu. Pour cela, cet homme qui incarne la génération 2000 est prêt à faire des sacrifices draconiens, comme en témoigne son déménagement pour la principauté de Monaco, et une rupture amoureuse calculée d’après ses uniques ambitions professionnelles. Et si, pour lui comme pour nous, la lassitude ne poindrait pas un jour ou l’autre ?

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