Auteur d’un Tour de France décevant, bouclé à la quinzième place avec le maillot à pois pour maigre consolation, Romain Bardet est à un tournant de sa carrière. Plutôt que de continuer à buter année après année en juillet, il est venu l’heure de se tester sur d’autres courses.

Écrasé par le Tour

C’est au couché du soleil que Romain Bardet est monté, dimanche soir à Paris, sur le podium final du Tour de France pour la troisième fois au cours des quatre dernières années. Mais celui-ci, contrairement aux deux précédents, laissait un goût amer dans la bouche de l’Auvergnat. Le leader d’AG2R La Mondiale a troqué deux places dans les trois premiers – deuxième en 2016 et troisième en 2017 – contre un maillot à pois. Une tunique emblématique du Tour mais qui fait à peine office de lot de consolation après trois semaines très délicates, physiquement et mentalement, pour le Français. Il était venu pour bousculer les Ineos et il n’a finalement jamais été en mesure de jouer la gagne, quinzième du général à plus de 30 minutes du vainqueur Egan Bernal. Frustrant.

Il l’a répété plusieurs fois, il n’était « pas au niveau sur ce Tour ». Un constat glacial et difficile à digérer pour celui qui était encore récemment considéré comme le tricolore le plus à même de gagner un grand tour, et plus particulièrement le Tour de France, dans un futur proche. Un objectif avoué presque devenu obsessionnel pour le coureur de 28 ans. Il n’est pas passé loin. Surtout en 2017, quand il a finalement terminé à 2 minutes et 20 secondes de Christopher Froome (avec Rigoberto Uran intercalé entre les deux) en étant le plus fort en montagne.

Mais il n’a pas cessé de se casser les dents depuis. Il a notamment baissé d’un ton en finissant sixième de l’édition 2018, malgré un statut de concurrent des Britanniques de la Sky. Ses (trop) grandes limites en contre-la-montre ont à chaque fois été rédhibitoires dans un Tour de France souvent cadenassé par les grosses armadas. Pas assez d’espaces, trop d’adversité et peut-être même aussi trop de pression. Avec, petite nouveauté cette année, des défaillances en haute-montagne, comme ce fut le cas à la Planche des Belles-filles ou dans les Pyrénées. Et ce n’est pas ce titre de « meilleur grimpeur » qui vient changer quelque-chose. Bardet le dit lui-même, ça « n’enlève rien aux questions que je dois me poser » et prévient d’ailleurs « qu’une remise en question va avoir lieu. »

Besoin de nouveauté

Il est peut-être temps d’aller voir ailleurs. Pas de changer d’équipe – son contrat avec AG2R court jusqu’à la fin 2020 – mais de planning. D’objectifs. « Cela fait six ans que j’ai sensiblement le même programme. Je vais changer l’an prochain, c’est sûr, confiait l’intéressé à L’Equipe il y a une dizaine de jours. Il y a une lassitude. Je ne peux pas faire comme si de rien n’était. J’ai échoué. » Le coureur comme son manager, Vincent Lavenu, reconnaissent volontiers qu’il y aura un « avant et un après » suite à ce Tour 2019.

Romain Bardet doit retrouver du plaisir sur le vélo. Il l’a perdu en s’enfermant dans la fixette du Tour de France et ça se sent. Il est l’heure de découvrir de nouveaux horizons. De se tester sur la Vuelta ou le Giro. Surtout sur le Giro, d’ailleurs. Un Tour d’Italie qui a déjà piqué sa curiosité par le passé, sans qu’il ne franchisse le pas pour autant. D’autres courses, d’autres univers, d’autres adversaires et un regard différent. Il est temps de se remettre à chasser des victoires. La gagne, ça s’apprend et ça se cultive. « Lever les bras, c’est ce qui lui manque le plus », témoigne un membre de l’encadrement de son équipe à Ouest-France. Il n’a pas remporté une course depuis quasiment dix-huit mois, avec une dernière victoire, la Classique de l’Ardèche, décrochée en février 2018. Pour trouver trace d’un succès en World Tour, il faut même remonter jusqu’au Tour 2017.

Le Français a besoin de reprendre confiance en accumulant quelques bouquets. De s’enrichir personnellement. Un peu à l’image d’un Thibaut Pinot qui a boudé les routes de l’Hexagone pour briller en Italie et en Espagne, s’adjugeant même un monument, le Tour de Lombardie, avant de revenir en force sur le Tour de France cette année – jusqu’à son abandon. Bardet peut s’en inspirer. Profiter d’une ou deux saisons ailleurs pour se relancer avant de revenir sur la plus grande course du monde. A 30 ans, ce ne sera pas trop tard.

Alors il y a évidemment des contraintes de sponsors. Pour AG2R La Mondiale, le Tour est le moment le plus important de l’année. Il sera difficile donc, pour Bardet, de complètement faire une croix sur le rendez-vous estival. Mais changer de programme n’est pas incompatible avec une participation en juillet. Il peut doubler Giro et Tour en débarquant, décomplexé, avec un objectif différent sur la Grande Boucle. Comme la défense de son maillot à pois par exemple. Avec moins de pression. Pas un adieu définitif. Juste un petit tour.

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