C’est désormais la marque de fabrique de Paris-Nice. Dessiné tel quel, il peut se perdre sur n’importe quel kilomètre, et se gagne rarement avant le franchissement du Col d’Eze. Dédoublé pour le coup, le sommet niçois fut le théâtre d’une magnifique passe d’armes au terme de laquelle l’inattendu Marc Soler a remporté l’épreuve. Ébouriffant.

Contador tardivement vengé

Cela faisait deux éditions qu’El Pistolero, fraîchement retraité, jouait son va-tout dans les cinquante derniers kilomètres de la dernière étape. mais il avait successivement buté sur Thomas et Henao – pour deux secondes. L’an dernier, parti dans les forts pourcentages de la montée de Peille, Contador avait alors été accompagné par… Marc Soler et David De La Cruz ! Deux garçons qu’on a retrouvé ce dimanche, le premier s’offrant la plus belle victoire de sa carrière. Dans une interview accordée à Cyclingnews il y a quelques mois, Soler revenait ainsi sur l’épisode du mois de mars 2017. « Paris-Nice fut le moment qui m’a vraiment fait changer de mentalité. J’ai compris que je pouvais être au sommet avec les meilleurs pour me battre pour une étape ou un classement général. » Un déclic pour celui que l’on présente comme le successeur des grands d’Espagne des deux premières décennies du siècle.

Grand gagnant du Tour de l’Avenir en 2015, Soler s’était révélé chez les professionnels en épaulant Nairo Quintana sur la Route du Sud 2016. Celui qui devait imprimer le tempo dans les cols remporta l’étape reine – avec l’aval du patron – et termina dauphin de son maître colombien. Une transition entre le monde amateur et le cercle restreint des professionnels qui n’a jamais posé problème, en dépit d’une concurrence très forte en interne, y compris pour avoir carte blanche en l’absence des leaders. Car derrière Quintana et Valverde, la qualité ne manque pas, et c’est aux côtés de Gorka et Ion Izagirre, Intxausti, Moreno ou Fernandez que Soler a dû se frayer un chemin pour ne pas se contenter des miettes. Distancé vers Valdeblore samedi, Soler n’était pas satisfait de sa performance, bien qu’honorable. Alors, en se souvenant de l’inspirant Contador, il s’est lâché dans l’antépénultième difficulté du dimanche avant d’assumer le gros des efforts pour s’offrir, à 24 ans, un succès que personne ne prédisait.

La promenade des espagnols

Dans son festival sur route humide, Soler a retrouvé des habitués des raids aux longs cours et des renversements de situation sur Paris-Nice. Vainqueur en portant la tunique Quick-Step l’an passé, De La Cruz a refait le coup cette fois sous les couleurs de Sky. Sur la promenade des anglais, il s’est joué d’Omar Fraile, un autre espagnol, parce que les hommes de la péninsule ont dominé cette semaine. Grand animateur de la première partie d’épreuve, Luis Leon Sanchez a semblé rajeuni, tandis que les frères Izagirre ont longtemps cru détenir les cartes maîtresses du classement général. Huit ans après la victoire d’Alberto Contador, dernier espagnol en jaune à Nice, Marc Soler remet donc son pays au sommet de la Course au Soleil.

Bien aidé dans les groupes de poursuivants par le prometteur Richard Carapaz, Soler démontre encore une fois que l’équipe Movistar possède plus d’un atout dans sa main. En parallèle du coup de force de Mikel Landa sur l’étape reine de Tirreno-Adriatico, Soler prend rendez-vous pour les prochaines courses à étapes du calendrier. Prochain point de passage en Catalogne dans un peu plus d’une semaine, avant de disputer probablement le Tour du Pays Basque et le Tour de Romandie. Pas de Tour d’Italie aux dernières nouvelles, où Andrey Amador sera une nouvelle fois la caution montagne de l’équipe ibérique, mais sans doute un premier passage sur la Grande Boucle en juillet, pour compléter une armada inégalable avec Quintana, Valverde et Landa. D’ici là, il se pourrait bien que le garçon prenne encore du galon.

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