Révélation du début de saison 2019 parmi tant d’autres, Tadej Pogačar n’a pas traîné pour confirmer les belles promesses entrevues la saison dernière. Plus jeune vainqueur de tous les temps sur une course par étapes 2.HC, le vainqueur du Tour de l’Avenir 2018 répond aux attentes des italo-émiratis qui peuvent se gargariser déjà d’avoir flairé le bon coup. Portrait d’un mariage plus que précoce.

Major de promo

Plutôt que de retracer ligne par ligne les différentes étapes de sa carrière, il nous est paru incontournable de plonger dans son milieu d’origine. Tous les coureurs slovènes n’oublieront jamais de remercier leurs écoles de cyclisme nationales. Et pour en tirer les bénéfices, il faut devenir prophète dans son pays. Ce que n’ont pas réussi les Primožič, Horvat ou Cemazar, qui devront encore patienter avant de décrocher leur premier contrat professionnel. Sacrifiés pour Pogačar au Tour de l’Avenir, ils ont permis au gamin de 19 ans de mater le lauréat du Tour de Burgos, Ivan Sosa, lui-même donné au niveau de son compatriote Egan Bernal. Une performance impressionnante même si la jeune garde colombienne était certainement émoussée de son calendrier de courses plus conséquent, qu’on ne doit pas relativiser.

Brillant surdoué dans son cursus, Tadej Pogačar était le talent à ne pas louper pour les formations World Tour. Mais si les équipes continentales slovènes jouissent d’un savoir-faire de plus en plus remarquable, c’est de l’autre côté des Alpes que les intérêts demeurent affûtés. À leur grande époque, les formations italiennes Lampre et Liquigas raffolaient des jeunes espoirs issus de l’ancienne Yougoslavie, et si les temps ont quelque peu changé – en témoignent les nouveaux pavillons du Moyen-Orient -, les anciennes filières de recrutement subsistent. Sous contrat avec l’équipe Ljubljana Gusto Xaurum l’an passé – ex Radenska -, l’enfant prodige a vu sa côte marchande grimper sous la houlette de Marko Polanc. Un nom de famille évocateur, et pour cause, cet entraîneur est en réalité le père de Jan, vainqueur de deux étapes du Giro sous le maillot de l’équipe UAE.

Un pari sur 5 ans

Une première connexion certainement déterminante dans l’établissement du plan de carrière de Tadej Pogačar, mais loin d’être suffisante. En réalité, si Marko Polanc avait accepté de prendre ce poulain sous son aile, c’est bien parce qu’Andrej Hauptmann lui avait adressé ses recommandations. L’ancien professionnel slovène agit indirectement comme recruteur pour Giuseppe Saronni, manager historique de l’ancienne équipe fuchsia. Le champion du monde 1982 a passé la main durant l’hiver, mais continue de scruter avec attention les performances des coureurs qui lui sont redevables. « Nous sommes très fiers de ce que fait Tadej, mais encore plus d’avoir pu mettre la main sur lui en si peu de temps. Une grande part du mérite revient à Andrej Hauptmann […], qui après nous avoir signalé tant de jeunes intéressants comme Spilak, Durasek et Polanc, m’a parlé de ce garçon, qui possédait un tempérament et de la classe. », déclarait « Beppe » sur Tuttobici.

Tout au long de la saison 2018, les sollicitations médiatiques ne cessaient de pleuvoir, et tous lui demandaient s’il avait déjà un accord avec une équipe de première division pour 2019. Bien élevé, Pogačar affirmait avec le sourire qu’il avait des contacts et un pré-accord avec UAE, mais rien de plus. En réalité, cela faisait depuis l’été 2017 que la structure des Émirats Arabes Unis s’était rapprochée de lui. Début janvier, le magazine Rouleur le questionnait sur son choix, et pointait à juste titre la possibilité de rejoindre la diaspora slovène de la Bahrain-Merida qu’incarne Gorazd Stangelj, directeur sportif. « Quand UAE m’a contacté, c’était il y a déjà deux ans, alors que Bahrain était une équipe plus récente. Ils n’ont pas manifesté le moindre intérêt à ce moment, et après…c’était juste trop tard ! », décline t-il sans se prendre la tête sur l’extra-sportif. Ses arrières bien assurées, Pogačar est intouchable sur le marché jusqu’en 2021. Ce qui soulage son staff, désireux de travailler avec lui sur le long terme.

Une aisance décoiffante

Après deux saisons en-dessous des attentes justifiées par un budget en hausse constante, la bande à Joxean Fernandez Matxin a pour l’instant redressé la barre. La cohabitation entre Gaviria et le Norvégien est satisfaisante, et Pogačar affole déjà les compteurs. Treizième du Tour Down Under, où il a partagé le haut de l’affiche avec Jasper Philipsen, autre grand talent à surveiller, il a remporté le général du Tour d’Algarve et pris la sixième place au Pays Basque. Avant même l’Itzulia, il recevait les félicitations de son leader Dan Martin en conférence de presse : « Je me sens déjà vieux quand je vois qu’un coureur de 20 ans gagne une course par étapes. […] Je n’ai eu qu’un seul camp d’entraînement avec lui en décembre mais c’était un réel plaisir ». Un compliment que Pogačar a pu apprécier, lui renvoyant l’ascenseur dans le Diario Vasco.

S’il semble également apprécier la compagnie de Fabio Aru, ses termes étaient toutefois sans ambiguïté. Celui qui s’était mis au vélo pour copier son frère n’a visiblement plus envie d’imiter quiconque. « C’est un coureur dont je dois m’inspirer, mais je n’ai pas envie de lui ressembler. En fait, je peux apprendre énormément de ce profil de coureurs mais j’ai envie d’être quelqu’un de différent. […] Je veux juste montrer le meilleur de moi-même », clarifie-il. Le penchant pour les courses par étapes ne fait toutefois pas de doute. « Plus mature, plus malin que ne le laisse penser son jeune âge » d’après Saronni, Pogačar a toutefois un faible pour une épreuve, le Tour de Lombardie.

Enchaîner les objectifs

Septième du Piccolo Giro di Lombardia en 2017, il aimerait un jour la remporter. Pour cela, il devra sans doute améliorer ses talents de descendeur après quelques frayeur sur le Tour de l’Avenir. Mais pas de quoi empêcher le sélectionneur de l’équipe espoir de Slovénie, Martin Hvastija, de lui tracer un avenir de champion. « Avant, nous avons eu Janez Brajkovic qui a été Champion du Monde du contre-la-montre chez les Espoirs. Mais je pense que ce succès au Tour de l’Avenir est quand même plus grand. […] C’est un talent exceptionnel, Tadej a commencé à faire du vélo très jeune, je pense que c’est un vrai produit de l’école cycliste slovène, contrairement à Primoz Roglic qui est arrivé sur le tard », saluait-il aux micros de Direct Velo.

Coureur attachant bien que peu bavard, il observe actuellement une brève coupure après avoir posé les pieds sur les Ardennaises sans la moindre pression. Et si cette dernière fait son apparition, Pogačar apprécie. Ses émotions parfaitement gérées, il vient de prendre la 18ème place d’un Liège-Bastogne-Liège glacial, et faire de la figuration n’est absolument pas son genre, même en tant qu’équipier. Programmé en mai sur le Tour de Californie, c’est tout naturellement qu’on devrait le revoir aux avants-postes en vue du Tour de Slovénie. L’occasion de tester sa nouvelle popularité au pays de Prešeren. Le romantisme de l’icône littéraire sied à merveille à son coup de pédale soyeux. Celui d’un homme pressé.

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