Pour ce qui relevait de l’étape-reine du Critérium du Dauphiné, on a globalement rien appris de nouveau, si ce n’est que Jakob Fuglsang continue de planer sur un nuage épais. Mais c’est bien Wout Poels qui a produit le dernier éclair et sonné la fin de l’orage. Et s’il finissait par en profiter en juillet ?

Au meilleur des moments

Souvent décrit comme l’équipier modèle, ambianceur du bus des Britanniques mais peu gourmand une fois installé dans la peau du roule-toujours, Wout Poels a largement fait ses preuves aux côtés de ses illustres leaders, qu’ils s’appellent Chris Froome ou Geraint Thomas. Vainqueur de Liège-Bastogne-Liège en 2016 et sixième du Tour d’Espagne en 2017, ses résultats individuels sont également supérieurs à ceux d’une flopée de coureurs au niveau équivalent, mais jamais tranchants pour s’offrir des succès marquants. Et pourtant, tout indiquait que 2019 serait encore une saison routinière pour l’ancien de la Vacansoleil, désormais âgé de 31 ans. Programmé pour disputer son quatrième Tour de France en cinq saisons avec l’ex Sky, Poels présente des statistiques plus que flatteuses. Depuis sa signature en 2015, la formation de Dave Brailsford remporté les grands tours où le Néerlandais était aligné.

Tous les signaux étaient donc au vert, que ce soit pour Froome ou pour Thomas, qui bénéficiaient d’un avantage certain si un grand Poels demeurait à leurs côtés. Certes, il est facile de refaire l’histoire, mais si Froomey n’avait pas dit adieu à sa saison durant la reconnaissance du chrono de Roanne, il aurait probablement été très compliqué d’aller le chercher ce samedi dans la montée des Sept Laux, tant le natif de Venray aurait muselé l’ensemble de ses concurrents. En solitaire, Poels s’est même autorisé à aligner tout le monde, au prix d’un dernier kilomètre irrespirable, pour perdurer une solide tradition collective lors des arrivées au sommet des courses par étapes. Une victoire symbolique, au goût de revanche pour le Néerlandais, qui semblait effondré mercredi, après avoir vu la chute de son ami, peut-être annonciatrice d’un été bouillant.

Un ambitieux qui ne se cache plus

Les yeux des journalistes et des téléspectateurs commençaient déjà à se braquer vers les routes du Tour de Suisse pour contempler le duel interne entre Geraint Thomas et Egan Bernal quand Wout Poels lançait les grandes manœuvres dans les Alpes françaises. Si les écarts du jour ne sont pas forcément représentatifs, la faute à des conditions météorologiques dantesques qui ont conduit certains à ne pas trop en faire, Poels s’est quand même offert le scalp de Fuglsang, pas loin d’être le numéro un cette saison, et du maillot jaune Adam Yates. Surtout, cette victoire fait écho à des déclarations inattendues tenues au mois de mai, portant sur ses ambitions futures. Jusqu’ici poli et patient, le garçon apparaît bien décidé à assumer un peu plus de responsabilités au sein d’Ineos, qui doit faire face à des problèmes de riches.

Initialement prévu au Tour d’Italie, Egan Bernal opère son retour en Suisse et ne sera peut-être pas à 100 % d’ici la fin de semaine prochaine, tandis que Geraint Thomas, troisième en Romandie, n’a pas encore retrouvé le coup de pédale aérien qui fut le sien il y a douze mois. Alors, si ces deux-là venaient à être empruntés au départ de Bruxelles, Poels serait-il en mesure de faire douter ses directeurs sportifs ?

Interrogé sur le Tour de France 2018, Nicolas Portal assurait vouloir « lui donner sa carte sur un grand tour, il le mériterait […] On en a parlé. Avec tous les grands coureurs qu’on a et les grands challenges qu’on a eu, ça ne s’est pas fait. Mais tout le monde y pense. » Les imprévus font les occasions, et pour le principal concerné, il serait bête de passer à côté s’il est en mesure de tenir sa forme jusqu’aux Champs-Elysées. Quitte à encore faire grincer quelques dents.

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