Hier soir sur les Champs-Elysées s’est terminée une formidable aventure. Quinze jours trépidants, d’Annecy à Paris, qui nous marqueront pour longtemps, comme nos prédécesseurs de l’an dernier qui eux avaient couvert l’intégralité du Tour. Alors on reparlera encore un peu de la course, ces prochains jours, mais notre voyage à nous est terminé. Voici notre carnet de bord.

Annecy – 16 juillet

De Paris à Annecy où nous devions attraper le Tour en cours de route, il y avait un bout de chemin. Mais, naturellement, bercés par la victoire des Bleus en finale de Coupe du Monde, la veille, et par l’impatience d’enfin mettre les pieds sur la Grande Boucle, on n’a pas vu le temps passer. L’arrivée au centre de presse, où nous devions récupérer nos accréditations, a marqué le début de notre Tour. Croiser les premiers visages familiers étaient le signe que ça y est, on y était. Une courte baignade dans le lac d’Annecy plus tard, nous écrivions notre premier article comme envoyés spéciaux depuis notre chambre d’hôtel. Pressés d’être au lendemain, forcément.

Alpe d’Huez – 19 juillet

Trois jours après que nous ayons pris le train en marche, déjà un mythe se présentait. L’Alpe d’Huez était pour tous les deux une nouveauté, et la montée du col en voiture pour rejoindre la salle de presse restera comme un grand souvenir. Pas facile, parce qu’il fallait naviguer entre les supporters – peu nombreux selon les plus expérimentés des journalistes, mais nous n’en savions pas grand chose sur le moment – et gérer une voiture pas toujours à l’aise sur les forts pourcentages. Le virage des Néerlandais, rempli de policiers, nous laissera un goût d’inachevé, mais le final de l’étape, haletant, nous le fera vite oublier. Sky avait pris le pouvoir depuis la veille, avec Geraint Thomas, mais c’est vraiment ce jour-là, voyant le maillot jaune tenir le coup sur une ascension aussi compliquée, que tout le monde commença à se poser des questions sur la relation Froome-Thomas.

Mende – 21 juillet

Sur place, nos journées étaient rythmées par quelques incontournables. Le départ et son village, pour avoir accès aux coureurs et récolter la matière nécessaire à nos sujets. La salle de presse, pour écrire. La ligne d’arrivée, pour discuter avec les acteurs, encore. Puis de nouveau la salle de presse. Et enfin l’hôtel. Au milieu de tout ça, quelques heures de voiture, pour aller du départ à l’arrivée notamment. De l’autoroute, souvent, pour aller au plus court. Et des routes pleines de charme, parfois, comme ce jour-là entre Saint-Paul-Trois-Châteaux et Mende. Un trajet long mais agréable, qui fait oublier, après coup, l’internet très capricieux en salle de presse qui nous obligera à solliciter la bonté de certains collègues (merci Libération) pour publier l’article sur Romain Bardet, qui lâchait encore un peu de temps dans la montée.

Carcassonne – 23 juillet

L’arrivée de l’étape et la victoire de Magnus Cort Nielsen, le dimanche au soir, ne nous laissera pas un souvenir impérissable. En revanche, la journée de repos du lundi restera pour longtemps comme le début de quarante-huit heures poissardes. Malgré un entretien avec Wout Poels annulé à la dernière minute par Sky, nous décidons de nous rendre à la conférence de presse de l’équipe britannique. Un téléphone cassé (pour moi) et le front ouvert par un coup de caméra (pour Alexis) plus tard, on se dit que ça ne valait pas vraiment le coup. Le lendemain sera lui marqué par une nuit passée dans la voiture, la faute à un hôtel en surbooking. Heureusement, la guigne n’a pas duré au-delà du mardi.

Col du Portet – 25 juillet

Assurément l’une des plus belles arrivées de ce Tour. Un col inédit sur sa portion finale, au sommet duquel on grimpe grâce au téléphérique, des paysages pyrénéens à couper le souffle, un Geraint Thomas qui assoit sa domination quand Romain Bardet perd définitivement le podium : c’est là-haut que s’est vraiment joué le classement général de cette Grande Boucle. Pendant que j’écrivais donc un edito intitulé « Au moins, on sait », réponse à une étape qu’on annonçait explosive et qui ne l’a pas été tant que ça, mais qui a fait le tri au classement, Alexis préparait au sommet un article sur les grimpeurs qui ne jouent plus dans la cour des grimpeurs-rouleurs, même si ce jour-là, c’est Nairo Quintana qui s’est imposé.

Laruns – 27 juillet

A noter en préambule : au matin de l’étape, dans la voiture, j’avais annoncé la victoire de Primoz Roglic au bas de la descente de l’Aubisque. C’est au moins ça. Le reste fut une étape passionnante, peut-être la plus belle de ce Tour, où tous les favoris ont tenté de faire bouger les lignes. Qu’ils n’y soient pas arrivés n’est dès lors pas ce qui compte le plus. Côté hors course, cette journée restera comme une réussite : un thermomètre plus clément que la veille à Pau, un buffet de qualité en salle de presse – il y avait du magret de canard, à partir de là, ça ne peut pas être un échec – et une chambre d’hôtes très accueillante le soir, c’était parfait pour garder le sourire malgré la fin du Tour qui approchait.

Paris – 29 juillet

La veille de l’arrivée sur les Champs-Elysées, nous avons dormi à Mont-de-Marsan. Autant dire que le transfert a été coriace. Il avait surtout le goût d’une aventure qui se termine. Nos articles sur Romain Bardet et Geraint Thomas, publiés hier, étaient déjà écrits. Il ne nous restait qu’à profiter de cette ultime arrivée et à faire les comptes. 4700 kilomètres parcourus et 40 articles en quatorze jours, pas mal de sprints pour aller jusqu’aux bus des équipes, encore plus de questions posées en français, anglais et même italien et surtout, énormément de plaisir. Parce que c’est ce qui résumera notre quinzaine : le bonheur d’être là, au cœur de l’évènement, d’en faire partie. Quand on y goûte, on ne veut qu’une chose : y retourner. Alors merci à vous, parce que sans vous, lecteurs, on ne serait allés nulle part.

Merci de nous lire, que ce soit depuis des années ou depuis hier, merci de commenter, de critiquer aussi, de débattre. Merci de nous soutenir, tout simplement, en venant sur la Chronique du Vélo régulièrement. C’est ce qui nous permet de balayer le doute rapidement lorsqu’on se demande si l’on devrait continuer. Ce Tour, le deuxième que le site a pu couvrir, est une étape supplémentaire dans une histoire dont on ignore tout du dénouement.

Un remerciement tout particulier, bien sûr, à l’ensemble de ceux qui ont contribué sur le financement participatif lancé avant notre départ : Gab Legourd, green_greg, Iban Azcarate, Tristan Machin, Thomas Eveillard, Yves Pinier, Nicolas Degand, Christian Bertolino, Jean-François Berthon, Léon Kram, Bruno Daubeuf, Chimelnav, François Mathou, Jean-Baptiste Caillet, Dominique Morigeon, Bernard Beugnot, Théo Sorroche et Eric Caul Futy. Vos donc ont été précieux pour couvrir une partie des frais durant ces deux semaines de voyage.

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