Alors qu'on aurait pu le penser bridé par la présence de Froome à ses côtés, Geraint Thomas a su se montrer assez fort pour qu'il n'y ait pas débat - Photo ASO / P. Ballet
29 juillet 2018
Paris
Par  Robin Watt 
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Le plan « G »

Le courtisan Thomas a fait tomber le roi Froome et plus rien, désormais, ne sera plus pareil. Parce qu’un vainqueur du Tour ne peut pas redevenir un équipier, même pour un homme qui a ramené le maillot jaune trois fois de plus. La Sky, elle, valide encore sa méthode. Le Britannique qui avait remplacé un Britannique passe la main à un Britannique.

Revendications légitimes

Chez Sky, depuis six ans maintenant, on fait en sorte que l’histoire se répète au mois de juillet. Mais les années intègrent quelques subtilités. En 2012, Bradley Wiggins avait ramené à Paris un maillot jaune souillé par l’humiliation de Peyragudes, où Chris Froome avait voulu montrer au monde entier que le plus fort, cette année-là, allait terminer deuxième. Cette fois, il n’y a pas eu besoin de consignes : Froome est encore le perdant, mais il ne méritait pas mieux. Geraint Thomas était de loin le plus costaud et personne ne lui a crié dans l’oreillette pour ralentir – c’eut été honnêtement trop risqué. Tout aurait sans doute été très différent si le tenant du titre n’avait pas perdu plus de cinquante secondes dès le premier jour, en Vendée, parce que Geraint Thomas aurait eu les mains un peu moins libres dans les Alpes, où il a fait la différence. Mais ce fut la force du Gallois aussi, qui n’a fait aucune faute quand quasiment tous les favoris ont lâché du temps au moins une fois avant la montagne.

Il fallait ça, en fait, pour rassurer les dirigeants de Sky. Pour assumer ses propos de l’hiver. « Je me suis assis avec Tim (Kerrison) et Dave (Brailsford), et je leur ai dit que je voulais cibler le Tour », disait-il en février à Cyclingnews, quand la procédure du contrôle anormal de son leader Chris Froome patinait. Geraint Thomas n’était pas le premier lieutenant de Sky à avoir les dents qui rayent le parquet. Mais il a été le premier à refuser l’exil, persuadé qu’il pouvait faire son trou dans l’équipe britannique et que c’est avec ce maillot, de toute façon, qu’il avait une chance d’atteindre ses objectifs. Pendant que « Froomey » gagnait le Giro, « G » ne pensait donc qu’au mois de juillet. Son Critérium du Dauphiné indiquait qu’il serait rapidement au rendez-vous et il l’a été. Rien en revanche n’assurait qu’il serait au même niveau en troisième semaine, le point d’interrogation qui planait au-dessus de sa tête, mais il l’a été aussi.

Armstrong, « day by day » et les larmes

Jamais tranquille, parce que la hiérarchie interne n’est devenue claire que quatre jours avant l’arrivée, au col du Portet, Geraint Thomas a longtemps rabâché les mêmes phrases. Prendre la course au jour le jour (le fameux « day by day ») était son leitmotiv. « Chris Froome est notre leader » a aussi été l’une de ses phrases favorites, les premiers jours de son règne, avant qu’il ne s’affirme petit à petit, parlant ensuite de son ancien leader comme d’une solution de rechange s’il lui arrivait quelque chose. On ne peut pas lui en vouloir. Il découvrait ce que le maillot jaune implique vraiment, parce que l’avoir porté quelques jours en première semaine, l’an dernier, n’avait rien à voir. Il a récolté des huées, aussi, qui ne lui étaient destinées en réalité qu’à cause de son employeur. Il en a été touché, mais s’en est accommodé. Il faut, quand on gagne le Tour et qu’on court pour Sky.

Le garçon, d’ailleurs, se veut conscient de pas mal de choses. Lui et son équipe doivent faire avec un déficit de crédibilité face auquel il ne peut pas tellement agir. Il se dit contre les AUT, mais sait que c’est anecdotique. « Je ne sais pas vraiment quoi faire, dit-il à Cyclingnews. Je ne vais pas venir faire la morale, dire que je suis plus blanc que blanc. Ce sont juste des mots. (…) Combien de fois Lance (Armstrong) s’est élevé pour parler du nombre de contrôles qu’il avait subi ? » Lucide. Comme le Froome des dernières années, il a montré un visage sympathique, sans doute parce qu’il l’est vraiment. Thomas aime le foot et le rugby, boire des bières et faire rire, de temps en temps, en conférence de presse. Il ne parle pas français, comme Wiggins et Froome avant lui, mais a sans doute à l’heure actuelle une meilleure image auprès du public que ses deux prédécesseurs. Qui sait, ça changera peut-être s’il continue de gagner.

Aujourd’hui, son histoire est encore celle d’un Gallois 140e du Tour en 2007, à 21 ans, visage joufflu et bras bien épais, témoins d’un goût prononcé pour les pintes, qui remporte l’épreuve onze ans plus tard, au sommet d’une carrière qu’on n’imaginait pas se diriger vers les grands tours. « G » connaît d’ailleurs les hautes sphères de la victoire sur la piste, mais les découvre sur la route, où son chemin initiatique est passé par beaucoup de places d’honneur et quelques victoires seulement. Longtemps roue de secours d’une équipe Sky pléthorique, il a su prendre l’exemple de Froome pour réussir là où beaucoup ont échoué, à savoir changer de statut. Au départ de Vendée, Froome était donc leader, mais Thomas n’était pas un de ses équipiers. Pas un plan B, juste le plan « G ». Qui trois semaines plus tard, pour la première fois depuis son mariage en 2015, a fondu en larmes à l’arrivée du contre-la-montre où il exprimait enfin sa joie. Dans les bras de sa femme, bien sûr.

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loutrejoyeuse
loutrejoyeuse

Plan B, plan G me tout c’est de ne pas se plan T.

biquette
biquette

Point G

green_greg
green_greg

Mea Culpa ! Voir mon commentaire du 18 juillet, dans lequel j’expliquais pourquoi il était évident, d’après moi, que Froome allait l’emporter… Mon argumentaire tenait de façon implicite sur « l’ambition » de Froome, à savoir : doublé Giro/Tour, 5ème Tour d’affilée, vainqueur sortant du Tour. Ayant toujours eu des doutes sur ses capacités de gagneur, je me rends compte aujourd’hui qu’il est seulement un « ouvrier » comme un autre chez Sky. Les patrons décident ce que chacun va faire en fonction de ses capacités et tout le monde exécute sa tâche. Je n’arrive pas à comprendre comment Froome a pu ainsi se laisser voler deux Tours… Froome n’était certainement pas plus fort que Thomas, mais en tant que tenant du titre (+ doublé Giro/Tour…), je ne comprends pas pourquoi il n’a pas gentiment demandé à Thomas, avant le Tour, de rester son équipier de luxe. Pour éviter de se faire rabâcher l’affaire du salbutamol, pour éviter le bazar aux bords des routes, ou seulement parce que Brailsford a décidé que ce devait être le Tour de Thomas pour la bonne marche des affaires ? Je suis bien triste pour Froome et j’espère qu’il s’est bien fait rétribué pour ça. Vivement l’année prochaine… Lire la suite »

moon
moon

Sky a fait le choix d’avoir 2 leaders. Sans doute parce que Froome a fait le Giro. D’ailleurs, même Tom Dumoulin n’espérait sans doute pas être 2ème du Tour avec cet enchaînement. Au final, ce dernier n’a pas eu le niveau pour gagner le Tour. Après on peut partir sur un complot où il fait semblant d’être lâché mais ça inclut aussi que Bernal fasse semblant de le ramener à chaque fois.

Vouloir gagner (pour Froome), c’est une chose mais je pense que la Sky préfère gagner le Tour avec Thomas que de laisser un autre adversaire le remporter, vu que Chris était juste.

Et puis il fait quand même une sacrée année. Vainqueur du Giro puis 3ème du Tour, en ajoutant à ça vainqueur du Tour et de la Vuelta l’année précédente.

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

Je me rappelle d’avoir lu un article en 2016, quand Geraint Thomas commencait vraiment a etre fort en montagne (c’est juste que cette année il tient les 3 semaines contrairement a 2015-2016 , et pour tous les rageux en 2017 il abandonne giro ou il est leader + TDF donc non il ne sort pas une performance d’OVNI non plus). L’article montrait a quel point Dave Brailsford tenait a faire gagner des britanniques et que faire un jour gagner Thomas serait la victoire utlime pour lui qui est aussi Gallois. Thomas d’ailleurs est egalement un bébé sky present depuis le tout debut de l’equipe, donc pour ceux qui pensaient que la Sky allait finir par faire gagner Froome c’etait impossible vu a quelle point Dave prefere que Thomas gagne. Je trouve ca assez dingue la reussite de cette equipe et son efficacité elle reussit tout ce qu’elle entreprend. Il n’y avait pas un jeune coureur d’ailleurs (Edmonson ? ) qui se plaignait en quittant l’equipe de la pression tres dur qu’il eprouvait et qu’il en pouvait plus. A l’epoque je pensais que Kennaugh allait etre la nouvelle machine made in UK qui gagnerait le tour mais maintenant je pense qu’il… Lire la suite »

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

C’etait meme 2015 je crois l’article, Thomas était 4e du général à trois jours de l’arrivée. Il avait ensuite explosé à La Toussuire, lâchant 22 minutes pour finir 15e. Donc pour moi Thomas est au meme niveau depuis 2015.

loutrejoyeuse
loutrejoyeuse

Du coup la question du leader 2019 ne vas vraiment pas être simple a gerer.

Christophe
Christophe

D’ailleurs, ça va être intéressant ; est-ce que Thomas va rester chez Sky et retrouver son rang de lieutenant ? Est-ce que la Sky va tenter de faire 1 et 2 ?

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

Thomas leader au giro et Froome qui tente de gagner un 5eme TDF je le sens bien. La question c’est ils vont faire quoi de Bernal qui va pas vraiment kiffer ne pas etre leader sur un grand tour.

Nour
Nour

Bernal équipier sur le Tour et leader sur la Vuelta? et genre le tour de suisse et/ catalogne en prime?

DomdeLyon
DomdeLyon

Si je comprends bien : le Giro pour Thomas, le Tour pour « l’Alien » et la Vuelta pour Bernal… Bof… :(