A vingt-quatre heures de Paris, Chris Froome a récupéré sa place sur le podium, ce samedi, aux dépens de Primoz Roglic. Le roi est détrôné, mais pas encore mort. Pour la première fois depuis 2012, il va rallier les Champs-Elysées sans le maillot jaune, qui revient à son coéquipier Geraint Thomas.

Un habitué contre un paralysé

Sur la rampe de lancement, Chris Froome arborait le maillot blanc de l’équipe Sky. Il n’y est pas habitué. Depuis cinq ans, à chaque fois qu’il avait eu à disputer un contre-la-montre individuel sur le Tour, il l’avait fait avec le maillot jaune sur le dos. Cette fois, il a dû laisser cet honneur à son coéquipier et compatriote Geraint Thomas. Lui partait six minutes plus tôt, dans la peau d’un quatrième du classement général, chose tellement inhabituelle pour lui. Mais il n’était pas question de rendre les armes vendredi soir, à Laruns, où il avait été éjecté du podium par la victoire d’un Primoz Roglic rayonnant. Même en difficulté dans l’Aubisque, comme quarante-huit heures plus tôt dans le col du Portet, Froome s’est accroché au dernier espoir qui lui restait, celui de monter sur le podium, un honneur qui ne se refuse pas pour un garçon aussi attaché aux traditions et à l’histoire du Tour, malgré ce que l’épreuve lui réserve, parfois, sur le bord des routes.

Dès les premiers kilomètres, il fut alors évident que le rapport de force ne serait pas aussi déséquilibré que dans les Pyrénées, entre Roglic et Froome. Le Slovène, bien parti, a d’abord creusé. Puis s’est effondré. A l’arrêt dans la moindre bosse, le parallèle avec son aisance d’hier était saisissant. Le Britannique, lui, semblait avoir retrouvé ses jambes, il moulinait comme il fallait et à l’arrivée, il passe tout près de la victoire d’étape, battu de seulement une seconde par le champion du monde de la discipline Tom Dumoulin. L’écart entre Froome et Roglic est alors sans appel : une minute et onze secondes, les positions s’inversent de nouveau au général et le leader de LottoNL, étincelant pendant trois semaines, paye cher ce qui peut s’apparenter à son seul jour sans. Pourtant, on ne veut pas croire que le Slovène ait perdu ses qualités de rouleur dans la nuit. Il a sans doute davantage perdu ce podium dans la tête que dans les jambes.

Un roi sur ses deux pattes

Pour sa première expérience comme leader sur trois semaines, Roglic a couru sans pression. Du moins jusqu’à hier. Personne ne l’attendait là et c’est comme si, d’un coup, il s’était retrouvé paralysé en rendant compte de ce qu’il était en train de faire. Froome, à l’opposé, est sans doute l’homme qui a subi le plus de pression, ces dernières années, dans le peloton professionnel. Six victoires dans des courses de trois semaines, avec la tension et la concentration de tous les instants que cela implique, l’affaire du salbutamol, l’animosité de certains, depuis toujours, envers l’équipe Sky dont il est depuis qu’elle gagne l’un des hauts représentants : le Britannique est blindé, mentalement au-dessus d’une bonne partie – si ce n’est l’intégralité – de ses adversaires. Ça s’est vu, samedi.

En conférence de presse, dans la soirée, il disait avoir été motivé par le traitement reçu par lui et ses coéquipiers, depuis plusieurs mois et surtout sur le Tour. Il a aussi lancé quelques banalités, comme le fait d’avoir cru au maillot jaune jusqu’à la ligne d’arrivée du chrono, parce qu’avant ça, tout pouvait arriver. Mais Chris Froome a surtout fait du Chris Froome. Avec le sourire, il a félicité ce Geraint Thomas avec qui il court depuis dix ans, un “bon ami”, dit-il à répétition, qui a eu une grande part de responsabilités dans ses propres victoires et avec qui la communication serait facile. Le maillot jaune le remerciera plus tard pour le service après-vente. Ce qu’il faut retenir, au-dessus de tout, est sûrement que Froome vient de terminer troisième du Tour après avoir remporté le Giro, et que rien que ça, c’était inimaginable il y a quelques moi. Il le sait, alors il a dit à plusieurs reprises qu’il croyait toujours en ce doublé. Si on lit entre les lignes, on dira qu’il veut le retenter l’an prochain. Il n’a pas confirmé. Mais s’il n’est plus le roi, il n’est pas dit qu’il ne le redevienne pas prochainement.

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