La deuxième étape pyrénéenne a permis d'éclaircir la hiérarchie chez Sky : Thomas est le leader et va remporter le Tour - Photo ASO/Alex Broadway
25 juillet 2018
Saint-Lary-Soulan
Par  Robin Watt 

Au moins, on sait

On attendait beaucoup de cette étape vers le col du Portet. C’était décevant. Très décevant, même. Mais à l’arrivée, on a quelques réponses : Geraint Thomas va remporter le Tour de France et Chris Froome va devoir se battre pour un podium que Romain Bardet a définitivement perdu. On ne l’aurait pas prédit il y a trois semaines.

Un seul patron

On se serait cru dans la première étape de montagne du Tour de France, avec des favoris qui s’observent sans vouloir se découvrir trop tôt. Puis on s’est souvenu que non, on était bien à quatre jours de l’arrivée à Paris, sinon Nairo Quintana n’aurait jamais attaqué à dix kilomètres du sommet. Un petit pied de nez à tous ceux qui lui tombent dessus régulièrement – on plaide en partie coupables – parce qu’aujourd’hui les Movistar ont fait leur course. Alejandro Valverde à l’avant, pour donner ensuite un coup de main précieux au Colombien finalement vainqueur de l’étape, il n’y a rien à dire. On pourra regretter qu’il ait attendu le milieu de la troisième semaine pour se découvrir, mais lui au moins a fini par le faire. Il a été le seul avec les Lotto-NL de Kruijswijjk et surtout Roglic, toujours quatrième mais désormais sur les talons de Chris Froome.

Pourtant, aussi cruel que ce soit, à l’heure de regarder le classement général, on remarque à peine la présence massive des Movistar et des Lotto-NL dans les dix premiers. Notre œil, en fait, est surtout attiré par un chiffre. Deux minutes. Enfin presque, une minute et cinquante-neuf secondes pour être exact. C’est l’avance de Geraint Thomas sur son premier poursuivant, qui n’est plus Chris Froome, et ça change tout. Définitivement, la hiérarchie, chez Sky, s’est éclaircie. Le quadruple vainqueur du Tour n’a « pas les jambes » d’après ses mots, alors que « G a montré que le boss du Tour, le patron, c’était lui », dixit son directeur sportif Nicolas Portal. Les dés sont jetés. L’équipe britannique, après Wiggins et Froome, s’apprête à remporter la Grande Boucle avec un troisième coureur différent, chose inédite en si peu de temps – l’actuelle Movistar l’a fait avec Delgado en 1988, Indurain de 1991 à 1995 et Pereiro en 2006.

Froome s’incline

Est-ce une passation de pouvoir, entre « Froomey » et « G » ? Probablement pas vraiment, parce que le second est presque aussi âgé que le premier – ils ont un an d’écart – et s’inscrit bien moins dans la durée qu’un Bernal, par exemple. En revanche, c’est un tournant dans la carrière de Froome, qui six ans après avoir humilié « Wiggo » sur les pentes de Peyragudes pour prendre le pouvoir chez Sky se retrouve forcé de céder le leadership au moins partiellement, dans une étape, encore une fois, qui passait par la station pyrénéenne. Parce que l’histoire se répète toujours au moins un peu. En revanche, Froome peut se satisfaire de ne pas avoir eu à subir le sort qu’il avait infligé à celui qui endossait avant lui le costume de leader. Cette fois, et peut-être parce qu’elle est très éphémère, l’inversion des rôles s’est faite en douceur.

Thomas n’a attaqué que dans les tout derniers mètres, pour reprendre cinq secondes à Dumoulin et Roglic, alors qu’il aurait sans doute pu plier le Tour quelques kilomètres plus tôt. Si Froome n’avait pas tiré la langue, un peu plus bas, on imagine qu’il aurait pris moins de précaution. Mais celle-ci était peut-être nécessaire. « G mérite d’être en jaune, j’espère qu’il le restera jusqu’à Paris », glissait Froome au moment de rentrer à son bus, comme un adoubement, ou au moins l’assurance d’un pacte de non-agression. Le Britannique a repoussé ce moment, mais il s’est désormais fait une raison. Il rentrera peut-être dans l’histoire plus tard avec un cinquième Tour de France, mais sans doute jamais avec un doublé Giro-Tour. Un simple report, peut-être. Comme Bardet, qui devra revenir pour mettre à mal l’équipe Sky. Ennuyeuse, cette étape l’a donc été pendant longtemps, et il y a beaucoup de raisons d’être frustré, ce soir. Mais au moins, maintenant, on sait.

Logo Tour de France

Tour de France 2018
à l'issue de l'étape 17

1.Geraint Thomas 6.Steven Kruijswijk
2.Tom Dumoulin 7.Mikel Landa
3.Chris Froome 8.Romain Bardet
4.Primoz Roglic 9.Dan Martin
5.Nairo Quintana 10.Jakob Fuglsang
Alaphilippe
Bardet
Chavanel
Colbrelli
Degenkolb
Dumoulin
Dupont
Froome
Fuglsang
Gaviria
Gilbert
Groenewegen
Jungels
Kittel
Kragh Andersen
Kristoff
Kruijswijk
Landa
Laporte
Majka
Martin
Matthews
Naesen
Nibali
Porte
Roglic
Quintana
Sagan
Thomas
Valverde
Van Avermaet
Van Garderen
Uran
Yates
Zakarin
1 2 3 4 5 6 7 8 9 R 10 11 12 13 14 15 R 16 17 18 19 20 21
1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1
2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2 2
3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3
4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4 4
5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5 5
6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6 6
7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7 7
8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8 8
9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9 9
10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10 10
1.Nairo Quintana 6.Steven Kruijswijk
2.Dan Martin 7.Egan Bernal
3.Geraint Thomas 8.Chris Froome
4.Primoz Roglic 9.Mikel Landa
5.Tom Dumoulin 10.Ilnur Zakarin
IndividuelGeraint Thomas
SprintPeter Sagan
GrimpeurJulian Alaphilippe
JeunePierre Latour
EquipeMovistar Team
  • Etape 2
    Luis León Sanchez
    Tsgabu Gebremaryam Grmay
  • Etape 4
    Axel Domont
  • Etape 5
    Michael Matthews (non partant)
    Robert Kišerlovski (maladie)
    Tiesj Benoot (non partant)
  • Etape 9
    Tony Martin (non partant)
    Richie Porte
    José Rojas
  • Etape 9
    Alexis Vuillermoz
  • Etape 10
    Jens Keukeleire
  • Etape 11
    Mark Cavendish (hors délais)
    Mark Renshaw (hors délais)
    Marcel Kittel (hors délais)
  • Etape 12
    Rigoberto Uran (non partant)
    Tony Gallopin
    Fernando Gaviria
    André Greipel
    Dylan Groenewegen
    Dmitriy Gruzdev (hors-délai)
    Marcel Sieberg
    Rein Taaramae (hors-délai)
    Rick Zabel
  • Etape 13
    Vincenzo Nibali (non partant)
  • Etape 14
    Patrick Bevin
  • Etape 15
    Gianni Moscon (mis hors course)
  • Etape 16
    Damien Howson
    Tim Declerq
    Serge Pauwels
  • Etape 17
    Philippe Gilbert
Logo Tour de France Tour de France
Où voir le direct vidéo de la course

15
Poster un commentaire

avatar
9 Threads de commentaires
6 Réponses
1 Followers
 
Commentaire suscitant le + de réactions
Thread le + chaud
12 Auteurs de commentaire
SilaLAURENT MichelDavid BrabynrolfsorensenCastabouin Auteurs de commentaire récent

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

  S'abonner  
Me prévenir
LAURENT Michel
LAURENT Michel

Excellent article explicitant (bien mieux que moi) mon sentiment sur cette journée pyrénéenne.
Bravo !!

Gaul
Gaul

C’était l’étape de la confirmation des meilleurs et la confirmation que les moins forts étaient vraiment un ton en dessous. Ce qui m’a frappé : la décontraction extrême au départ de G. Thomas. On avait l’impression que rien ne pouvait lui arriver…
Le départ façon grille F1 ? Un gadget complètement inutile…

Sebe
Sebe

Étape atypique et inutile c’est clair, le Tour mérite de vrais étapes… Mais je mets une petite pièce ce soir sur un raid de Froome vendredi, avec une attaque dans le Tourmalet, pour reprendre le jaune comme au Giro juste avant l’arrivée…

pat
pat

Et que dire du départ style moto GP un flop monumentale qui frisait le ridicule !

LAURENT Michel
LAURENT Michel

D’un point de vu « course cycliste », ça n’a servi à rien ( on s’y attendait un peu) mais c’est plus sympa qu’un défilé en peloton dans les rues de la ville-départ.
D’un point de vu médiatique, c’était une manière de créer le « buzz » pour relever les audiences bien ternes.
Enfin Mister le patron du ciel était hyper content ……. ce qui prouve sa grande connaissance du milieu cycliste.

Nour
Nour

Je ne me suis pas ennuyée aujourd’hui, c’est sûr que j’aurais préféré que ça parte dès le 1er col mais ça a quand même nettement accélérer dans le 2ème. La stratégie des movistars a été magnifique à suivre avec Soler et Valverde qui ont parfaitement joué tout au long de la journée pour se faire reprendre uniquement au bon moment pour être utiles et en gardant de la force pour faire leur boulot pour Quintana. Honnêtement c’est pas si souvent que les relais sont si bien utilisé. Et puis y’a eu du suspens jusqu’au bout avec Quintana qui plafonnait mais craquait pas, Martin qui a tout donné pour revenir. Alors bien sûr j’aurais préféré que d’autres leaders aient les moyens d’attaquer, ou qu’il y ait un espoir de renverser la sky. Mais ça n’arrivera pas, ils sont trop forts. Alors à l’échelle du cyclisme sous l’ère sky c’était quand même une belle étape selon moi. Par contre il va vraiment falloir réfléchir à des moyens d’empêcher une équipe de dominer le cyclisme ainsi. C’est pas le problème Sky, c’est un problème structurel dans le cyclisme qui fait que ces équipes sont possibles avec leurs moyens largement supérieurs qui leur permettent… Lire la suite »

David Brabyn
David Brabyn

Un draft serait marrant

LAURENT Michel
LAURENT Michel

Désolé mais un « draft » c’est quoi en français???? merci de répondre à un vieux.

David Brabyn
David Brabyn

https://fr.wikipedia.org/wiki/Draft_de_la_NBA

Un événement annuel durant lequel toutes les équipes piochent – dans l’ordre inverse du classement de la saison précédente – parmi l’ensemble des nouveaux athlètes devenants éligibles. Cela permet aux « moins bons » de recruter les athlètes les plus prometteurs.

LAURENT Michel
LAURENT Michel

Merci de la réponse.

moon
moon

On attend beaucoup de choses mais je commence à me dire (naïvement ?) qu’au delà d’une domination des Sky en tant que collectif, le niveau individuel des coureurs est simplement proche. A l’arrivée, personne ne domine outrageusement. Geraint Thomas est devant mais il ne gagne pas à coup de minutes. Ses attaques se font dans les derniers mètres et il prend 5-10 secondes, aidé par les bonifs.

Seul regret quand même : Nibali manque à la course.

Et Bardet, faut qu’il tente le Giro ou la Vuelta. Ça et/ou des classiques. Il y a une vie au delà du Tour et il pourrait s’épanouir.

calbuth59
calbuth59

Le Bardet du début de saison, notamment au Strade Bianche, faisait d’ailleurs plaisir à voir. J’espère qu’il continuera à varier son programme et tenter des choses….

Castabouin
Castabouin

Bonjour,
Petite question générale puisqu’on parle rarement de technique par ici.

Il y a quelques années, juste avant le carbone (Non, non, c’était hier :-)), les pros montaient les grands cols sur 42 x 24 et nous aussi par mimétisme.

Aujourd’hui, ils sont équipés de 36 x 30 ou 32, ce qui nous aurait scandalisés à l’époque.

On n’avait pas tant que çà l’impression de monter en force.

Finalement, qui a tort ? Qui a raison ? Est-ce comparable en matière de watts et en matière de vitesse moyenne ?

rolfsorensen
rolfsorensen

Étape terne, et pourtant je reste convaincu que certains auraient dû imiter Valverde, ils auraient moins perdu de temps. Bardet se disait prêt à renverser la course quitte à tout perdre, mais en fait non… L’opportunité était au départ, surtout que ses adversaires connaissent ses faiblesses en clm.
Enfin c’est tristoune cette histoire d’hypoglycémie pour enterrer tout espoir pour notre grimpeur auvergnat, un coup de mou en plus de la résignation… Vivement l’an prochain, ou pas…

Sila
Sila

On enterre Froome beaucoup trop vite. Je ne le déclarerai perdant que dimanche soir, là c’est beaucoup trop tôt. Tout le monde a oublié son Giro ou quoi ? Je le vois tenter l’échappée rapidement demain, dès le Tourmalet probablement. Il n’a rien à perdre. Et si c’est le cas, la Sky ne chassera pas. L’équipe veut un vainqueur, et à choisir, mieux vaut sans doute Froome que Thomas. Pas le même prestige. C’est donc Dumoulin et Roglic qui devraient rouler derrière. Mais leurs équipes ne sont pas top dans la montagne (surtout la Sunweb, à la base construite autour d’un sprinteur.) Cela dit, y aller seul sera difficile pour Froomey. Il lui faudrait une alliance. Avec Bardet ? Le Français n’a pas une équipe assez performante ni assez fournie pour placer des hommes devant et relayer. La solution la plus logique serait pour moi de s’appuyer sur la Movistar. Landa, par exemple, a fait un tour très moyen qu’il a besoin de relever d’une belle performance, il sera devant ses supporters et connaît bien Chris Froome. Ou Quintana : il ne se contentera pas d’une cinquième place, il peut encore viser le podium et a souvent de très bonnes… Lire la suite »