Tous les Pays-Bas attendaient Dylan Groenewegen dans les rues de Bruxelles pour endosser un maillot jaune trente ans après Eric Breukink, vainqueur du prologue du Tour 1989. Mais le sprinteur vedette du pays est allé au tapis. Qu’importe pour son équipe Jumbo-Visma, qui récolte quand même le jaune à l’arrivée avec l’étonnant Mike Teunissen.

Terre de classicmen

Membre important du train de son leader, Dylan Groenewegen, Mike Teunissen n’est pas réputé pour jouer sa carte personnelle, du moins dans les arrivées groupées. Le Néerlandais de 26 ans a remporté Paris-Roubaix espoirs, terminé septième de l’Enfer du Nord chez les grands en 2019, ou encore gagné les Quatre Jours de Dunkerque en manœuvrant de manière peu académique. Spécialiste des pavés et des courses d’un jour nerveuses, sinueuses, le natif d’Ysselsteyn, petit bourg au sud-est du pays, était toutefois servi ce samedi sur les routes du Tour. Si le profil du jour ne présentait aucune difficulté d’envergure, la présence du Mur de Grammont, du Bosberg, et d’innombrables faux-plats, pour certains empruntés au tracé de la Flèche Brabançonne, ont cassé les pattes de beaucoup de coureurs qui n’avaient peut-être plus toute leur lucidité au moment de se positionner pour le sprint final. Mais pour disputer le premier maillot jaune, il fallait surtout arriver indemne aux 500 derniers mètres.

Contrairement aux Deceuninck-Quick Step qui ont foncé tête baissée et compris trop tardivement qu’Elia Viviani avait perdu la roue de ses poissons-pilotes, les coéquipiers de Groenewegen, qui a chuté dans le final, ne se sont jamais démobilisés et ils étaient encore trois dans la dernière courbe. Mike Teunissen donc, mais aussi Wout van Aert et le champion de Norvège, Amund Grøndahl Jansen. Trois excellents capitaines de route qui devaient de toute manière apporter leur savoir-faire lors du contre-la-montre par équipes de dimanche, mais qui n’étaient pas préparés à recevoir la lumière des projecteurs sur eux, surtout pas ce jour-là. Auteur d’un sans-faute en prenant les bonnes aspirations, Teunissen a coiffé Sagan de fort belle manière pour décrocher un succès qui fera date dans sa carrière, peu importe sa trajectoire future.

Un séjour en jaune prolongé ?

En cinq minutes, les Jumbo-Visma sont donc passés par toutes les émotions, de la catastrophe à l’extase. Groenewegen abattu mais pas touché, au contraire d’un Fuglsang tombé bien plus tôt, et George Bennett contrarié, une nuit reposante et l’absence des sollicitations médiatiques qu’auraient entraîné une possible victoire du sprinteur de référence devraient leur permettre de se rétablir d’ici la seconde étape, longue de 27 kilomètres. Et avec des coureurs de la trempe de Martin ou désormais Teunissen, les héritiers de la Rabobank font même partie des favoris pour la victoire d’étape, dimanche après-midi, dans le chrono par équipes. Dans ce cas de figure, quelles seront les consignes ? Favoriser la course au général de Steven Kruijswijk ou défendre le maillot de leur leader inattendu ? Les voilà avec plusieurs cartes en main.

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