L’ensemble de la rédaction de Chronique du Vélo a fait ses pronostics en vue du Tour. Nous avons chacun livré notre top 10 pour finalement établir notre propre classement. Jusqu’au départ, nous allons donc revenir sur chacun de ces protagonistes. Avant-dernier volet de nos présentations, Thibaut Pinot.

Malmené par les routes du Tour de France depuis son podium en 2014, Thibaut Pinot revient sur la Grande Boucle avec l’ambition de briller au général. A l’approche du grand départ, le Pinot millésime 2019 semble prometteur. Le leader de Groupama-FDJ a prouvé qu’il était en pleine possession de ses moyens. S’il parvient à surmonter les déconvenues des éditions précédentes, difficile de voir ce qui pourra l’empêcher de jouer la prolongation sur les Champs-Elysées.

La parenthèse italienne

Ils auraient pu se quitter fâchés. Le Tour en a fait voir de toutes de les couleurs à Thibaut Pinot, pourtant ce dernier ne se montre pas rancunier. La Grande Boucle du Franc-Comtois est plutôt sinusoïdale. En 2012, pour son baptême sur l’épreuve, il joue la carte de l’insouciance et s’offre malgré tout une belle victoire d’étape ainsi qu’une petite place dans le Top 10. La suite est faite de contre-coups et de rebonds glorieux : trois courses bâchées (2013, 2016 et 2017), une qui s’est bien mieux terminée qu’elle n’avait commencé (2015), et surtout l’ivresse d’un podium qui à l’époque semblait inaccessible pour une coureur français (2014). Si le motif de courbe reste le même, il faut s’attendre à un retour en grâce pour 2019.

Depuis cette époque où Egan Bernal était encore un junior et Geraint Thomas un coureur de classiques flandriennes, Thibaut Pinot n’a plus figuré dans le Top 10 d’un Tour de France (que ce soit après l’étape 1 ou 21), mais le grimpeur de Groupama-FDJ a su s’exporter à l’étranger pour retrouver des résultats qu’il n’arrivait plus à obtenir sur le grand tour français. Loin de la pression, il a priorisé la course qu’il chérissait durant sa jeunesse : le Giro. « J’ai décidé de découvrir “en vrai” le Tour d’Italie pour la huitième saison en pro, en 2017. J’ai eu le sentiment de me rafraîchir, confie t-il dans la postface de Giro, de Pierre Carrey. Tout ce que j’avais découvert à la télé devenait réalité : la simplicité, l’authenticité, la beauté des décors, la passion. » Cette escapade italienne, aussi belle soit-elle, n’a pas été de tout repos. En 2018, le Tour d’Italie lui a infligé une claque monumentale à quelques kilomètres seulement d’une place assurée sur le podium.

Des signes encourageants

Cette nouvelle déconvenue aura eu le mérite de ne pas avoir été vaine. Thibaut Pinot, hospitalisé au bout du mois de mai, deviendra un des meilleurs coureurs du dernier tiers de la saison 2018. Il y a évidemment sa victoire sur le Tour de Lombardie à laquelle s’ajoute un solide Tour de Pologne (3e), une Vuelta réjouissante (6e et 2 étapes) et un Championnat du monde au goût d’inachevé (9e). « Il y a beaucoup de coureurs qui auraient baissé les bras, affirme t-il à L’Équipe. Quand je vois que dès le Tour de Pologne, je suis prêt à nouveau et que certains disent que je n’ai pas de mental, putain… Je pense justement que c’est là que je suis le plus fort. Le mental, c’est peut-être ma qualité première. »

Si le Pinot millésime 2019 a gagné en assurance, physiquement, il a aussi gagné en fraîcheur avec un programme relativement allégé. Au départ du Tour, 115 participants auront plus de kilomètres en compétition dans les pattes. Cet état de forme reste soumis à une fragilité qui l’oblige à toucher du bois à tout moment. Avant le Grand Départ à Bruxelles, le Franc-Comtois a ainsi confirmé à L’Équipe qu’il avait été bridé par la maladie sur la deuxième moitié du Dauphiné. « Comme d’habitude, mon seul adversaire, c’était moi, parce que si je ne tombe pas malade, je fais autre chose que cinquième. Ça a toujours été mon problème. »

Excès d’optimisme ?

Cette crainte de l’aléa qui s’acharne un peu trop sur lui pousse Pinot et ses proches à en garder un peu sous la pédale au moment de dévoiler leurs intentions. « On ne se met ni une barrière, ni une pression inutile, assure Yvon Madiot à L’Équipe. Top 10, top 3, gagner le Tour ? C’est ridicule, comment savoir ? […] Les prévisions chiffrées, c’est casse-gueule. Le Tour est une machine à broyer, on a eu des désillusions par le passé qui renforcent l’humilité. » Pourtant, l’optimisme est de mise. La Groupama-FDJ a su mettre en place un groupe homogène et compétitif autour de son leader sans renier sur son aspect familial. Malgré quelques menus pépins cette saison, le coureur a su bousculer ses adversaires les plus prestigieux.

Faut-il céder à la prudence ? Attendre de voir si les astres s’alignent pour s’enthousiasmer sur Thibaut Pinot ? Non. Certes, pour apprécier la vraie teneur de ce Pinot 2019, quelques jours de patience sont encore nécessaires. Le sommet de la Planche des Belles Filles sera probablement l’indicateur idéal pour déterminer la nature de ce crû. En attendant, on a le droit d’espérer le meilleur, par chauvinisme évidemment, mais pas seulement. Un Pinot en forme, c’est la perspective de voir une course plus débridée qu’à l’accoutumée. En cas d’échec, ce ne sera que partie remise car contrairement à l’adage évoqué depuis quelques semaines, ce n’est pas l’année ou jamais.

Selon vous, qui va remporter le Tour de France 2019 ?

Voir les résultats

Buy me a coffeeOffrir un café
Vous avez aimé cet article de Jean-Baptiste Caillet ? Participez à l'élaboration du prochain en contribuant aux frais d’hébergement du site.