L’ensemble de la rédaction de Chronique du Vélo a fait ses pronostics en vue du Tour. Nous avons chacun livré notre top 10 pour finalement établir notre propre classement. Jusqu’au départ, nous allons donc revenir sur chacun de ces protagonistes. Aujourd’hui, place à Geraint Thomas, que nous avons classé cinquième.

Il est le tenant du titre, donc forcément l’un des favoris. Mais Geraint Thomas a perdu des points dans les sondages. Au moment de faire ses pronostics, la Chronique du Vélo ne l’a placé qu’à la cinquième position. Le Gallois paye une fin de préparation tronquée et un coéquipier de plus en plus envahissant, alors que le départ n’a pas encore été donné.

Jeu de déclarations

Geraint Thomas joue avec nos cerveaux. A quelques jours du Tour de France, il a réussi à se débarrasser, dans l’esprit de nombreux observateurs, du statut de favori n°1. Lui doit s’en réjouir, et se dire, malgré tout, que certains n’ont pas bien retenu la leçon de 2018. Il y a un an, déjà, il était arrivé au départ de Vendée sur la pointe de pieds, refusant le leadership au sein de l’équipe Sky. Beaucoup l’avaient cru – à la Chronique du Vélo, personne ne l’avait même pronostiqué sur le podium. A quelques jours de Paris, maillot jaune solidement accroché sur les épaules, il avait fait taire ceux qui ne le voyaient pas tenir trois semaines. Il avait aussi mis fin à l’hégémonie de son coéquipier Chris Froome, invaincu depuis 2013 lorsqu’il terminait l’épreuve. Le lieutenant était devenu leader, sans avoir besoin que le leader devienne lieutenant pour autant. Il avait simplement pris les rênes, un jour de chaleur vers La Rosière, pour ne plus jamais les lâcher.

Evidemment, chez Ineos, Egan Bernal rêve sans doute secrètement du même scénario dans les trois prochaines semaines, avec lui dans le rôle de Thomas, et Thomas dans le rôle de Froome. Mais Thomas n’est pas encore Froome, justement, parce qu’il n’a pas encore quatre Tours de France inscrits au palmarès, qu’il a encore très faim de victoire et qu’il n’a pas, comme le Britannique l’an passé, un Giro dans les pattes au moment de prendre le départ. Ça fait beaucoup, malgré tout, sans rien enlever au talent du Colombien. Alors oui, la préparation du Gallois a été contrariée par cette chute au Tour de Suisse, survenue avant la montagne et qui a empêché tout le monde de voir à l’œuvre le duo, ce qui aurait donné, on n’en doute pas, quelques indications. Mais il faudra se contenter de ce qu’on a, des impressions datées de quelques mois et beaucoup de déclarations.

Prime à l’ancienneté

« Je vais essayer d’aider Geraint, disait Bernal au moment de conclure le Tour de Suisse. S’il est meilleur que moi, bien sûr, je vais l’aider. Je n’ai aucun problème avec ça : je n’ai que 22 ans et je pense que j’ai encore beaucoup de Tours devant moi. » On notera la subtilité : « s’il est meilleur que moi », comme si le niveau réel allait être le seul critère pour fixer la hiérarchie. Ineos, quelques jours plus tard, n’a pas éclairci grand-chose, annonçant un co-leadership entre ses deux cadors. Le jeu médiatique a débuté, entre la formation britannique et les médias, surtout, parce qu’on imagine qu’en interne, tout est beaucoup plus clair. Thomas n’a pas eu la fin de préparation espérée, mais ses entraîneurs savent exactement où il en est. Ses coéquipiers en stage s’appellent Froome et Bernal, ce qui suffit pour se tester, et on peut faire confiance à Ineos, aussi, pour comparer les données de son coureur avec celles de l’an dernier, lorsqu’il s’apprêtait à remporter le Tour.

Surtout, on est habitués à ce que la bande à Dave Brailsford laisse planer le doute. Il y a douze mois, face à la presse, le manager de Sky avait refusé d’avancer le début d’un choix, et c’est finalement Geraint Thomas, petit à petit, qui s’était pris au jeu, assurant que Chris Froome serait en parfaite position si lui venait à perdre le maillot jaune. Cette année, il faudra sans doute attendre, là encore, les premiers affrontements en montagne, et la tension grandissante, pour que les langues se délient. En attendant, on retiendra surtout que Sky, devenue Ineos, n’a pas pour habitude de bousculer sa hiérarchie en cours de route. Froome avait tenté de renverser Wiggins en 2012, en vain. Ce n’était pas son heure. Et si Thomas a pris la place de Froome, c’est surtout parce que Tom Dumoulin s’était intercalé, ne laissant pas d’autre choix pour remporter le Tour. Tant que Thomas sera dans le coup, donc, il n’y a aucune raison qu’il perde l’avantage que lui confère son ancienneté.

Selon vous, qui va remporter le Tour de France 2019 ?

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