Après avoir assommé la Vuelta sur le contre-la-montre, il y a trois jours, Primoz Roglic en a remis une couche en montagne, ce vendredi. Au sommet de la terrible ascension des Machucos, il a confortablement avancé son avance. Au général, il repousse tout le monde à plus de deux minutes et vingt secondes. Le Slovène est dans un fauteuil.

Maillot rouge intouchable

Il y a des leaders qui ne paniquent pas et d’autres qui affichent une sérénité à toute épreuve. Il y a une nuance et clairement, Primoz Roglic, solide maillot rouge, fait partie de la deuxième catégorie. Sur des rampes abominables, vers Los Machucos, il avait des raisons de se méfier, sur un terrain qui n’est pas tout à fait le sien et face à des purs grimpeurs qui ont beaucoup de temps à reprendre, depuis le contre-la-montre de Pau. Mais personne ne lui a arraché ne serait-ce qu’un rictus. Le garçon sait ce qu’il fait et son plan tient en trois petits mots : gagner la Vuelta. Au pied de l’ascension finale, il est resté discret, à surveiller Miguel Angel Lopez, le seul que l’on pensait capable d’inverser la tendance. Puis il a compris que le Colombien ne lui ferait pas mal aux jambes aujourd’hui et il s’est mis en tête de creuser son avance au classement général. On n’est jamais trop prudent.

« Ce n’est jamais assez, même si vous avez dix minutes d’avance », disait le bonhomme après le contre-la-montre du début de semaine. A ce rythme-là, malgré tout, le maillot rouge est en train de devenir une seconde peau pour le leader de Jumbo-Visma, car dans le sillage d’un Pogacar qui faisait marcher à plein l’alliance slovène, Roglic a fait plus que grappiller ce vendredi. Tout le monde était déjà loin, désormais, tout le monde est très loin. Grand prince et fin tacticien, aussi, Roglic a laissé la victoire à son jeune compatriote, sensation des deux dernières semaines et désormais sur le podium du classement général. Ce n’est pas que le maillot rouge ait besoin d’un équipier supplémentaire, mais Pogacar a désormais une petite dette envers lui, ce qui peut aider dans un mauvais jour. Il vaut mieux ça que de faire course à part, séparés de seulement quelques mètres, comme l’ont fait Valverde et Quintana dans la montée finale.

Le Giro pour apprendre, la Vuelta pour gagner

Pour Roglic, donc, c’est désormais une voie royale qui se profile jusqu’à Madrid. Bien sûr, il reste de sacrés morceaux de montagne à digérer, mais il s’est offert un droit à l’erreur, avec deux minutes et vingt-cinq secondes d’avance sur Valverde, son dauphin, et plus de trois sur ceux qui suivent, dans l’ordre Pogacar, Lopez et Quintana. Surtout, comme Simon Yates il y a un an, le Slovène a l’expérience du Giro, où il a loupé la victoire finale, pour ne pas se rater une deuxième fois. « Bien sûr, vous apprenez de vos erreurs, explique Addy Engels, directeur sportif de l’équipe néerlandaise. Mais le plus important, c’est que Primoz s’est déjà retrouvé dans cette position d’être un favori, dans la bagarre pour le maillot de leader. » A 29 ans, il est tout proche de conclure, pour ce qui n’est que sa troisième tentative en tant que leader sur une course de trois semaines. Primoz Roglic ne sera alors plus un sauteur à ski devenu cycliste, mais juste un cycliste qui remporte des grands tours. Ils ne sont pas nombreux et ça suffira largement à le rendre spécial.

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