A 36 ans, Philippe Gilbert sait qu’il lui reste peu d’opportunités de faire le Tour de France. Il espérait en être cette année, pour effacer le mauvais souvenir d’il y a douze mois, lorsqu’il avait chuté et abandonné. Sauf que Patrick Lefevere a décidé de ne pas l’intégrer à l’équipe qui prendra le départ de Bruxelles. Bonne ou mauvaise décision ?

Une bonne décision selon Robin Watt

Avec un départ du Tour donné à Bruxelles, en Belgique, la décision de Patrick Lefevere peut apparaître comme cruelle. Mais Philippe Gilbert ne doit son absence qu’à un facteur : il court dans l’équipe la plus pléthorique du peloton. Partout ailleurs, c’est une évidence, le vainqueur du dernier Paris-Roubaix aurait été de la partie. En revanche, au sein de l’armada bleue, tout est plus compliqué. Se poser la question de la participation de Gilbert, c’est ainsi se demander qui on retire parmi les huit sélectionnés. Pas Julian Alaphilippe et Elia Viviani, assurément, les deux leaders de l’équipe. Pas non plus Yves Lampaert, Michael Morkov et Maximiliano Richeze, habitués à emmener les sprints pour l’Italien. Reste trois noms : Kasper Asgreen, Dries Devenyns et Enric Mas. Aucun des trois ne peut prétendre mériter davantage que Philippe Gilbert, que ce soit sur les résultats de cette année ou sur un passé plus ancien.

En revanche, les profils n’ont rien à voir avec celui du Wallon. Asgreen et Devenyns seront les équipiers d’un peu tout le monde, un jour Alaphilippe sur les étapes vallonnées, le lendemain Viviani, quand il faudra rouler pour revenir sur l’échappée, et enfin Mas, en montagne. Or on n’emmène pas Philippe Gilbert sur le Tour de France pour lui demander de se mettre à la planche, à 150 kilomètres de l’arrivée, pour maintenir l’écart avec les échappées. L’arbitrage, visiblement, s’est donc fait avec Enric Mas. C’est lui qui est venu bouleverser l’équilibre. Un leader pour le général, dispensé du moindre effort le reste du temps – ce qui n’était pas toujours le cas d’un garçon comme Jungels, dans le passé – et qui a donc pris la place à Gilbert. Patrick Lefevere ne voulait pas emmener ses quatre leaders sur la même course et prendre le risque d’une dispersion. Or Gilbert, sur le papier, est le leader de Deuceninck-Quick Step à qui le Tour de France correspond le moins.

Une mauvaise décision selon Alexis Midol-Monnet

Pour justifier l’absence de Philippe Gilbert, Patrick Lefevere n’a toujours pas trouvé les mots personnels et s’est contenté d’une explication minimaliste, à laquelle on ne croit pas vraiment. Le vainqueur de Paris-Roubaix, à qui il ne manque que Milan-Sanremo pour faire le Grand Chelem des Monuments, peut-il être considéré comme un coureur lambda par la Deceuninck – Quick Step ? En se privant du Wallon, l’équipe belge se passe d’un certain atout sur les contre-la-montre par équipes, et pour la préparation des sprints, lorsqu’Elia Viviani voudra corriger ses mauvais résultats obtenus au Tour d’Italie. Capable de faire le coup du kilomètre où d’aligner un peloton réduit lors d’une arrivée en petit comité, Gilbert aurait également été un candidat redoutable au maillot jaune, et son entente avec Julian Alaphilippe n’est plus à démontrer, tant les deux se respectent énormément.

Le feuilleton de la non-sélection de Philippe Gilbert masquerait plutôt des frictions inattendues au sujet du renouvellement du contrat du champion du monde 2012. Cassant à l’envie, Lefevere aime faire monter les enchères, mettre dos au mur ses coureurs pour s’assurer les inciter à élever un peu plus leur niveau de jeu. Si c’est totalement compréhensible dans le cas d’un Enric Mas, très décevant en 2019 et pourtant sélectionné pour la Grande Boucle, c’est carrément absurde pour Gilbert, qui ne doit plus rien à personne. Presque adulé après son triomphe dans le vélodrome de Roubaix début avril, Gilbert finira t-il sa saison comme un pestiféré, et contraint de retourner chez Lotto, où il avait réalisé son fabuleux triplé des Ardennaises en 2011 ? Grand professionnel, Gilbert ne compte pas rajouter de l’huile sur le feu tout de suite, mais attention, “Phil” possède un sacré caractère. Ce serait un immense gâchis d’en arriver là, mais Lefevere n’en est pas à son premier coup de force. Seuls les résultats du Tour donneront raison à l’une ou l’autre des deux parties.

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