Dans l’histoire, de nombreuses équipes italiennes ont été associées à un grand champion  – quasiment toujours italien, lui aussi. Cette semaine, la Chronique du Vélo vous propose donc une série qui revient sur les associations les plus marquantes. Qu’il s’agisse de marques de cycles, d’une chaîne de supermarchés ou de machines à cafés, à chaque fois, le résultat fut identique : une firme transalpine a profité des succès de sa tête d’affiche.

Tous les épisodes :
Coppi et Bianchi, le mariage éternel (1/6)
Gimondi, puissant comme Salvarani (2/6)
« M » comme Merckx et Molteni (3/6)
Mercatone Uno, avec Pantani sinon rien (4/6)
Saeco amène Cipollini jusqu’au trône (5/6)
Cunego, prince sans couronne chez Lampre (6/6)

Remporter le Giro à 22 ans est signe de précocité. C’est aussi, généralement, une promesse de grands succès à venir. Sauf que la suite n’est pas forcément aussi rose que certains espoirs. Cela pourrait être un rapide résumé de la carrière de Damiano Cunego, qui a toutefois réussi à se forger un solide palmarès et restera surtout, dans les mémoires, comme le fer de lance de l’équipe Lampre.

Simoni, le frère ennemi

La formation Lampre n’a pourtant pas attendu d’avoir « le Petit Prince » dans ses rangs pour briller dans les pelotons. Arrivée au cyclisme au début des années 1990 afin de renforcer sa visibilité à l’international, la marque italienne, spécialisée dans les revêtements en acier, a rapidement rencontré le succès grâce à Maurizio Fondriest ou Djamolidine Abdoujaparov. Seulement, la relation entre ces grands leaders et Lampre reste chaque fois éphémère et aucun ne reste assez longtemps pour que de solides fondations s’établissent. Tout change à la fin de l’année 2004, quand l’équipe Saeco est absorbée par Lampre. Damiano Cunego, son visage d’ange et son surnom de « Petit Prince », va alors incarner l’équipe au maillot rose. Il est le coureur dont Lampre avait besoin.

Au début de cette histoire commune, pourtant, rien ne dit que cela va durer. Gilberto Simoni, frère ennemi de Cunego, comme aime le rappeler la presse italienne, est également de la partie. L’expérimenté coureur italien n’a pas quitté le navire qui lui a permis de remporter son premier Giro, en 2001. Sauf que la relation entre Simoni et Cunego est glaciale depuis plusieurs mois et le Tour d’Italie 2004. A l’époque, sous le maillot de Saeco, Cunego doit être le lieutenant de Simoni, mais il va lui voler le leadership et ramener lui-même le maillot rose. Surtout, pendant l’épreuve, alors qu’il est le leader de l’épreuve, le « Petit Prince » roule derrière Simoni pour éviter de lui laisser le maillot rose.

Après l’arrivée, les déclarations de Simoni ne sont pas tendre à l’égard de son jeune équipier. Le vaincu parle de « traître », allant jusqu’à lui dire, dans un moment de colère : « Tu es un bâtard, tu es vraiment stupide. » Cunego remporte le Giro, Simoni termine troisième et la collaboration entre les deux garçons devient un supplice autant pour l’un que pour l’autre. La cohabitation chez Lampre semble alors impossible, pas arrangée par une mononucléose qui empêche Cunego de jouer sa carte sur le Giro 2005. Simoni, lui, monte de nouveau sur le podium et relance le débat du leadership. En fin de saison, la discussion sera close par Simoni lui-même, annonçant qu’il part rejoindre les fabricants de chaudières de la Saunier-Duval. La relation Lampre-Cunego peut alors sereinement démarrer.

L’idylle toute relative

S’il échoue au pied du podium du Giro en 2006, Cunego se rattrapera sur le Tour de France. Pour sa première participation à la Grande Boucle, il ne termine que onzième, mais le Vénitien est très en vue en montagne. Surtout, il porte pendant plusieurs jours le maillot blanc du meilleur jeune avant de le ramener à Paris. Le sponsor est ravi car le Tour de France, même pour une équipe italienne, reste la meilleure vitrine. Cependant, les mois et les années passent sans que jamais l’Italien ne retrouve l’éclat qui lui avait permis de remporter le Giro, quelques années plus tôt. Les classiques vont lui redonner une raison de sourire, avec deux victoires successives sur le Tour de Lombardie, en 2007 et 2008 (qui s’ajoutent à une première victoire en 2004), et une autre sur l’Amstel Gold Race.

Cunego, plus qu’un grimpeur, est alors vu comme un puncheur capable de succéder à Paolo Bettini. Certains lui suggèrent de mettre de côté les courses par étapes et de se concentrer sur les ardennaises, notamment. Ce n’est pas du goût de Lampre, qui entend bien profiter de son joyau le plus possible, refusant ainsi de réduire son champ d’action. Le rayonnement international de la marque passe par les grands tours, et même plus, par le Tour de France. Sauf qu’à courir tous les lièvres à la fois, Damiano Cunego se contente de collectionner les places d’honneur. Les succès, eux, se font rares. Ils se comptent chaque année sur les doigts d’une main, bien loin des treize bouquets de 2004.

Une fin sans relief

En 2010, pour la première fois, l’Italien connaît sa première année vierge de succès, et le retour de Gilbert Simoni dans la maison Lampre, pour ses derniers tours de roue, n’y est pour rien. Les frères ennemis de nouveau réunis, l’histoire fera couler beaucoup d’encre de l’autre côté des Alpes, mais le duel n’a plus lieu d’être. Quand Cunego est censé connaître ses meilleures années, Simoni est au crépuscule de sa carrière. Ce coup d’arrêt, pourtant, ne semble pas encore rédhibitoire pour le « Petit Prince ». En fin de contrat avec Lampre, il est sollicité par de nombreuses formations, dont Astana ou Liquigas. Giuseppe Saronni, manager de Lampre, convainc alors son leader de prolonger l’aventure dans son équipe de presque toujours.

« Ce n’est pas exagéré de dire que ce choix était le plus important de ma carrière, à un carrefour où je ne savais pas quelle voie prendre, déclara-t-il à l’époque. J’ai songé à quitter la Lampre car je suis arrivé à un point où je sens que j’ai besoin d’autres motivations, de quelque chose de nouveau, de différent. » Au moment où il estime avoir besoin de nouveauté, Cunego choisit donc la continuité. Sa fin de sa carrière lui montrera qu’il a alors fait le mauvais choix.

Les quatre saisons suivantes accompagnent lentement Cunego vers une fin de carrière qui n’atteindra plus jamais les sommets. Sa sixième place sur le Tour de France 2011 sonne comme un ultime rebond, mais l’Italien ne gagne plus. Lors de ses cinq dernières années avec Lampre, il ne rapporte que six bouquets, avant la fin de l’histoire avec Lampre, fin 2014. L’équipe transalpine décide de ne pas proposer de nouveau contrat à son plus fidèle leader. Cunego va alors conclure sa carrière chez Nippo-Vini Fantini, qui l’accompagnera jusqu’à sa retraite en 2018. De son coté, Lampre se retire du cyclisme fin 2016. L’histoire se termine comme elle avait commencé, dans le flou.

DAMIANO CUNEGO

Né le 19 septembre 1981 (38 ans).
Coureur professionnel de 2002 à 2018.
Chez Lampre de 2005 à 2014.

Principales victoires avec Lampre :
Tour de Lombardie (2007, 2008)
Amstel Gold Race (2008)
2 étapes du Tour d’Espagne (2009)
Meilleur jeune du Tour de France (2006)

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