Devant son public, Valerio Conti continue de savourer la tunique rose qu’il étrenne de manière honorable depuis six jours maintenant. Un rêve qui pourrait peut-être se prolonger encore 24 heures si les favoris décident de faire l’impasse sur une étape assez mal tracée. Mais quoi qu’il arrive, tout le monde se souviendra de l’épopée du jeune garçon de l’équipe UAE.

Juste réparation

Les plus connaisseurs avaient certainement repéré ses talents de baroudeur sur le Tour d’Espagne 2016, où il s’était offert en solitaire l’étape d’Urdax-Urdazubi, marquée par une échappée fleuve. La chance lui avait souri au bout de son troisième grand tour, mais avant ça, il avait connu quelques désillusions, sur le Giro particulièrement. Longtemps virtuel leader sur la huitième étape en 2017, disputée de Molfetta à Peschici, Conti s’apprête à disputer la victoire d’étape contre ses compagnons d’échappée, dans un dernier kilomètre sinueux et pentu. Mais patatras, tout s’écroule sous la flamme rouge. Désireux de franchir l’épingle à cheveu en tête pour optimiser sa relance, le Romain glisse et s’encastre dans les balustrades. Un succès prestigieux et le fantasme du rose envolés, Valerio Conti dut manger son pain noir jusqu’à cette heureuse fugue de San Giovanni Rotondo, il y a une semaine, encore au nord des Pouilles.

Alors qu’il y a deux ans, les fuyards avaient dû lutter jusqu’au bout pour éviter le retour des puncheurs sur leurs talons, le groupe d’échappées de jeudi dernier a rapidement su que le peloton leur donnerait carte blanche, les Jumbo-Visma prêtant le paletot pour une durée déterminée. Sûr de sa condition et mentalement grandi, celui qui s’était adjugé le Grand Prix Beghelli en 2014 n’a pas contesté le gain de l’étape à son compatriote Masnada. Les deux n’ayant pas les mêmes intérêts, Conti s’est sagement assuré le rose, qu’il avait déjà commencé à aller chercher l’avant-veille, vers Frascati, où il avait durci le final pour Diego Ulissi. Les pièges de l’Aquila surmontés avec succès, le bonhomme se savait intouchable jusqu’à ce que la caravane termine son défilé monotone dans la plaine du Pô. Après, ce serait forcément une autre histoire.

En route vers l’émancipation

La douzième étape marque un coup d’arrêt brutal à la première partie du Giro, dénuée de cols significatifs. Pourtant, de Cuneo à Pinerolo, seules les localités de départ et d’arrivée auront un quelconque point commun avec les mythiques 254 kilomètres du Tour d’Italie 1949, comprenant l’enchaînement Larche-Vars-Izoard-Montgenèvre-Sestières, et une mémorable chevauchée de Fausto Coppi. Le Montoso est raide et méconnu, mais trop loin de l’arrivée pour que les cadors s’y donnent à corps perdu, à la veille de la première arrivée au sommet. Il y a même fort à parier que l’on revivra le scénario de 2016, où le vainqueur était sorti dans le mur pavé d’Acaja, à deux kilomètres de la ligne d’arrivée. Premier maillot rose transalpin depuis le sacre de Nibali cette même année, Valerio Conti pourrait alors prolonger son règne et passer plus d’une semaine sur le trône tant convoité.

S’il n’a pas les coups d’éclats de son coéquipier Jan Polanc aux sommets de l’Abetone et de l’Etna, Valerio Conti pourrait à terme prétendre à davantage de protection au sein d’une formation venue sans leader pour le classement général, et rapidement amputée de son sprinteur, Fernando Gaviria, touché au genou et gêné par sa seule victoire acquise sur tapis vert. Bon rouleur chez les espoirs, et régulièrement dans les trente premiers des courses par étapes qu’il dispute, l’Italien démontre qu’il sait répondre présent quand on lui confie des responsabilités. En témoigne son bon Tour de Turquie, terminé en deuxième position. Mais lui-même le sait, il ne deviendra jamais le meilleur grimpeur, ni le meilleur rouleur du monde, et un beau palmarès de baroudeur vaut sans doute mieux qu’une accumulation d’accessits sur les courses World Tour d’une semaine. Sur ce Giro, il s’est donc offert la plus belle semaine de sa carrière. Qu’importe, même, s’il ne parvient pas à l’avenir à rééditer ce genre de performance. Temporairement, il aura été prophète en son pays.

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