Formation la plus prolifique en cette saison 2019 derrière les intouchables Deceuninck – Quick Step et Astana, l’équipe Bora – Hansgrohe doit désormais composer avec des problèmes de riches. L’excellent Giro de Pascal Ackermann, lauréat du classement par points, n’est pas de nature à les solutionner, mais plutôt à les renforcer.

L’insouciance de la jeune garde

N’importe quelle équipe du World Tour aurait pu flancher et accuser le coup après la campagne de classiques globalement décevante de Peter Sagan, star incontestable et moteur du projet allemand qui l’avait séduit alors que les coureurs de Ralph Denk n’évoluaient qu’en deuxième division. Si loin des espoirs hivernaux sur les trois premiers monuments de l’année, Bora a pourtant plus fait que limiter la casse, puisqu’elle compte 24 victoires avec huit coureurs différents, contre neuf au même stade de l’année en 2018. Telles les phrases d’un orchestre qui se répond, ses pépites n’ont cessé de repousser la barre un petit peu plus haut, comme au Tour du Pays Basque où elles ont failli rafler l’ensemble des étapes accompagnées du général. Mais le sprint reste le domaine de prédilection d’un collectif réputé pour chasser les étapes.

Derrière Dylan Groenewegen et ses huit bouquets, les deux sprinteurs les plus victorieux pendant ces cinq premiers mois de 2019 se nomment Sam Bennett et Pascal Ackermann, avec respectivement six et cinq victoires. Le dernier cité fait jeu égal avec Caleb Ewan, lui aussi double vainqueur d’étape en mai, et mieux que Viviani ou Gaviria. Pour le coureur de 25 ans qui se veut l’héritier des Kittel et Degenkolb, un véritable cap a été franchi, en remportant ses premières courses d’un jour, et découvrant brillamment un Grand Tour. À titre de comparaison, ni Cavendish ni Kittel n’avaient bouclé leur première participation sur trois semaines, et encore moins avec un maillot distinctif dans la besace. Et sans cette chute à Modène, gageons qu’il n’aurait jamais été challengé par Arnaud Démare pour sécuriser une tunique cyclamen qui échappa à Sam Bennett l’an passé.

Deux sièges pour trois

Mais si les espoirs du sprint et des courses par étapes ont fait leur lit durant le printemps, les tauliers répondent globalement présent. Et c’est bien là que la stratégie de mise en concurrence impulsée par les directeurs sportifs de Bora pourrait pêcher. Sam Bennett a battu les meilleurs sprinteurs de la planète sur Paris-Nice, et enchaîne constamment les victoires depuis presque deux ans. Déçu de ne pas revenir sur le Giro alors qu’il voulait tant prendre sa revanche sur Elia Viviani, celui qui fait partie de l’aventure Net-App depuis 2014 n’aura toujours pas l’occasion de se rendre au Tour de France, où la présence encombrante de Peter Sagan verrouille la composition d’équipe. D’un autre côté, se passer d’Ackermann ces dernières semaines était sportivement injustifiable, et on avait promis au garçon dès l’hiver qu’il aurait sa chance en mai. L’équation est-elle devenue insolvable ?

Les mauvaises langues diront que Bennett a bien plus montré que Sagan dans les emballages massifs ces derniers mois. Mais la Grande Boucle étant ce qu’elle est, les considérations extra-sportives nécessitent d’emmener un triple champion du monde toujours plébiscité par le public, parfois massé plusieurs heures autour de son bus pour entrevoir ses dernières innovations capillaires. Auteur d’un retour gagnant en Californie, le Slovaque sait qu’à la pédale, quasiment personne ne pourra lui contester un septième maillot vert, ce qui ferait de lui le recordman absolu devant Zabel. Côté contrats, Ackermann et Sagan sont assurés de rester jusqu’en 2021, là où le Celte voit les propositions affluer. Katusha en aurait fait sa priorité pour remplacer Kittel, tandis que Dimension Data prépare l’après Cavendish. Deux formations qui ne présentent pas le même capital sportif que la Bora qui désire le prolonger. Mais le pire serait de ne pas pouvoir exprimer ses qualités et ronger son frein, comme un vulgaire n°2 ou 3. Cela pourrait être l’autre feuilleton de l’été.

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