Cette semaine, la Chronique du Vélo décerne ses récompenses de l’année. Dans chaque catégorie, douze de nos rédacteurs ont livré leurs podiums, attribuant ainsi trois points au premier, deux au deuxième et un au troisième. De quoi vous livrer notre podium final, en attendant de savoir, via le sondage en fin d’article, si vous aussi, vous auriez récompensé le même coureur.

C’est un règne que s’octroie Julian Alaphilippe sur la récompense du « Français de l’année » de la Chronique du Vélo depuis trois ans. Si le Berrichon a encore réalisé une superbe saison en 2020, on pourrait pourtant nourrir quelques regrets. Il devrait s’en nourrir pour 2021 et cela montre, surtout, le niveau d’exigence qu’il a réussi à installer dans nos esprits.

Une référence mondiale, la référence française

A 28 ans, Julian Alaphilippe est l’une des valeurs les plus sûres du cyclisme actuel. C’est déjà le cas depuis plusieurs saisons, mais le Français de Deceuninck-Quick Step a encore franchi un cap cette saison. Il y a bien sûr ce resplendissant titre de champion du monde remporté sur la piste d’Imola. Premier champion du monde français depuis 1997, le leader des Bleus a réussi un final parfait, bien aidé par ses coéquipiers tricolores – merci Guillaume, Quentin et tous les autres. A Imola, Alaphilippe a ainsi pris sa revanche au terme d’une saison où ses rivaux lui ont mené la vie dure. Il y a eu Wout Van Aert, bien sûr, qui l’avait battu sur la via Roma sur Milan-Sanremo, mais aussi Roglic, vainqueur devant lui à Orcières-Merlette sur le Tour de France, ou Marc Hirschi, qui a failli lui piquer sa seule victoire d’étape sur la Grande Boucle à Nice, en tout début d’épreuve.

Mais parmi les grand succès de la saison d’Alaphilippe, il y a aussi son Tour de France réussi. Certes, le cru 2019 était meilleur, mais l’exceptionnel ne peut, par définition, que relever de l’exception. Avec une victoire d’étape et trois jours passés en jaune, plus quelques places d’honneur grappillées par-ci par-là, le millésime 2020 se défend. Certains pointeront une deuxième partie de Tour moins flamboyante, mais la tête et les jambes étaient déjà tournées vers l’Italie. On le savait, jouer le général jusqu’à Paris aurait hypothéqué les chances de titre mondial.

Des regrets aussi forts que les succès

Alors il y a quelques regrets dans cette saison accomplie, mais ils portent moins sur les performances du Montluçonnais que sur sur la manière qu’il a eu de les conclure. Cette année restera celle de cet incroyable et improbable final de Liège-Bastogne-Liège, quelques jours après le sacre d’Imola. Sa double erreur dans les ultimes mètres, une vague houleuse et un lever de bras trop hâtif, dit quelque chose de l’état de tension et d’euphorie du nouveau champion du monde, pressé de briller avec sa tunique arc-en-ciel. Pas d’excuses et pas de regret, a-t-il expliqué une fois la ligne d’arrivée passée. Mais manquer une victoire d’un tel prestige pour des erreurs aussi bêtes, ça fait forcément tâche. Alaphilippe assura alors qu’il allait retenir l’incident. Pourtant, trois jours plus tard, on le retrouve les bras levés encore un peu trop tôt sur la Flèche Brabançonne, cette fois sans conséquence pour la victoire.

L’épisode du Tour des Flandres, sa dernière course de la saison, a conclu une saison hors-norme pour le le Français. Pour son premier Ronde, Alaphilippe n’avait pas vraiment de certitudes, ni sur son niveau ni sur sa place dans la hiérarchie des Flahutes. Le dernier vainqueur novice du Tour des Flandres est le Belge René Martens, et ça date de 1982. Alaphilippe a pourtant bien failli réaliser l’exploit. Passé à l’offensive dans le Koppenberg, il a en tout cas été l’agitateur de la course, et certainement l’homme le plus en forme le jour J. Aurait-il pu gagner la course sans cette maudite moto, à 35 kilomètres de l’arrivée ? On ne peut pas refaire l’histoire, mais on ne peut s’empêcher de se dire qu’après tout, au milieu du duel VDP-WVA, Alaphilippe avait une chance à saisir… Alors peu importe que l’incident relève de la malchance, d’une faute du motard ou d’une inattention d’Alaf : le résultat est le même. Loulou est au sol alors qu’il semblait avoir les cartes en main pour rivaliser avec Van Aert et Van der Poel. Rageant.

Mais Liège et le Tour des Flandres, bien que différents, sont finalement deux faits de course assez rares et invraisemblables dont on peut espérer pour Alaphilippe qu’ils ne soient et ne restent que des exceptions dans sa carrière. En 2021, le Montluçonnais devra capitaliser sur les promesses de sa saison 2020, en particulier ses prédispositions sur les flandriennes, mais peut-être encore plus sur ses échecs. Il a toujours eu l’habitude de s’en relever. A Imola, il est devenu champion du monde après être passé à côté à Bergen, Innsbruck et Harrogate. Il connaît le chemin à suivre.

Julian Alaphilippe
35pts
Arnaud Démare
25pts
Guillaume Martin
6pts
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