Zéro, c’est le nombre de podium d’Elia Viviani au mois de janvier. Cela ne lui était plus arrivé depuis 2013. Lui qui restait pourtant sur des victoires d’étapes au Tour Down Under au cours des deux dernières saisons n’a cette fois pas réussi à trouver la faille. Plus problématique encore, il en était même très loin. Ce début de saison poussif pose question. Alors, qu’est-ce qui cloche avec le sprinteur italien ?

Petit coup de pompe

Quand un sprinteur quitte le giron Quick-Step, il sait généralement ce qu’il perd, moins ce qu’il y gagne. Cette plongée dans l’inconnu est le prix à payer pour être leader unique et incontesté d’une équipe. Dans la lignée de Kittel, le Viviani version 2019-2020 a plutôt besoin d’un train performant pour gagner. Ce n’est pas tout à fait le type de sprinteur qui peut se débrouiller seul dans un emballage final, à l’instar de Peter Sagan. L’Italien sait pourtant frotter, grâce à son expérience sur la piste, mais il n’a pas l’habitude de le faire lui-même sur la route, et il n’est pas le plus doué pour choisir la bonne roue à suivre. Il y parvenait de temps à autre en 2018, quand il marchait sur l’eau, mais ce n’est plus le cas désormais. Aujourd’hui, il a beaucoup plus de chances d’atteindre sa vitesse de pointe quand il est lancé par un poisson-pilote.

Deux exemples. Lors de la quatrième étape du Tour de France de l’an passé, le champion d’Europe est amené dans un fauteuil par Michael Morkov puis Maximilian Richeze. Parfaitement déposé aux 200 mètres, il n’a plus qu’à conclure sur sa vélocité pour décrocher un succès d’étape devant les meilleurs sprinteurs du monde. Mais quelques jours plus tard, seul, dans un sprint confus et désorganisé, il est dominé par Wout Van Aert. Cette année, en 2020, qu’avons-nous pu remarquer après deux mois de compétition ? Viviani n’a non seulement pas de train performant, à l’heure actuelle, mais il ne dispose même pas de train du tout. Dans ces conditions, à cause du profil particulier de sprinteur qu’il est, difficile de remporter des courses importantes. Voire de remporter des courses tout court. Pourtant, il n’est pas à la rue physiquement, c’est plutôt qu’il atteint les sprints déjà bien entamés par le travail de replacement qu’il doit faire seul. C’était flagrant lors de première étape du Tour Down Under : il n’y a aucun Cofidis dans les 500 derniers mètres, Viviani est livré à lui-même, tant et si bien qu’il finit exsangue le sprint et est obligé de se rasseoir à cinquante mètres de la ligne. Résultat ? Une quatrième place, son meilleur résultat du mois. Le vainqueur, deux mètres devant lui ? Sam Bennett, qui a pu profiter au préalable du formidable travail des Deceuninck-Quick Step et plus spécifiquement de Morkov.

Un rodage qui ne doit pas s’éterniser

Après une totale absence d’équipiers dans le final en janvier, Cofidis a doucement commencé à corriger le tir en février, à la classique d’Almeria : deux coéquipiers étaient présents dans l’emballage final pour aider Viviani, qui a ainsi pu obtenir son premier podium de la saison. Le souci ici, c’est qu’en étirant le peloton puis en se relevant ensuite, Sabatini a créé un écart, qui a profité aux deux coureurs qui le suivaient, Pascal Ackermann et Alexander Kristoff, qui ont pu produire leur effort, et donc desservi un Elia Viviani qui ne pouvait tout simplement pas revenir. Du mieux donc, qui n’a pas été suivi sur le Tour d’Algarve, au cours duquel l’Italien s’est de nouveau retrouvé isolé. Lors de la première étape, Viviani parvient à bien frotter, tirer son épingle du jeu dans la mêlée du placement et se retrouve en capacité de pouvoir lancer son sprint à 250 mètres de la ligne. Mais obligé de partir de bien trop loin, il ne tient pas la distance et se fait battre facilement par Fabio Jakobsen. Lors de la troisième étape, son placement est défaillant, il termine septième sur la ligne. Echec et mat.

Ce début de saison décevant pose une deuxième question : est-ce que la tendance peut s’inverser ? C’est pour gagner des grandes courses que Viviani a été recruté par Cofidis et il va devoir assumer. Mais il y a peu de chances, quand même, qu’il fasse aussi bien que lors de ses années chez Deceuninck-Quick Step. Les standards qu’il avait avant cette période faste, chez Sky par exemple, doivent devenir son nouvel objectif. En clair, une victoire en World Tour deviendra un évènement quand c’était devenu une habitude depuis deux ans. A Cofidis de réussir à accompagner sa nouvelle star. Les équipiers sont là, ils ont été soigneusement choisis et sur le papier, Viviani n’a pas à rougir de sa garde rapprochée. Même Christophe Laporte, le sprinteur numéro un de l’équipe française l’an dernier, semble prêt à se mettre au service du champion d’Europe. « Je n’aurais aucun problème à travailler pour lui sur les plus grandes courses, comme le Tour de France, assure-t-il. C’est l’un des coureurs les plus rapides au monde qui a gagné des courses partout. Je serai heureux de travailler pour lui. » Le rodage est encore en cours, donc. Mais comme tous les sprinteurs, Elia Viviani doit réussir à gagner rapidement – et ensuite régulièrement – pour ne pas trop se mettre à cogiter.

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