Après seulement deux années globalement prolifiques chez Quick-Step, le sprinteur italien a décidé de changer d’air. On l’imaginait s’inscrire dans la durée chez Patrick Lefevere, le voilà dans un environnement beaucoup moins réputé, du côté de Cofidis. Le choix est risqué. Les derniers sprinteurs partis de l’équipe belge n’ont jamais retrouvé le même rendement.

Une bonne idée par Roman Bouquet Littre

Hégémonique en 2018 (18 victoires dont 7 sur les grands tours), Elia Viviani n’a pas su réitérer de telles performances la saison dernière. Avec un seul petit succès sur le Tour et aucun sur le Giro, le numéro 1 mondial du sprint a en effet perdu de son aura et de sa superbe. Impuissant sur ses propres terres, le porteur du maillot tricolore avait même montré quelques défiances envers ses propres coéquipiers dans les derniers hectomètres des étapes du Giro. La collaboration semblait alors troublée, dans une équipe Deceuninck Quick-Step pourtant si bien organisée. Assurément pas une catastrophe. Mais au sein d’un Wolfpack extrêmement ambitieux et compétitif, toute faiblesse peut coûter le leadership. Concurrencé dans le domaine du sprint par Fabio Jakobsen et Álvaro José Hodeg, l’expérimenté italien a pu sentir le danger arriver. Sur la pente ascendante, les deux coureurs de 23 ans cumulent en effet 17 victoires en 2019, dont deux bouquets sur la Vuelta pour le Néerlandais. Quitter cet environnement ultra-concurrentiel était ainsi gage de sérénité pour Elia Viviani, élément essentiel à sa réussite.

Sa signature chez Cofidis aurait alors pu s’apparenter à une rétrogradation, mais non, son arrivée en France n’a pas sonné le glas de ses ambitions. Récemment promue en World Tour, sa nouvelle formation bénéficiera d’un programme riche et sans conciliation. Aussi, en l’absence d’autres grands noms dans ses nouveaux rangs, Elia Viviani s’octroiera incontestablement la place de leader sur les plus grandes courses du calendrier. Bien intronisé donc, il sera également très bien entouré. Le recrutement de Cédric Vasseur, manager général de l’équipe nordiste, a été à la hauteur des ambitions du Véronais. Fabio Sabatini, un des meilleurs poissons pilotes du moment, a suivi son compatriote et leader dans l’aventure française. Un précieux et talentueux faire valoir qui garantira à Elia Viviani une adaptation rapide et des automatismes immédiats. Simone Consonni, Nathan Haas et encore Julien Vermote sont également venus renforcer le groupe sprint de l’équipe, déjà important. Le projet construit autour du sprinteur transalpin semble sérieux et réaliste. Un projet sans compromis, où rien ne semble pouvoir ombrer son année, si ce n’est sa propre forme physique.

Une mauvaise idée par Robin Watt

L’un des sprinteurs les plus efficaces du peloton qui s’en va de la maison Quick-Step, c’est devenu un marronnier depuis trois hivers. Marcel Kittel avait été le premier, suivi un an plus tard par Fernando Gaviria et désormais par Elia Viviani. L’échec des deux premiers n’a donc pas effrayé l’Italien, visiblement pas très porté superstition. Il aurait peut-être fallu. Surtout que, comme ses deux prédécesseurs, Elia Viviani a fait le choix d’une nouvelle écurie très loin de ce qui lui offrait l’armada belge. A 30 ans, peut-être l’âge ultime pour un sprinteur, le moment où l’on a fait sa place et où l’on va chercher ses plus grandes victoires, la logique est d’être l’arme principale d’une grosse équipe. C’est exactement le rôle qu’occupait l’Italien chez Deceuninck. Alors bien sûr, il devait parfois cohabiter, notamment avec Julian Alaphilippe. Mais en 2019, par exemple, il a été aligné sur tous ses objectifs, de Milan-Sanremo au Tour de France en passant par le Giro.

Alors bien sûr, Cofidis est désormais en World Tour et Elia Viviani n’aura pas à espérer des invitations pour pouvoir s’aligner où il le souhaite. Il n’empêche que l’équipe nordiste, malgré sa bonne volonté, lui offre assez peu de garanties, surtout si l’on compare avec ce qu’il avait jusqu’à l’année dernière. Fabio Sabatini est le seul coureur qui l’a suivi depuis Deceuninck Quick-Step et même si les recrutements de Simone Consonni et Julien Vermote vont dans le bon sens, ce ne sera pas comparable avec l’expertise de Quick-Step dans le domaine des sprints. On dit souvent qu’on sait ce qu’on quitte, pas ce qu’on va retrouver. Dans ce cas précis, Elia Viviani sait exactement ce qu’il va trouver, et il sait aussi que cela n’aura rien à voir avec ce qu’il a connu. Le goût du défi qui anime l’Italien est à souligner. Mais on ne peut s’empêcher de penser par exemple qu’il ne pourra pas atteindre, avec Cofidis, son total de 18 victoires en 2018.

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