L’idée est signée Bernard Hinault. Par essence, elle mérite donc qu’on s’y attarde. Le Blaireau, coureur rebelle en son temps, suggérait ces derniers jours au peloton de faire grève, sur le Tour de France, pour protester contre la présence de Chris Froome. On a tenté de s’imaginer la scène, mais ce n’est pas évident.

Hinault le rouge

Hinault n’a jamais eu pour habitude de faire dans la langue de bois ou le politiquement correct. Alors depuis plusieurs mois, quand on l’interroge sur le cas Chris Froome, il a les poils qui s’hérissent et ne s’en cache pas. Et plus l’échéance de juillet approche, plus il se fait virulent. Dans un entretien accordé à Ouest-France, ce mercredi, le Breton a développé sa pensée. « Le peloton doit mettre pied à terre et faire grève en disant : ‘’Si lui est au départ, on ne part pas.’’ Le peloton est trop gentil. On en a condamné d’autres, tout le monde était d’accord, et lui, on ne va pas le condamner car on dit qu’il a un contrôle anormal ? Non, ce n’est pas un contrôle anormal… » Dans un cyclisme actuel policé, difficile à imaginer. Certains des rivaux du Britannique, Dumoulin et Bardet en tête, se sont mouillés, ont donné leur avis, plutôt tranché. C’était déjà une petite surprise qu’ils prennent position à ce point. Demander davantage, c’est illusoire.

Mais que l’idée vienne de Bernard Hinault n’est pas complètement anodin, pourtant. Il y a 40 ans, le 12 juillet 1978, pour ce qui était alors son premier Tour de France, il avait lui-même été à l’origine d’une grève, l’une des rares dans l’histoire de la Grande Boucle – il y en a eu deux autres, en 1966 et 1998. A l’époque, pour protester contre le rythme imposé par l’organisation, qui dédouble certaines étapes et rend le repos quasiment impossible, les coureurs se soulèvent. A Valence d’Agen, où doit se terminer la première demi-étape de ce 12 juillet, le peloton met pied à terre. En tête de groupe, maillot de champion de France sur le dos, Bernard Hinault. Le maire se précipite alors vers lui, mais le Breton, futur vainqueur de l’épreuve, reste sur ses positions et lui assure que sa ville est en train de devenir célèbre grâce à ce mouvement de grève. L’étape du matin sera finalement annulée et l’organisation, sans mettre encore complètement un terme au principe des demi-étapes, ménagera davantage les coureurs les années suivantes.

Impensable cette fois

Quatre décennies plus tard, pourtant, tout est bien différent. La grogne de certains est réelle, la virulence des déclarations n’est pas anodine à l’heure où les coureurs savent qu’ils seront repris partout. Mais se soulever contre un coureur en particulier, qui plus est quadruple vainqueur du Tour et leader de la formation la plus puissante du peloton, n’a pas grand chose à voir avec une protestation à l’encontre des organisateurs. C’était d’ailleurs aussi le cas en 1966 et 1998, où les grèves du peloton avaient un rapport avec le dopage, mais étaient dirigées contre les instances et ceux qui mettaient en place les contrôles, pas contre ceux qui s’étaient fait prendre. Que beaucoup s’indignent de la situation actuelle et de la présence de Chris Froome au départ de Noirmoutier peut être vu comme le signe d’une évolution des mentalités. Mais la grève que suggère Hinault est en revanche impensable.

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