C’est un feuilleton quasi quotidien, qui a livré hier un épisode assez inattendu. Chris Froome, même englué dans la justification d’un contrôle anormal au salbutamol, va reprendre la compétition sur la Ruta del Sol, le 14 février prochain. Les règlements l’y autorisent, mais ce n’était peut-être pas la meilleure chose à faire.

Henao avait été suspendu, pas Froome

Il y a quelques semaines dans L’Equipe, Romain Bardet parlait d’un cyclisme « illisible » et « tourné en dérision » dans le cas où Chris Froome reviendrait à la compétition avant que son affaire ne soit mise au clair. On y est. Ce lundi, via un communiqué de presse, la formation Sky a annoncé ce que l’on imaginait presque impensable : le quadruple vainqueur du Tour de France sera au départ de la Ruta del Sol, dans moins de dix jours. Tant pis pour David Lappartient, le président de l’UCI, qui espérait voir le Britannique suspendu provisoirement par son équipe. « Sans présager de la culpabilité du coureur, ce serait plus simple pour tout le monde », avait-il confié au Télégramme. On ne peut pas vraiment le contredire. De son côté, Sky profite du règlement : le contrôle de Froome n’est pas positif mais anormal, il peut donc continuer à courir jusqu’à ce que toute la lumière soit faite. Mais sur ce coup-là, il aurait peut-être fallu s’abstenir.

L’idée n’est pas de donner une leçon de morale. Mais la Sky manque actuellement de cohérence. Rappelons-nous il y a presque deux ans, lorsque Sergio Henao était visé par une enquête pour des données anormales dans son passeport biologique. A l’époque, Dave Brailsford n’avait pas hésité longtemps avant de suspendre provisoirement le Colombien. « Il n’y a aucune obligation pour nous de le faire mais c’est la politique appliquée par l’équipe », communiquait alors la formation britannique. Sky faisait le pari de l’exemplarité et prenait à contre-pied ses détracteurs. Un mois et demi plus tard, Henao était de retour à la compétition après que les conclusions favorables des experts. Aujourd’hui, quand il est question du grimpeur colombien, personne ne remet sur la table cette histoire tant tout a semblé être fait dans les règles de l’art.

Question d’opinion

Mais Sky offre à Froome un traitement bien différent. Son contrôle anormal n’a pas été révélé par l’équipe elle-même mais par les médias. Et depuis cinq mois maintenant, l’affaire traîne en longueur. Le Britannique et tout l’encadrement clament haut et fort qu’ils veulent régler le problème au plus vite. Sauf qu’ils n’ont toujours pas fourni leurs justifications pour ce taux de salbutamol trop élevé retrouvé dans les urines de leur leader, et sans ça, difficile d’avancer rapidement. L’épisode de la Ruta del Sol vient s’ajouter à ça, et c’en est désormais assez pour qu’une partie de l’opinion publique, déjà pas très favorable à Chris Froome, le prenne clairement en grippe. Or dans ce genre d’affaire, le public est un élément crucial. Avoir sa conscience pour soi est en réalité presque secondaire. Si le Britannique finit par être lavé de tout soupçon, l’impression laissée durant ces mois de doute sera primordiale, or elle vient d’être sacrément noircie.

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