Ce matin, une voix se dérobe de la radio. Il est huit heures, le jour est à peine levé à Paris, son soleil est éclipsé sur le monde du vélo. La voix dévoile la nouvelle fracassante du contrôle positif de Chris Froome. Le speaker ne s’embarrasse pas de la précision des mots. En réalité, le contrôle n’est pas positif, il est “seulement” anormal. Assez pour affliger les fans de la petite reine, qui voit son roi s’enfoncer dans les ténèbres du doute.

Et pourtant…

Froomey avait réussi à soigner son image depuis quelques mois, par son sourire sur le vélo, sa gentillesse affable devant les journalistes et son respect infini pour ses adversaires. Il avait enfin réussi le doublé Tour-Vuelta. Mieux, il avait annoncé avec panache sa présence sur le prochain Giro pour y conclure un triplé titanesque avant de se lancer à l’abordage d’un cinquième maillot jaune. Chris Froome voulait rejoindre dans la légende dorée Eddy Merckx ou Bernard Hinault. Ce matin, il se rapproche de la légende noire de Lance Armstrong. Cruelle réalité pour celui qui avait affirmé en 2013 : « Lance (Armstrong) a triché, je ne triche pas. Point final. »

Les analogies avec l’Américain sont aussi nombreuses que discutables. Une progression soudaine en montagne, une équipe outrageusement dominante et impénétrable, une hégémonie ennuyeuse sur le Tour… mais là n’est pas la question aujourd’hui. Cette révélation vient après la saison de toutes les contradictions. Cité dans les Fancy Bears en septembre dernier, noyé dans un scandale Bradley Wiggins encore vivace en début de saison, le Britannique n’a sorti la tête de l’eau qu’en juillet. La suite ? Une fin de saison de rêve. Il vient de s’en réveiller aujourd’hui, sa plongée dans le cauchemar du soupçon, de la suspicion commence. Ce sera bien pire que la défiance dont il souffrait jusqu’alors. L’épée de Damoclès est tombée.

Ça ne fait que commencer

Le dossier est complexe. L’échantillon B a déjà confirmé que le taux de salbutamol était anormalement élevé. Si une AUT pourrait sortir le Kényan blanc de cette très mauvaise passe, ce n’est pas la seule possibilité étudiée. Asthmatique depuis ses jeunes années, Chris Froome a encore une chance de prouver sa bonne foi, par des tests divers qui démontreront si l’usage a été abusif ou non. S’est-il dopé ou subit-il les périlleuses conséquences de la politique des gains marginaux de la Sky ? Son corps digère-t-il différemment le salbutamol ? Son éthique pourrait bien être sauvée par son métabolisme. La science démontrera les faits mais elle ne réparera jamais les coeurs. Celui du cyclisme a été brisé aujourd’hui et les mots d’Amiel résonnent : « Quand le doute se glisse dans l’âme, l’enthousiasme se convertit en affliction. »

Positif ou anormal, la sémantique utilisée pour qualifier le test ne pèse rien aujourd’hui. Le choix des mots n’a plus d’importance tant Chris Froome est éclaboussé par l’information matinale. Il est désormais trempé à vie par ce noir liquide qu’est le soupçon. Quoiqu’il adviendra dans les jours, les semaines et les mois à venir, Chris Froome restera à jamais drapé d’un soupçon irréversible. Alors que le contrôle positif de Samuel Sanchez avant le début de la Vuelta était resté discret, le vélo retrouve l’opprobre dans laquelle les affaires Festina et Armstrong l’avaient tour à tour enfoncé. Infinie tristesse.

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