Elles sont rares, les courses par étapes où sont alignés à la fois Romain Bardet et Thibaut Pinot. En 2018 par exemple, il n’y en a pas eu une seule. Mais à partir de ce vendredi, les deux grimpeurs français s’affronteront sur le Tour du Haut-Var, avec en point d’orgue l’arrivée au sommet du Mont Faron, ce week-end.

Un affrontement en deux ans

Le jeu des déclarations a débuté il y a quelques jours. Logique et compréhensif. Romain Bardet, qui n’a jamais débuté une saison aussi tard depuis qu’il est passé professionnel, espère sans doute évacuer un peu de la pression et de l’appréhension inhérentes à une reprise. « Je n’ai pas de grands espoirs sur le mois de février, disait-il cette semaine à La Montagne. Par rapport à certains, je vais avoir un déficit de condition, je m’y attends. » On croirait entendre Thibaut Pinot, il y a une semaine, qui assurait avant le Tour de La Provence être « prêt à prendre une claque ». Finalement, le Franc-Comtois a livré quatre jours rassurants et terminé à seulement deux secondes du vainqueur, Gorka Izagirre. L’Auvergnat, lui aussi, pourrait donc faire un peu mieux que ce qu’il annonce. Personne n’a oublié, d’ailleurs, son début de saison très réussi l’an dernier, où il avait gagné sur la Classic Ardèche dès son deuxième jour de course.

« Je ne serai pas la tête de gondole de l’équipe », a même osé Bardet, sans que l’on soit forcé de le croire. Reprise ou pas, sur les routes du Haut-Var, l’idée est de se tester sur un parcours taillé pour lui autant que pour Pinot. Parce que c’est là que se situe en grande partie l’origine de l’excitation : la présence, sur ces trois jours, des deux meilleurs grimpeurs français, si peu habitués à se croiser. Sur les deux dernières années, ils ne se sont retrouvés qu’une seule fois ensemble sur une course par étapes. C’était sur le Tour de France 2017, où Thibaut Pinot, le Giro dans les pattes, n’avait pas fait de vieux os. Le reste du temps, notamment parce que le leader de Groupama-FDJ visait le maillot rose depuis deux ans, c’était un peu chacun dans son coin, et on a hâte de voir les deux se retrouver, en cette fin de semaine, pour ce qui sonne comme le premier apéritif en vue du festin que sera le mois de juillet.

L’apothéose du Mont Faron

Alors sur les pentes du Mont Faron (5,7 km à 8,4 %), dimanche, les deux ne seront peut-être pas tout à fait à égalité. Thibaut Pinot, malgré tout, a déjà quelques jours de course dans les jambes, et devrait profiter pleinement du stage en altitude réalisé il y a quelques semaines aux îles Canaries. Romain Bardet, même s’il peut créer la surprise, devrait avoir un peu plus mal aux jambes au moment d’arriver dans les forts pourcentages. Surtout que l’Auvergnat découvrira le Mont Faron, là où Pinot, adepte du Tour Méditerranéen dans ses premières années professionnelles, l’a déjà monté plusieurs fois en course.

A l’heure des pronostics, la balance penche donc logiquement pour Thibaut Pinot. Mais l’idée de voir les deux garçons en bagarre, dès le mois de février, continuera de nous faire saliver jusqu’à la vérité du terrain, dimanche après-midi, où il n’y aura plus le temps de choisir les mots ni de bluffer. Seulement le temps de jauger l’autre avant de faire la différence. Les arrivées d’étapes, sur le Tour 2015 à Mende ou sur le Dauphiné 2016 à Méribel, nous rappellent à quel point ces deux-là peuvent nous mettre dans tous nos états lorsqu’ils se tirent la bourre. Il n’y a plus qu’à croiser les doigts pour que le Mont Faron soit le théâtre d’un nouvel acte.

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