Le propriétaire de Segafredo, Massimo Zanetti, a confirmé dans la Gazzetta dello Sport la signature de Vincenzo Nibali chez Trek-Segafredo pour la saison prochaine. Tout le monde semble ravi. Mais la stratégie de l’équipe Trek-Segafredo, année après année, devient aussi illisible que douteuse, avec des leaders qui coûtent cher mais ne gagnent pas.

Des trentenaires, voire plus

Depuis sa création en 2011, l’équipe Trek a compté dans ses rangs Andy et Frank Schleck, Andreas Klöden et Alberto Contador, notamment. A eux quatre, les deux Luxembourgeois, l’Allemand et l’Espagnol comptent trois victoires finales et cinq podiums sur le Tour de France. Mais tous décrochés avant l’aventure Trek, à l’exception du podium des deux frangins, en 2011. Sur les autres grands tours, en Italie ou en Espagne, le bilan n’est pas bien meilleur : les leaders annoncés de l’équipe ne sont jamais montés sur la boîte, mais le temps d’un été, Chris Horner avait subtilisé en 2013 une Vuelta que personne ne lui prédisait. Voici, en gros, à quoi on peut résumer l’histoire de Trek avec les courses de trois semaines. Une longue, très longue histoire ; des gros noms ; mais une seule victoire, finalement venue d’un homme inattendu, âgé de 41 ans et qu’on n’a jamais revu à ce niveau.

Pour les dirigeants, ces échecs répétés auraient pu mener à des changements de politique sur le marché des transferts. Que nenni. Pendant longtemps, Trek a pu se reposer sur un Fabian Cancellara, l’arbre qui cachait la forêt. Mais depuis trois ans, le Suisse n’est plus là, retraité, et les ratés se voient beaucoup plus. Bauke Mollema, aussi appliqué soit-il, a comme presque tous les autres connu ses meilleures années avant de signer dans l’équipe américaine. Richie Porte, lui, est un transfuge tout récent, mais encore très discret, et qui à 34 ans, quoi qu’on en dise, n’a jamais fait mieux qu’une cinquième place sur trois semaines. Alors pour une équipe qui ne manque pas de moyens, se positionner sur des pépites du peloton, avec pour argument de leur donner les clés rapidement, aurait pu permettre de bâtir, si ce n’est une armada, une équipe cohérente. Au lieu de ça, la recrue phare du prochain hiver s’appellera Vincenzo Nibali, qui aura alors 35 ans.

34 ans de moyenne

Bien sûr, l’Italien n’est pas une mauvaise recrue. Il ne le serait pour personne, et son Tour d’Italie bouclé dimanche à Vérone a montré qu’il était loin d’être cuit. Mais quand Massimo Zanetti, propriétaire de Segafredo, annonce vouloir construire « une équipe de haut niveau » autour du Squale, on est en droit de douter. Bien sûr, en tant que transalpin, il avait à cœur de faire signer un Vincenzo Nibali à la popularité intacte. « Je le voulais très fort, et finalement, je l’ai fait », s’enthousiasme Zanetti, qui indéniablement, se fait plaisir aussi à lui-même avec ce transfert. Mais la stratégie, à long-terme, pose question. Celui qui a déjà fait les beaux jours de Liquigas, Astana et Bahrain peut encore décrocher quelques résultats, mais il n’est pas éternel. Avec Porte et Mollema, la moyenne d’âge des trois leaders de Trek sera de 34 ans en janvier prochain. Pas rédhibitoire pour gagner un grand tour, Chris Horner en est la preuve. Mais les chances s’amenuisent forcément à mesure que les années passent. Ce serait l’inverse si Trek misait enfin sur des jeunes.

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