Triple champion du monde, Peter Sagan a vécu un coup d’arrêt dans sa spirale irisée en butant logiquement sur les reliefs d’Innsbruck, il y a douze mois de cela. Entre temps, de l’eau a coulé sous les ponts et le Slovaque n’est pas franchement le premier cité au moment de désigner les épouvantails de cette édition 2019, dans le Yorkshire. Mais à ne pas en douter, cela lui convient plutôt bien.

Un savoir-faire qui ne s’est pas évaporé

Malgré une campagne de classiques certainement pas à la hauteur des espérances et de son statut, le géant vert de Zilina continue de frapper fort là où ses rivaux peinent à se montrer à sa hauteur, et à enquiller les records, à un rythme qui nous ferait presque oublier que les années défilent elles aussi. On serait tentés d’exagérer en affirmant que celui qui fêtera ses 30 ans l’hiver prochain a conquis sans la moindre peine son septième maillot vert en huit participations sur la Grande Boucle, tout en retrouvant un semblant de normalité, en endossant de nouveau le maillot traditionnel de sa formation Bora-Hansgrohe, après avoir fêté le sacre de son frère Juraj au championnat de Slovaquie. Si les statistiques lui sont étrangement faméliques en cette saison 2019, avec quatre succès, dont un seul de grande envergure obtenu en juillet à Colmar, il serait extrêmement dangereux de le reléguer au rang des seconds couteaux pour l’épreuve en ligne du dimanche.

Possiblement trop difficile pour les sprinteurs costauds et pas assez dur pour les purs puncheurs, le tracé d’Harrogate se rapproche de celui de Bergen, en 2017, où il avait coiffé sur la ligne Alexander Kristoff pour réaliser un impensable triplé. Sur les grandes épreuves, rien ne dit d’ailleurs que Sagan est redescendu dans la hiérarchie. Onzième du Tour des Flandres, il n’avait visiblement pas la tête à sprinter pour un énième podium sur une épreuve surprenante où les grands cadors se sont illusionnés sur les capacités d’Alberto Bettiol. Cinquième de Paris-Roubaix, le piège tactique s’était refermé sur lui très tôt, et malgré un collectif de qualité, la Bora ne pouvait de toute manière faire jeu égal avec l’armada Deceuninck-Quick Step. Alors, y’a t-il vraiment un problème Sagan ? La vraie fausse note, c’est cet échec sempiternel sur Milan-Sanremo, où l’ogre des Flandres n’y arrive décidément pas, se faisant chaque année griller la politesse par quelqu’un d’autre.

Celui qui présente le plus de garanties ?

Mais dans la dernière ligne droite des préparatifs aux Mondiaux, Sagan présente, en dépit de résultats récents mitigés, le plus de certitudes, tant au niveau physique que mental. D’abord, on ne cesse de rabâcher la longueur de ces championnats du monde, un record depuis les 284,5 kilomètres d’Ostuni en 1976, et la météo capricieuse qui s’annonce, pour justifier du caractère relevé de la grande messe britannique. Mais contrairement à un Mathieu van der Poel qui n’a jamais couru la Primavera ou à d’autres hommes en forme qui n’ont pas de références sur ce genre de journées, Sagan ne peut être pris au piège sur ces seules données. Quant au refrain sur le déficit de coéquipiers à son égard, ses trois triomphes, de Richmond à Bergen, éteignent tout début d’inquiétude.

Contrairement au mondial norvégien où l’arrivée était jugée au terme d’un faux-plat descendant favorisant les sprinteurs qui avaient tenu le choc, cette fois, le dernier kilomètre outre-Manche sera jugé sur le plus célèbre faux-plat montant du pays, qui accueillit l’arrivée de la première étape du Tour de France, en 2014. Un genre de final où Peter Sagan n’a que peu de rivaux, comme en témoigne sa démonstration sur le dernier Tour de Suisse. Et puis, toute l’attention médiatique accordée au prodige néerlandais Van der Poel, ou encore à Julian Alaphilippe, l’enterrerait presque. Sagan n’a pas besoin de faire la décision à un quelconque moment, et peut s’accommoder de tous les types de scénarios, là où les observateurs s’accordent sur le caractère imprédictible de l’épreuve à venir. Relativement frais après un Tour de France qui ne l’aura pas vu batailler en troisième semaine, il s’est bien testé au Canada, en se gardant bien de dévoiler l’ensemble de ses cartes. Une défaite pour lui changerait pas la face du monde, et personne ne la lui reprocherait. Prêt à courir de façon décomplexée, camouflé par l’éclair Van der Poel, Sagan est absolument maître de son destin. Et en général, cela termine souvent par une victoire de prestige.

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