Le double champion du monde de cyclo-cross, Mathieu Van der Poel, découvre les flandriennes depuis une dizaine de jours. Chaque course est alors l’occasion de tirer quelques enseignements, pour lui-même comme pour les observateurs. Et sa course, ce dimanche sur Gand-Wevelgem, a largement rassuré sur sa capacité à être acteur sur les pavés.

Apprentissage express

Les plus optimistes glissaient depuis quelques semaines le nom de Mathieu Van der Poel, au moment d’évoquer les outsiders du prochain Tour des Flandres. Il y a encore dix jours, on les aurait pris pour des fous, mais à désormais une semaine du grand rendez-vous, plus rien ne paraît vraiment impossible. Pendant que Wout Van Aert, lui aussi venu du cyclo-cross, marque de son empreinte à peu près chaque classique qu’il court depuis un mois, le Néerlandais apprend, avec humilité mais sans complexe. Tout aurait pu, pourtant, s’arrêter en ayant à peine commencé. Sur Nokere-Koerse, première semi-classique au programme de Van der Poel, le bonhomme n’a pas franchi la ligne, envoyé à terre dans le sprint final. On redoutait une fracture de la clavicule et une fin de printemps. Lui répondait quatre jours plus tard en remportant le Grand Prix de Denain en solitaire.

De quoi se rassurer après le début des choses très sérieuses, ce dimanche sur Gand-Wevelgem. Le test se voulait crucial : Mathieu Van der Poel n’avait jamais couru une course aussi longue – 251 kilomètres en l’occurrence. Son « record », jusqu’ici, datait des Championnats d’Europe, l’an passé, où il avait terminé deuxième au terme des 230 kilomètres. C’était déjà rassurant mais ça ne garantissait rien. « Les classiques seront un terrain de jeu pour lui, disait récemment son manager chez Corendon-Circus, Michel Cornelisse. Pour lui, c’est marrant de faire ces courses. » Le Néerlandais a dû prendre son pied, ce dimanche, sur une course qui n’a laissé aucun répit à personne et où il ne s’est pas fait prier pour faire partie d’une échappée royale, en compagnie de Sagan, Trentin ou Van Aert, notamment. A l’arrivée, sa quatrième place, décrochée après de nombreux efforts et presque sans aucun coéquipier autour de lui, veut dire beaucoup.

Devenu un outsider

Dans son équipe, à chaque fois qu’un micro se tend, on fait donc l’éloge du prodige. Ses capacités de récupération, sa pointe de vitesse, sa maturité, Van der Poel, dans la bouche de ses dirigeants, est le coureur parfait. « Incroyable » est alors le mot qui revient le plus. Avec « Tour des Flandres ». Parce que du Ronde, il est question quasiment quotidiennement, désormais. Le Néerlandais rêve de cette course, et sur le papier, elle convient à ses qualités. Mais chez Corendon-Circus, on veut y aller sans pression : Van der Poel n’a pas d’obligation de résultat, il sera en découverte. Avec malgré tout, en guise de coéquipier de luxe, un Stijn Devolder double vainqueur de l’épreuve il y a dix ans. « Il peut surprendre, prévient Michel Cornelisse. Mais la saison ne sera pas ratée si on ne remporte pas le Tour des Flandres. » Il n’empêche : durant les sept prochains jours, la pression va monter, un petit peu, autour de l’une des attractions du peloton.

Peter Sagan, Niki Terpstra et Sep Vanmarcke n’ont pas encore répondu aux attentes, Greg van Avermaet cherche encore à relancer la machine, Oliver Naesen n’arrive pas à conclure. Résultat, avec son acolyte du cyclo-cross Wout Van Aert, Mathieu Van der Poel sera un outsider pris au sérieux, dimanche prochain au départ d’Anvers. Un des garçons qui peut mettre à mal la domination de Deceuninck-Quick Step, alors qu’il n’a encore jamais mis les pieds sur les pavés du Ronde. Mais à 24 ans, le bonhomme a encore le temps. D’ailleurs, pour cette saison, il a décidé de ne pas aller sur Paris-Roubaix : ce sera une découverte de plus, qu’il conserve pour l’an prochain. Qui sait, alors, avec quel statut il l’abordera.

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