Comment y voir plus clair après ça ? Entre Embrun et Valloire, Egan Bernal est apparu le plus fort, mais résultat, Julian Alaphilippe est encore en jaune et le quatuor de favoris, derrière, s’est encore plus resserré. Tenter de savoir ce qu’il se passera sur les deux arrivées au sommet qui vont clore ce Tour de France semble encore plus difficile qu’il y a vingt-quatre heures.

Pas vraiment plus clair

On prend quelques minutes. Un verre d’eau, un encas. Puis on se refait le film. Qu’a-t-on appris aujourd’hui ? Tant et si peu de choses à la fois, qui éclaircissent à peine nos esprits embrumés. Oui, Egan Bernal est fort, très fort, bien plus que dans les Pyrénées. Mais il n’est que cinq secondes devant Geraint Thomas, vingt devant Thibaut Pinot. Oui, Thibaut Pinot n’a pas su sauter dans la roue du Colombien, mais il l’a confié lui-même, visage fermé à l’arrivée, il n’était pas dans une grande journée, et malgré ça, c’est lui qui a ramené le groupe des favoris sur un Thomas qui aurait bien enterré tout le monde. D’ailleurs, sur le plan comptable, on n’est pas beaucoup plus avancés que ce matin : d’Egan Bernal, nouveau deuxième du général, à Thibaut Pinot, cinquième, il n’y a que vingt secondes, et le duo Thomas-Kruijswijk entre les deux. Pour faire court, tout le monde peut gagner, tout le monde peut perdre.

Même Julian Alaphilippe, qui une nouvelle fois, a conservé son maillot jaune. On n’y croyait pas il y a une semaine, et on ne sait plus quoi penser, désormais, à quarante-huit heures de l’arrivée à Val Thorens, qui scellera le classement général. A l’aube des Pyrénées, le Français comptait une minute et douze secondes d’avance sur Geraint Thomas, son premier poursuivant. Au cœur des Alpes, son dauphin est désormais Egan Bernal, mais son avance a grimpé à une minute et trente secondes. Alors perdre sa tunique, peut-être, mais celui qui y mettrait sa main à couper, ce soir, est soit inconscient, soit britannique. Alaphilippe, lui, n’en parle pas. Il se contente de dire qu’il se battra pour aller le plus loin possible, ce dont on ne doutait pas, mais jamais il ne se projette en jaune à Paris. Une façon de s’enlever la pression, si tant est que le bonhomme y soit sensible, et d’être un peu moins surveillé, aussi, bien que ses adversaires ont compris, encore plus ce jeudi, que lui prendre le maillot ne serait pas une partie de plaisir.

Ineos contre les Français

Reste donc un duel à quatre têtes. Français contre Ineos. Alaphilippe et Pinot contre Bernal et Thomas. Avec deux Tricolores qui ne courent pas vraiment ensemble, mais ça vaut aussi pour les deux leaders de l’équipe britannique, pas tout à fait rivaux, mais bien loin d’être des coéquipiers qui se filent un coup de main. Dans l’ascension du Galibier, le Gallois a attaqué alors que le Colombien était à l’avant, et c’est à ce moment-là que les autres favoris ont passé la deuxième, pour finalement limiter la casse sur un Bernal qui s’envolait un peu trop vite. Tous les rêves dont nous parlions hier, en préambule des Alpes, sont donc encore permis. Rien n’est envolé, ni les ambitions d’Alaphilippe, au contraire renforcées – avec une pointe de provocation, on dirait même que l’ascension vers Tignes, vendredi, est taillée pour lui –, ni celles de Pinot, à peine plus lointaines. Alors on se dit qu’on aimerait être rassurés, à Tignes, mais on ne le sera probablement pas. Il y a de grandes chances que tout se joue sur la dernière montée du Tour, vers Val Thorens. Et on ne va pas se plaindre d’un tel suspense, même si ça doit nous couper le souffle jusqu’au week-end.

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