On se pince, on se frotte les yeux, on a du mal à y croire, et pourtant. Pour la première fois depuis des années, un Français – Thibaut Pinot – est certainement le meilleur coureur du Tour de France lorsque la route s’élève. Il a dompté les Pyrénées : alors, on y croit ?

Le public s’emballe

Premier au Tourmalet, deuxième au Prat d’Albis. A la sortie des Pyrénées, Thibaut Pinot a repris du temps à tous ses adversaires, Ineos compris, sur son terrain : la montagne. Le Franc-Comtois n’a jamais été aussi fort sur le Tour, et peut-être même dans sa carrière. “Cet hiver, on a travaillé pour que Thibaut ait la même forme que sur la Vuelta, les championnats du monde et le Tour de Lombardie”, confirme Julien Pinot, frère et entraîneur de. Pourtant, le bilan comptable diffère de l’impression des routes, car le Franc-Comtois n’est pas le mieux classé des favoris. Il n’est que quatrième, une minute cinquante derrière l’OVNI Julian Alaphilippe, quinze secondes derrière Geraint Thomas et trois derrière Steven Kruijswijk.

Les directeurs sportifs de la Groupama-FDJ Yvon Madiot et Philippe Mauduit ont beau calmer le jeu, rappeler à n’importe quel micro qui se présente qu’il reste encore une semaine dans un Tour qui marquera certainement les mémoires, le public a déjà envie de s’enflammer. Sur le bord des routes, les panneaux à la gloire du Franc-Comtois fleurissent, et celui-ci leur donne raison sur la route – et dans les médias. “Il faut continuer la remontée au classement général, les étapes les plus dures arrivent”, détaille Thibaut Pinot. “On a montré qu’on est une équipe offensive et solide.” Sur l’accélération du Français à six kilomètres de l’arrivée, personne n’a pu suivre. Ni Alaphilippe, ni Kruijswijk, ni le tenant du titre Geraint Thomas. L’hydre à deux têtes Ineos continue de jouer l’alternance entre un Geraint Thomas peu franchement rassurant en montagne et un Egan Bernal dont on ne connait guère le niveau de forme. Le Colombien a été le dernier à suivre Thibaut Pinot dans la montée finale, mais lui aussi a dû laisser filer le TGV franc-comtois vers les sommets, se faisant rattraper par le surprenant Emmanuel Buchmann.

Une troisième semaine d’anthologie ?

Au bout de la deuxième semaine, ils sont encore six en 2’15” à pouvoir prétendre s’imposer sur le Tour. Julian Alaphilippe est encore devant, malgré sa minute quinze perdue sur Thibaut Pinot. L’Auvergnat s’est toujours défendu d’y croire, mais à voir son visage épuisé et déçu ce soir, après avoir défendu bec et ongles la moindre seconde concédée aujourd’hui, on devine bien que le maillot jaune a envie de rêver. Un autre qui veut encore y croire : Mikel Landa. L’Espagnol et son équipe Movistar ont fait la course parfaite aujourd’hui. Après son attaque dans le mur de Péguères, celui qui était 11e au général ce matin a pu compter sur les exceptionnels Marc Soler et Andrey Amador, pour l’amener jusqu’au pied du Prat d’Albis.

Mikel Landa a ensuite tout donné pour rejoindre un Simon Yates aérien, parti chercher une deuxième victoire d’étape sur ce Tour de France. Il a finalement vu revenir Thibaut Pinot, qu’il a réussi à suivre jusqu’au sommet. “J’espère pouvoir monter sur le podium”, a-t-il avoué sur France 2. “Ma chute à Albi m’a fait perdre deux minutes, et c’est rédhibitoire pour la victoire finale.” Mais avec son équipe et ses ambitions, nul ne doute que l’Espagnol va tenter comme aujourd’hui de renverser la course. Et le terrain y est favorable : de mardi à samedi, les conditions sont là pour une dernière semaine de folie. Des risques de bordure mardi, une bosse à dix kilomètres de l’arrivée mercredi, trois étapes de montagne pour terminer le Tour de France… Le temps sera chaud, très chaud, et le spectacle le sera certainement aussi.

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