On ne va pas aller jusqu’à dire que l’image de Thibaut Pinot enfilant le maillot rose, mercredi à Merano, est annonciatrice. Parce qu’il y a un an, le Français avait déjà été leader, le temps d’une journée, du Tour des Alpes. Mais sa préparation en vue du Giro, cette année, est pour l’instant aussi rigoureuse qu’efficace.

Tête de liste

A deux semaines d’un Tour d’Italie très relevé, il n’y a rien d’inquiétant à signaler du côté de Thibaut Pinot. Et c’est déjà un bon signe. Sa préparation fortement allégée, qui lui fera compter seulement quatorze jours de course au départ de Jérusalem, n’offrait pas toutes les garanties de réussite. Finalement, il montre cette semaine au Tour des Alpes qu’il est dans les temps. Visiblement plus en forme que les autres, mais encore imparfait, preuve qu’il lui reste une ou deux marches à franchir pour être au top lorsqu’il le faudra. Son offensive lancée à plus de cinquante kilomètres de l’arrivée, mercredi, montre aussi la zone de confiance dans laquelle Pinot évolue en ce moment. Et même si lui et ses compagnons de fortune – parmi lesquels Pozzovivo – ont été repris, il a profité d’une chute d’Ivan Sosa pour prendre la tête de la course. La position parfaite à 48 heures de l’arrivée.

Quid des autres, donc ? Domenizo Pozzovivo a impressionné, offensif et presque impossible à décrocher de la roue depuis trois jours – hormis dans le sprint au sommet de l’Alto di Pampeago. Miguel Angel Lopez, toujours aussi virevoltant en montagne, s’est offert l’étape reine mais s’est retrouvé piégé le lendemain. Son ancien coéquipier chez Astana, Fabio Aru, est jusque-là resté en retrait, hors de la bataille au général et pas franchement rassurant. Reste enfin Chris Froome, la grande énigme de ces quelques jours passés en Italie. Souvent esseulé, piégé par l’attaque de Pinot et Pozzovivo mercredi, décrochés par moments sur l’Alto di Pampeago, incapable de lui-même distancer ses rivaux, il pointe à une quatrième place loin d’être catastrophique. Mais ce n’est pas dans les habitudes de Froome que de subir autant, surtout à deux semaines de l’objectif.

Une histoire de jours ?

Alors, faut-il voir dans cette hiérarchie pré-Giro un rapport avec la fraîcheur des hommes ? De tous, Pinot est pour l’instant celui qui a le moins couru. En fin de semaine, Froome comptera 17 jours de course, suivi par Aru et Pozzovivo (23), puis Lopez (25). La relation de cause à effet n’est pas évidente. Chez les autres favoris au maillot rose, absents cette semaine, on retrouve là aussi les deux stratégies différentes entre Tom Dumoulin, 11 jours de course, et Esteban Chaves, 21 au compteur. Quelle était la bonne formule ? Impossible à dire avant la grande bagarre sur les routes transalpines, en mai prochain. Mais Thibaut Pinot, qui était arrivé sur le Giro l’an dernier déjà bien usé en ayant couru quasiment deux fois plus, ne peut pas s’être complètement trompé en adaptant sa préparation. Il a d’ailleurs sans doute remarqué qu’il y a un an, le futur vainqueur de la course rose, Tom Dumoulin, était arrivé au départ avec une grande fraîcheur. Peut-être l’exemple à suivre.

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