Ne lui en voulez pas de ne pas avoir levé les bras pour célébrer sa victoire. Lorsque Julian Alaphilippe a franchi la ligne, il pensait être deuxième, persuadé que Vincenzo Nibali était encore échappé. Mais il n’y avait en réalité plus personne devant lui et le Français l’a compris quelques secondes plus tard : il tient bel et bien sa première classique.

Il a mis tout le monde d’accord

Les rôles sont inversés, enfin. Deux fois, déjà, Julian Alaphilippe était venu sur la Flèche Wallonne. Et à chaque fois, il avait terminé deuxième, derrière un Alejandro Valverde plus ou moins intouchable selon les années. Il n’avait alors qu’une obsession : revenir et faire chuter le maître des lieux, vainqueurs des quatre dernières éditions, et que cette année encore, on annonçait comme favori à sa propre succession tant il impressionne depuis le début de saison. C’est chose faite. Pendant quelques dizaines de minutes, pourtant, le Français comme l’Espagnol ont bien cru qu’ils n’auraient pas droit à l’affrontement que l’on prédisait. Vincenzo Nibali, comme souvent, avait décidé de mettre à mal la stratégie des Movistar et des Quick-Step, comptant jusqu’à plus de cinquante secondes d’avance à moins de vingt kilomètres de l’arrivée. Il a alors fallu attendre le pied du Mur de Huy pour être certain qu’on n’aurait pas le droit à une énorme surprise, sur laquelle, au passage, on n’aurait pas craché.

Mais l’ascension finale, comme toujours, nous a couvert de frissons. Encore plus quand « Alaf » s’est dressé sur les pédales. Sûr de lui, le Français a fait la montée parfaite. Au pied, il a osé lâcher la roue de Valverde pour prendre celle de ses équipiers, puis celle d’un Vanendert flamboyant. L’Espagnol, lui, accusait déjà quelques mètres de retard, qu’il ne comblera finalement jamais. « Je ne vais pas calquer ma course sur Valverde », nous assurait le tricolore ce lundi, faisant malgré tout de son rival ibérique le favori numéro un. Il a tenu parole, même si, intrigué au plus haut point de ne pas avoir le Murcian dans sa roue, il s’est retourné à de nombreuses reprises pour jauger de l’écart qui les séparait. Finalement, avec ses quelques mètres d’avance, il a pu adapter son effort au retour de Valverde, qui a fait illusion au moment de produire son attaque, bouchant une partie du trou, avant de se rasseoir, battu.

Compléter le passage de témoin à Liège

L’image était forte. Alaphilippe a mis à terre Valverde sur la course qui lui correspond le mieux. Sur le podium protocolaire, l’aîné ne pouvait que s’incliner. La poignée de main était sincère, et l’Espagnol semblait comprendre que désormais, le témoin était passé. Il a résisté le temps qu’il a pu, mais les années font leur effet. A bientôt 26 ans ans, le Français arrive au top de ses capacités quand Valverde, 38 ans dans quelques jours, ne peut qu’au mieux – et de plus en plus difficilement – rester aussi bon d’une année sur l’autre. Pour l’Imbatido, il n’y aura donc pas de nouveau record, puisqu’il aurait pu devenir le premier coureur à remporter cinq fois d’affilée une classique. Alaphilippe en revanche met fin à une longue disette puisqu’aucun coureur tricolore n’avait remporté une classique ardennaise depuis 1997. C’était l’œuvre de Laurent Jalabert, sur la Flèche Wallonne, déjà. En revanche, aucun Français n’a jamais fait le doublé Flèche-Liège. La spécialité de Valverde, là encore.

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