Le dernier week-end de Paris-Nice a été survolé par les Colombiens, dont Egan Bernal, vainqueur final, et Nairo Quintana, deuxième malgré une offensive lointaine, dimanche. Entre les deux, on a comme le sentiment d’avoir assisté à un tournant symbolique. Comme si Quintana, qui n’a jamais réussi à gagner le Tour, laissait la place à son successeur.

Une jeunesse ambitieuse

Il avait deux statuts à défendre. Celui de coureur colombien n°1, qui lui a été attribué à son éclosion mais qui est sacrément remis en question depuis ses échecs successifs et l’avènement d’Egan Bernal ; et celui de leader de Movistar, de moins en moins assuré depuis que Mikel Landa porte les mêmes couleurs. C’est peu dire, donc, que ce Paris-Nice était un peu plus important que d’habitude, pour Nairo Quintana : et il a donné des réponses. A l’évidence, le garçon devrait encore être l’un des patrons de l’équipe espagnole, parce qu’il a prouvé, comme souvent lorsqu’on a douté de lui, qu’il savait grimper et aussi prendre des initiatives loin de l’arrivée. En revanche, il n’est plus la meilleure chance colombienne pour remporter ce Tour de France qui n’a jamais sacré un coureur du pays sud-américain. En dépit d’un week-end flamboyant, Quintana échoue à Nice à la deuxième place du général, et il y a comme le sentiment d’une passation de pouvoir avec son jeune compatriote Bernal.

Parce que la mémoire est sélective, on ne se rappellera pas que tout, ou presque, s’est joué sur le contre-la-montre du milieu de semaine. A Nice, Nairo Quintana accuse 39 secondes de retard sur Egan Bernal : il en a perdu 38 lors du chrono, et forcément, ça a conditionné le week-end qui a suivi. Mais c’est le jeu et on ne peut pas changer les règles quand ça nous chante : il faut savoir rouler, de toute façon, pour remporter le Tour de France ; c’est pour ça que l’aîné n’y est jamais parvenu et que le cadet a toutes les chances, lui, d’y arriver. Ça n’enlèvera rien au week-end que l’on a vécu, qui a sonné, pendant 48 heures, comme un duel acharné entre Bernal et Quintana, qui se savaient favoris, qui se savaient épiés, aussi, et qui jamais n’ont failli. Samedi, sur les pentes du col du Turini où une explication était attendue, le grimpeur de Movistar était le seul à pouvoir suivre celui de la Sky, propulsé leader pendant la montée suite à la défaillance de Michal Kwiatkowski.

Au souvenir du Giro

Depuis, Egan Bernal savait qu’il n’avait plus qu’à gérer son avance. Il a dû s’inquiéter un peu, quand même, quand il a vu Nairo Quintana attaquer, ce dimanche, à cinquante kilomètres de l’arrivée. Cette étape vers Nice a si souvent été le théâtre de retournements de situation que le jeune colombien ne pouvait l’ignorer. L’ancien, lui, faisait un joli pied de nez à ses détracteurs, ceux qui lui reprochent de trop rarement prendre les choses en main. Le temps d’un instant, on s’est rappelé du Quintana qui était allé chercher, dans la descente enneigée du Stelvio, le maillot rose du Tour d’Italie 2014. A l’heure des comptes, le garçon a été moins heureux, un temps pas loin d’être leader virtuel de ce Paris-Nice, mais qui a été freiné par la faible collaboration de certains, et par la réactivité des Sky, derrière. Quintana, 29 ans, laisse donc le maillot jaune à Egan Bernal, 22 ans. Il y a un air de passation de pouvoir, de passage de témoin. Mais Quintana ne pouvait pas tout sauver en un seul week-end.

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