Impérial dès qu'il a dû travailler en montagne, Egan Bernal n'était pas attendu à ce niveau dès sa première expérience sur trois semaines - Photo ASO / A. Broadway
Bilan TDF 18
31 juillet 2018
Par  Robin Watt 
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Meilleur équipier : la pépite Bernal

Le Tour est terminé, mais ses acteurs n’ont pas tous été récompensés à la hauteur de leurs exploits. La Chronique du Vélo répare ces injustices et braque les projecteurs sur certains en décernant ses récompenses de la Grande Boucle. Nous commençons aujourd’hui avec l’award du meilleur équipier pour Egan Bernal.

Voir le train Sky déferler en montagne, ces dernières semaines, n’avait rien de vraiment surprenant. Mais au milieu de Thomas, Froome, Poels et Kwiatkowski, il y avait un petit nouveau, souvent celui qui restait le plus longtemps auprès de ses deux leaders. Egan Bernal, 21 ans seulement, a été l’une des révélations de ce Tour, unanimement présenté comme un futur vainqueur de l’épreuve.

Béquille de Froome…

En troisième semaine, il y avait toujours autant de supporters colombiens devant le bus de l’équipe Movistar. Parce qu’ils sont fidèles et que même lorsque Nairo Quintana a du mal, ils continuent de venir chanter, très fort, chaque matin et chaque soir. Les journalistes en revanche, avaient migré depuis un moment pour se concentrer sur la nouvelle pépite du pays, un pur grimpeur, encore un, qui ne jouait pas le général mais qui a impressionné dans à peu près chaque ascension. On savait le potentiel d’Egan Bernal, dont on parle depuis un peu plus d’un an comme d’un phénomène sans égal en montagne. Son début de saison, où il a terminé deuxième du Tour de Romandie et remporté celui de Californie, avait confirmé qu’on avait raison de s’emballer. Son mois de juillet est alors venu comme une cerise sur le gâteau.

Il y a quelques mois, il était censé faire la Vuelta et pas le Tour. Il aura finalement brillé cet été comme peu de garçons de 21 ans l’ont fait avant lui. Dans une équipe Sky qui n’a pas besoin, pour l’instant, d’un nouveau leader, il était cantonné au rôle d’équipier. On s’attendait donc à le voir, parfois, en montagne. Mais pas à ce qu’il soit omniprésent et reste régulièrement en compagnie des favoris du Tour. Dans la hiérarchie, il s’est tout de suite imposé comme la dernière rampe de lancement de Thomas et Froome, un rôle jusque-là dévolu à Kwiatkowski ou Poels, selon les moments. Faire bouger les lignes dans ces proportions était déjà une performance. Mais après une traversée des Alpes plutôt tranquille pour ses leaders, où son travail en montagne s’arrêtait généralement à quelques kilomètres de l’arrivée, il a été étincelant dans les Pyrénées, notamment pour aider Chris Froome.

…et bientôt successeur de Froome ?

Par moments, dans le col du Portet ou dans le Soulor, quand le quadruple vainqueur du Tour était en difficulté, on sentait même le Colombien plus fort que lui. A Paris, la quinzième place de Bernal ne reflète donc pas grand chose et le monde entier s’accorde à dire qu’il ira bien plus haut très prochainement. « En tant que manager, ma responsabilité est de regarder deux ou trois saisons devant nous, dit Dave Brailsford, le patron de Sky. J’ai déjà l’équipe que je veux dans trois ans. […] J’ai cherché et cherché le coureur qui pourrait être le prochain Chris Froome, qui serait notre prochain grand leader sur les grands tours. Mon choix s’est porté sur Bernal, qu’il nous fallait absolument avoir dans l’équipe. Il est notre futur. » On peut estimer que l’homme qui a gagné six des sept derniers Tours de France avec trois coureurs différents sait ce qu’il fait.

Certains pointent les qualités de rouleur de la pépite colombienne, moins à l’aise dans l’exercice que Wiggins, Froome ou Thomas. Mais le garçon se défend, malgré tout, en témoigne son titre de champion national de la discipline cette saison. La Sky devra donc peut-être adapter sa façon de gérer la course le jour où elle fera de Bernal son unique leader, mais dans des proportions raisonnables. Surtout qu’avec ses aptitudes de grimpeur hors norme, le garçon pourrait bien être capable d’étriller la concurrence bien avant le moindre chrono. Ci et là, ceux qui le connaissent, de Gianni Savio à Nicolas Portal, disent d’ailleurs que le phénomène apprend très vite. Il se trouve qu’en plus, en ce moment, il est à bonne école. Ceux qui attendaient que Froome tire sa révérence pour enfin remporter le Tour ont donc sans doute pris conscience, ces trois dernières semaines, qu’ils allaient devoir revoir leurs plans.

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DomdeLyon
DomdeLyon

C’est vrai que même si tout le monde s’accorde depuis longtemps sur ses exceptionnelles qualités il a été très impressionnant pour son premier Tour et a confirmé tous les espoirs placés en lui ! On peut même imaginer sans beaucoup se tromper que s’il n’avait pas fait preuve de tant d’abnégation et de dévouement pour ses leaders, de modestie et de discrétion aussi, il aurait pu aisément ramener le maillot blanc à Paris… Voir plus… Déjà !

Sila
Sila

C’est vrai, Bernal a fait un super Tour de France, et encore seulement en tant que coéquipier. Je suis curieuse de voir son évolution. Quelle est sa marge de progression, par exemple ? Les jeunes très forts très tôt sont plutôt du genre à stagner. Mais il est peut-être l’exception qui confirme la règle : très bon grimpeur, solide en CLM… A voir ! Sky pourrait peut-être le tester, l’envoyer sur la Vuelta comme leader si Thomas n’y va pas. La course est taillée pour des grimpeurs et lui permettrait de se mesurer à Uran et Quintana (qu’il avait battu sur « Colombia Oro y Paz », d’ailleurs. Encore une preuve, si besoin est, de l’immense talent du Colombien.) Mais par contre, il y a beaucoup de battage médiatique autour de lui. Trop à mon avis ! Il faut laisser le temps à ces jeunes de progresser et arrêter d’en faire de futurs vainqueurs avant l’heure ! Le dernier pour qui on a fait ça et on voit le résultat aujourd’hui, c’est Quintana (qui d’ailleurs, en ce moment, se fait défoncer au pays alors que… Bernal se fait encenser.) Pourtant, j’ai du mal à le voir leader chez Sky. L’équipe semble privilégier… Lire la suite »

highlander
highlander

Un récent vainqueur et un futur vainqueur. Autant ce ne fut pas simple pour Thomas d´avoir un chemin vers la plus haute marche avec sa malchance récurante tout en restant au service de son leader; autant la trajectoire du phénomène colombien semble tracée d´avance pour succèder aux 3 brittishs formatés Sky tant son aisance et son talent ont crevés l´ecran .

Flo
Flo

Il est déjà incroyable mais sa progression me paraît trop rapide. Dans une interview à Vélo Magazine, David Gaudu notait la puissance prise par Bernal cet hiver et sa moindre vélocité (110 à 90 tours de pédales/mn) Or, pourra t’il continuer à progresser de cette manière pendant des années alors qu’il évoluait de manière plus linéaire chez Savio ? Je me demande s’il ne va pas stagner alors que d’autres jeunes sont encore loin de la plénitude de leurs moyens.
Si je me trompe, il gagnera le Tour avec une très grande facilité, et peut-être dès l’année prochaine.

highlander
highlander

On peut également illustrer que les pépites du reservoir colombien qui bousculent tout en début de carrière semblent effectivement stagner et méme régresser par la suite. D´un autre coté Bernal est physiquement hors classe; longs femurs, buste court, gros moteur et… chez Sky …

DomdeLyon
DomdeLyon

Tout à fait d’accord @Flo et @higlander… Le bonhomme et sa progression sont impressionnants… et cela peut aussi être inquiétant ; trop vite trop haut, très jeune très (trop) prometteur avec des attentes et des exigences qui peuvent s’avérer « destructrices » et, bien sûr, malgré tout ; le doute et l’ambiguïté Sky…

Ach
Ach

Physiquement, il est déjà tout tout proche du niveau pour gagner le Tour… Comme Roglic. Donc même en « stagnant », avec le leadership et un peu de bouteille pour optimiser tout ça, il peut gagner.

highlander
highlander

Oui de la bouteille et de l´anticipation pour surtout éviter de se faire piéger sur chute; Il a pris cher cette saison de ce coté là et ca serait du gachis de finir comme Beloki .

Sila
Sila

Vilaine chute… J’espère qu’il s’en remettra et que la saison n’est pas finie pour lui.