Superman a pris son envol dans la Sierre Nevada, et ce n’est pas la première fois sur cette Vuelta. Déjà vainqueur à Calar Alto, il monte en puissance au fil des jours. A une semaine de Madrid, le voila sixième à 43 secondes de la troisième place. Son premier podium sur un grand tour est donc à portée de mains. Voici trois raisons d’y croire.

Parce qu’il est physiquement au-dessus

Mis au repos forcé pendant les six premiers mois de l’année, la faute à une grosse chute au Tour de Lombardie il y a bientôt un an, le Colombien en tire aujourd’hui les bénéfices. Quand tous ses rivaux ont un grand tour dans les pattes, lui est arrivé au départ de cette Vuelta plein de fraîcheur. La stratégie de l’équipe Astana lui a valu de perdre un peu de temps en début d’épreuve, lorsqu’il devait travailler pour Fabio Aru, mais désormais la hiérarchie est bouleversée en interne et Lopez a carte blanche. Ca tombe bien, depuis une semaine, il est impérial en montagne. A chaque arrivée au sommet ou presque, il créé maintenant des écarts : une quinzaine de secondes à Calar Alto, un peu moins à La Pandera hier, et pas loin d’une minute, bonifications comprises, aujourd’hui à l’Alto Hoya de la Mora. On ose à peine imaginer les différences qu’il pourrait donc faire en dernière semaine, avec comme point d’orgue la montée de l’Angliru, la veille de l’arrivée.

Parce qu’il est tactiquement au point

Le garçon a beau n’avoir que 23 ans, il se trompe rarement. D’autres, avec des jambes pareilles, attaqueraient dans tous les sens et perdraient en efficacité. Lui semble chaque fois doser son effort comme il le faut pour tirer le maximum de chaque opportunité. Vers Calar Alto, surtout, son sens tactique a été mis en avant. Dans la roue de Chris Froome, il a laissé Nibali, Chaves et Contador s’écharper avant de placer une offensive, une seule, à un peu plus d’un kilomètre de l’arrivée, pour ne jamais être revu. Le scénario fut différent aujourd’hui dans la Sierre Nevada, mais le résultat identique. Accompagné de Contador, Bardet et Kruijswijk, il est resté avec eux jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus l’aider. Encore une fois, il lui a suffi d’une cartouche pour s’envoler. Alors bien sûr, il est plus facile de courir juste lorsqu’on a les meilleures jambes du peloton. Mais on a trop souvent vu le plus fort battu pour ne pas saluer le pragmatisme de Lopez.

Parce qu’il n’est pas ridicule en chrono

On pourrait facilement se laisser aller à penser que Miguel Angel Lopez est un Colombien comme les autres, avec donc le même point faible que la plupart de ses compatriotes : le contre-la-montre. Mais ce serait faire erreur. Bien sûr, le garçon ne rivalisera pas avec Chris Froome, mardi, sur les quarante kilomètres d’effort solitaire au programme. Mais il n’a pas de raison d’appréhender plus que ça cette journée déterminante. Cette année, ses références en chrono sont rares : deux prologues disputés seulement, dont un en côte de 800 mètres. Mais il suffit de remonter à la saison passée pour trouver traces de performances très correctes du jeune colombien. Sur le chrono de Davos, lors du Tour de Suisse (16,8 km légèrement vallonnés), il avait ainsi pris la deuxième place devant Cancellara, Kelderman ou Thomas. C’est là son fait d’arme le plus important, et il lui arrive d’être relégué plus loin. Mais sans jamais être à la rue. Sans doute moins costaud que Zakarin ou Kelderman, en lutte eux aussi pour le podium, il aura malgré tout moins à perdre qu’un Chaves. De quoi continuer de rêver.

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