Au terme du Tour de San Luis, les regards se sont braqués sur Dayer Quintana, frère de Nairo et de plus en plus en vue. Mais un autre colombien a crevé l’écran : Miguel Angel Lopez. Plus jeune, déjà plus expérimenté et sans doute meilleur grimpeur, son arrivée au plus haut niveau semble n’être plus qu’une question de temps.

Les montagnes, “Superman” et un vélo à 600 000 pesos

Son parcours cycliste linéaire contraste avec la vie mouvementée de Lopez. Des épreuves de jeunes en Colombie à l’étape reine du dernier Tour de Suisse, le garçon a franchi les étapes sans complexe et à une vitesse folle. Mais derrière cette ascension apparemment sans anicroche, tout n’a pas toujours été simple pour Miguel Angel Lopez. Il avait déjà 17 ans quand il s’est mis sérieusement au cyclisme, et a dû apprendre vite. Y compris les mauvais côtés. Pas épargné par la poisse durant ses premières années, il a enchaîné les chutes en courses, les accidents à l’entraînement, et par conséquent les blessures. Il a même été pris à parti par des voleurs qui souhaitaient s’accaparer son vélo. Mais Lopez a défendu son bien, et malgré un coup de couteau pris à la jambe, il a fait fuir ses agresseurs. Résultat ? Un surnom évocateur : « Superman ».

Le reste de son histoire ressemble à s’y méprendre à celle de Nairo Quintana. « J’allais au collège en vélo. Environ 30 minutes tous les jours, expliquait Lopez au journal El Tiempo. Puis un jour j’ai participé à une course dans mon village, et j’ai gagné. J’avais 17 ans, ça m’a motivé. » A l’époque, il s’essaie alors au VTT, avant de choisir la route, où il se sent plus à l’aise. Ses parents, modestes paysans colombiens dans le village de Pesca, à 2600 mètres d’altitude, sont un soutien de taille. Ils veulent que leur fils puisse connaître autre chose. « Parfois, quand j’étais plus jeune, je les aidais, raconte Lopez. J’allais vendre des pommes de terre, du maïs, des pois, et je gagnais quelques pesos. » Il n’empêche que la famille est loin de rouler sur l’or. Quand son père lui offre un vélo à 600 000 pesos (environ 240 euros), le garçon se dit alors qu’il doit faire du cyclisme son métier. Il ne lui faudra que très peu de temps pour y arriver.

Un choix risqué mais déjà des victoires

La Vuelta del Porvenir, quelques mois après, le voit terminer quinzième du général. Viendra ensuite le Tour de la Jeunesse, principale épreuve espoir colombienne, qu’il remporte presque facilement, avant une première consécration sur le Tour de l’Avenir, en 2014. Sur les traces de Nairo Quintana, vainqueur quatre ans auparavant, Lopez commence à écrire son histoire. Mais en plus de ses qualités de grimpeur, il apparaît comme un rouleur plus qu’honorable et un très bon tacticien, déjà capable de gérer à la perfection une course de plus d’une semaine. Le tout malgré un coup de froid attrapé quelques jours seulement avant le départ de la course. Ces résultats lui valent donc rapidement l’intérêt de nombreuses équipes. Son mentor de toujours, Rafael Acevedo, parle même d’une dizaine d’offres pour son poulain. Après avoir pris son temps, Lopez optera pour Astana. Un choix risqué compte tenu de l’effectif pléthorique des Kazakhs, mais qui s’avérera finalement payant.

L’ensemble du staff, sûr de son coup, se rend vite compte qu’il a entre ses mains un véritable joyau. Course après course, Miguel Angel Lopez se voit donc confier plus de responsabilités. Huitième de ses championnats nationaux, il débute avec le maillot d’Astana sur le Tour de Catalogne. Une épreuve World Tour comme baptême du feu aurait pu lui brûler les ailes. Mais le principal intéressé, malgré son abandon, a préféré emmagasiner de l’expérience sans aller chercher trop d’explications. Puis, à l’échelon inférieur sur le Tour de Turquie, il s’est offert un premier accessit chez les professionnels en terminant deuxième au sommet de la montée de Selçuk. Un mois et demi plus tard, sa quatrième place à Sölden, sur l’étape reine du Tour de Suisse, n’est alors rien de plus qu’une suite logique. Derrière Pinot, Pozzovivo et Spilak, il est clairement le meilleur grimpeur de la semaine helvètique, et c’est uniquement le contre-la-montre qui le fait reculer à la septième place du général.

Signe qu’Astana lui fait une totale confiance, il est alors désigné leader en vue du Tour de Burgos, au mois d’août. Un statut qu’il va honorer par une victoire à la Pineda de la Sierra, devant des grimpeurs de renom. Incapable de réitérer une aussi belle performance le lendemain pour la dernière étape, il doit se contenter de la quatrième place au général. Cela ne change pas grand-chose : il a impressionné tout le monde, y compris ses propres coéquipiers présents pour l’occasion. « Il a gagné son étape facilement, même si le lendemain il a sans doute pêché à cause de son jeune âge. Dans un ou deux ans, avec un peu plus d’expérience, ce sera un grand champion », assurait Luis Leon Sanchez. Scarponi et Landa ne seront pas moins élogieux à l’encontre de leur partenaire. A seulement 21 ans – jusqu’au 4 février –, il avait toutefois décidé de ne pas courir la Vuelta. Lopez ne veut pas brûler les étapes ; simplement les franchir rapidement. Il a donc poursuivi dans ce sens la semaine dernière, sur le Tour de San Luis. Une nouvelle fois, le général lui a échappé, au profit de son compatriote Dayer Quintana. Mais il a encore fait main basse sur l’étape la plus importante. Parce qu’en montagne, ce « Superman » cherche encore sa kryptonite.

 

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