Après plusieurs années d’ennui sur Liège-Bastogne-Liège, l’organisation a décidé de modifier le parcours. Des petits ajustements en apparence, qui pourraient avoir de grandes conséquences sur le déroulé d’une course historique, mais qui peine de plus en plus à surprendre.

Final désertique

En avril dernier, on se disait que Bob Jungels avait douché nos espoirs. Le Luxembourgeois, parti dans la Roche-aux-Faucons, à une vingtaine de kilomètres de l’arrivée, avait offert un peu de spectacle. Assez pour que rien ne change, craignait-on. Le garçon n’avait pas livré une épopée grandiose, pas encore, mais c’était déjà bien plus que les cinq éditions qui précédentes, presque toutes jouées dans la bosse finale, à Ans. Seul Wout Poels, vainqueur en 2016, faisait alors exception. Mais il n’était pas parti de bien plus loin : la rue Naniot, alors au programme et dont il avait profité pour s’envoler, était située à trois kilomètres de la ligne. Bref, Liège-Bastogne-Liège était devenu une longue balade sur les routes ardennaises, qui finissait par un sprint en côte ou vingt bonshommes se jouaient un monument de plus en plus dénué d’intérêt. Sauf que Jungels, en apportant un peu de nouveauté, venait en fait légitimer un parcours pas loin d’être catastrophique.

On se voyait donc reparti pour dix ans avec le même parcours. Mais ASO avait visiblement compris, avant même que Jungels nous gratifie de son numéro, que le changement était nécessaire. La nouvelle est tombée cette semaine. La Doyenne n’arrivera plus à Ans, comme depuis 1992, mais boulevard d’Arvoy, à Liège. Sur du plat, donc. Un premier bon point. Mais pas le seul. Alors que la côte de la rue Naniot n’a pas fait de vieux os, repartie aussi vite qu’elle est apparue, la côte de Saint-Nicolas, elle aussi, est rayée de la carte pour 2019. Jusqu’ici placée à cinq kilomètres de l’arrivée, elle catalysait un bon nombre d’offensives et participait à cadenasser la course. Les favoris attendaient jusque-là pour se découvrir. Désormais, avec cette absence de difficultés notoires dans les quinze derniers kilomètres, c’est de nouveau la côte de la Roche-aux-Faucons qui apparaîtra comme le juge de paix. Ceux qui ne veulent pas d’un sprint massif devront passer à l’attaque avant. Du tout bon.

L’histoire réintégrée

Liège a compris qu’il fallait s’adapter. Ce parcours, idéal il y a vingt cinq ans, à une époque où les puncheurs flinguaient de partout, était voué à offrir une course d’attenante neuf fois sur dix dans le cyclisme d’aujourd’hui. Avec ces ajustements, l’organisation a pris exemple sur le Tour des Flandres, qui lui aussi a su mettre la dernière difficulté à une quinzaine de kilomètres du but pour pimenter la bagarre. Et la Doyenne a même eu un geste pour les nostalgiques. La côte de Stockeu, zappée depuis trois éditions, revient au programme pour reconstituer le mythique triptyque Wanne – Stockeu – Haute Levée. C’est loin de l’arrivée et la course ne s’y jouera certainement pas comme ce pouvait être le cas il y a quelques décennies, mais un Monument se doit de ne pas renier ses traditions, son histoire. Ce rajout va dans ce sens. Après la quatrième victoire d’Alejandro Valverde, en 2017, au terme d’une course terriblement molle, nous avions titré « Il faut sauver Liège ». Désormais, c’est sur la bonne voie.

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