Déjà escaladé l'an dernier, l'Etna n'avait pas été une réussite, mais l'organisation a voulu retenter en 2018, par l'autre versant - Photo RCS Sport
9 mai 2018
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L’Etna, volcan parmi les volcans

Il sera la première difficulté majeure et le premier vrai col de ce Giro 2018. Après 2017, le Tour d’Italie escaladera l’Etna une deuxième fois en deux ans ce jeudi. Inhabituel dans l’histoire de la course rose. Alors, le volcan sicilien deviendrait-il un incontournable de la course transalpine ?

Une histoire à écrire

A le voir depuis Catane, la ressemblance est troublante. Posé sur 3330 mètres de magma en fusion, le crâne minéralisé de l’Etna est un monstre effrayant rappelant étrangement un mont hexagonal tout aussi angoissant. Entre le Mont Ventoux et le plus haut volcan actif d’Europe, nombreuses sont les similitudes à commencer par leur place d’épouvantails de leur Grand Tour respectif.

Le « Mongibello » comme il est surnommé par les habitants de la Sicile ou il a trouvé foyer n’a pourtant pas toujours érupté dans l’histoire cycliste transalpine. Là où les traces du Géant de Provence remontent à 1951 sur la Grande Boucle, il aura fallu attendre 1967 pour voir les coureurs du Giro atteindre une première fois le col routier menant au refuge de Sapienza sur les flancs du volcan à près de 1900 m d’altitude. Il y a 51 ans, c’était d’ailleurs un prolifique toscan, Franco Bitossi, qui avait triomphé quand un Britannique, Tom Simpson, périssait tragiquement sur les pentes de son voisin français. Là est probablement la principale différence entre les deux montagnes sacrées : l’une est chargée d’une histoire cycliste riche sur trois semaines, quand l’autre est seulement empruntée pour la cinquième fois par le Tour d’Italie.

L’Etna n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse sur le Giro. En 2011, Alberto Contador, vainqueur au sommet, avait été déclassé au profit du Vénézuélien José Rujano. Et l’an passé, la montagne avait accouché d’une souris. Les favoris s’étaient cassés les dents sur les rafales brutales qui balayent si souvent les pentes exposées de la montée. Pourtant, en creusant un peu le basalte historique du volcan, on retrouve des traces plus régulières d’éruption cycliste. Le Tour de l’Etna organisé de 1980 à 1997 a vu un certain Francesco Moser y triompher trois fois entre 84 et 86. Paradoxalement, le pur sprinteur Mario Cipollini avait lui aussi écrit son nom au palmarès de l’épreuve en 1991. Par la suite, le Trophée de l’Etna organisé dès 2001 connaîtra seulement quatre éditions dont la dernière, en 2013, achevée sur un fiasco avec le déclassement pour dopage de l’Italien Leonardo Bertagnolli.

Un monstre impardonnable

Riche de ces expériences passées, l’Etna devrait vraisemblablement devenir, très vite, un incontournable des trois semaines italiennes. Et l’organisateur RCS ne s’y trompe pas : la montagne est escaladée pour la deuxième année consécutive, une première dans l’histoire de l’épreuve. Il faut dire que l’an dernier déjà, le monstre avait été craint. Vincenzo Nibali, requin au pied d’un volcan qu’il a pu admirer depuis sa cité de Messine, avait averti : « Il se passera quelque chose, c’est inévitable. » Cette prophétie finalement erronée n’entache en rien une vérité générale : sur ces montagnes particulières, aucun leader ne peut se cacher. Car la difficulté de l’Etna est multi-source.

Sa pente d’abord : 22,7 km à 6,5 % de moyenne pour sa version la plus longue (15 km à 6,7 % pour sa version 2018). Si le Giro connait pléthore de profils largement plus abruptes (le Zoncolan notamment), le volcan fait partie de cette caste rare des cols interminables (plus de 20 km) au même titre qu’un Stelvio ou… un Ventoux. Le mythe de la longueur et de la touffeur. Car l’Etna est en activité permanente et l’odeur omniprésente du souffre qui s’échappe de la montagne des montagnes siciliennes en confirme la difficulté. Sa fougue explosive renforce d’ailleurs un peu plus son mythe et la constante incertitude pour l’organisation. La dernière éruption au printemps 2016 avait créée un panache de fumée de sept kilomètres de hauteur empêchant toute activité physique trop proche de son cœur. Par chance, le Tour d’Italie avait évité le colosse cette année-là.

Tordre le cou au scénario de 2017

A l’instar du Mont Chauve, l’Etna construit donc sa légende par cette puissance indomptable qui ramène vite tout cycliste à l’humilité forcée. Le Slovène Jan Polanc, vainqueur survivant d’une échappée condamnée en 2017 l’avait d’ailleurs confirmé : « C’était de loin la journée la plus difficile que j’ai vécu sur le vélo. » Rien que ça. Alors ce jeudi, à l’heure d’affronter une nouvelle fois l’incertitude, le « Mongibello » donnera un peu plus d’indications sur sa place dans l’histoire du Giro. Après l’éruption de 2001, le vulcanologue Stefano Gresta déclarait : « Cela fait vingt ans que j’épie l’Etna. Je pensais bien le connaître mais cette éruption ouvre de nouveaux scénarios. »

Transposé au cyclisme, cet adage trouvera certainement confirmation dans le classement général au soir de cette sixième étape. Après sa panne de jambes sur les pentes finales de Caltagirone, Christopher Froome a annoncé attendre cette difficulté. Car il le sait, elle révèlera qui a des chances de revêtir le maillot rose à Rome. Une légende britannique colle d’ailleurs au volcan sicilien : l’âme de la reine d’Angleterre Elizabeth I résiderait désormais sur l’Etna, après un pacte qu’elle aurait conclu avec le diable en échange de son aide à gouverner son royaume. Espérons pour Froome qu’il se soit lui aussi inspiré de cette histoire.

Tour d'Italie  
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Nour
Nour

Est-ce que le mauvais placement de Froome hier (outre peut-être une forme inférieur) peut être dû à une perte d’autorité de la sky avec toutes les affaires qui entoure cette équipe. J’ai l’impression qu’avant les coureurs s’écartaient sur le chemin de la sky, que celle-ci prenait le commandement du peloton dès qu’elle le souhaitait et que personne n’osait vraiment frotté avec eux. Alors que depuis le début de saison je trouve qu’ils n’ont plus ce passe droit, ils se font plus souvent tassé, Froome se retrouve séparé de ses équipiers car des coureurs s’intercalent etc… Je dis pas que les autres s’attaquent à la sky, juste qu’ils n’ont plus cette position de supériorité qu’ils avaient jusqu’à l’année dernière et qu’ils doivent s’adapter.
Du coup ca forcerait aussi Froome à faire un peu plus d’effort dans ses journées et frottant et en remontant le peloton

gougi
gougi

Votre analyse est juste, a ceci près que les sky en début de saison dominait… jusqu’au jour ou on a fait savoir aux équipes que les contrôles serait renforcés…. Les autres équipes ont peut être été soulagées et libérées.
Quand je vois Wellens gagner hier hier ça me rassure et me fait plaisir, surtout quand le lendemain, donc aujourd’hui il est dominé, mais dans le coup. Pas de domination écrasante et somme toute illogique de la part des ses équipiers .
vous noterez que wellens à été un des rares à s’élever contre les AUT , et qu’il ne subit pas les foudres de la sky, au contraire de l’époque maudite d’armstrong et de son équipe, qui à la moindre contrariété , matait le coureur qui osait leur tenir tête , ou qui avait proféré un doute

highlander
highlander

Mauvais placement, manque de mordant, et une bonne chance pour lui que ca se soit regarder avant de lancer le sprint car si ca vissait, c´était la poignée de seconde de perdue .

gougi
gougi

Pour froome peut être , mais pas pour nous. Il y a longtemps que froome a pactisé avec le diable, malheureusement pour nous et pour ce sport.
je suis toujours triste de voir que des journalistes puissent croire une seconde a ce type.. » ça m’cisaille » l .
Demain il y aura pas d’accelaration à la  » froome, » il n y en aura pas car la sky n’ a pas encore eu le temps de trouver une parade aux nouveaux controles;.. Il était ou le Thomas en Romandie ? a son niveau ; c’est a dire à deux minutes du vainqueur. . le kwiato sur les ardennaises… pas vu …
Bien sûr je ferai mon méa culpa si demain, froome mettait tout le monde minable , après une accélération  » mobyletienne » .
Je prend peut être un fichu risque, réponse demain 17 H 00.

LAURENT Michel
LAURENT Michel

Tout à fait d’accord sur le début de saison de cette équipe ( surtout pour les anciens, les nouveaux n’ont pas eu le temps d’être formatés); c’est à croire que les fameux « gains marginaux » ont disparu;

gougi
gougi

PS face aux  » j’aime pas  » que je reçois apres ma critique envers froome , j’assume, même si je suis blessé au tréfond de mon petit être !!! plus sérieusement , je reconnais ma mauvaise fois envers l’équipe sky. Bien sur qu’aujourd’ hui il n’ assomera pas le giro, avec ou sans aide ..parce que le bonhomme sait gérer sa forme ,et qu’il vise aussi le tour , c’est donc trop tôt , mais je ne peux m’empêcher de douter de cette équipe .
Ps en plus j’aime pas sa posture de faux gentil, le sourire aux lêvres pour mieux vous amadouer… en fait j’ai toujours détester les premiers de la classe !

DomdeLyon
DomdeLyon

Pas grave pour les pouces rouges ! Sans doute sont-ils distribués par de grands naïfs ou des inconscients ou des aveugles ou des « provocateurs » ou des « rigolos » qui s’amusent… ou tout cela à la fois !… Oh la la tout ce que je vais ramasser ! ;)

rthz
rthz

Froome ses accélérations à la TDF 2013 il n’en n’a plus fait depuis trois ans maintenant, donc c’est normal qu’il ne le fasse plus aujourd’hui, il ne faut pas oublier qu’il vieillit et perd donc logiquement le punch de ses meilleures années.
Quant à la critique sur le niveau des Sky depuis le début de saison, et notamment celui de Kwiatkowski, je rappelle qu’à l’époque où il était chez Quick Step Kwiatkowski réalise un début de saison énorme en 2014, fait podium à Liège, top 5 à l’Amstel, podium au Pays Basque… avant d’être champion du monde, et en 2015 il gagne l’Amstel. Donc je trouve ça osé de dire qu’il a gagné chez Sky grâce au dopage. Geraint Thomas a quant à lui prévu d’être à son meilleur niveau pour le Tour de France et il termine 2e en Algarve et 3e à Tirreno (et il aurait fait mieux sans son ennui mécanique à Sarnano Sassotetto), il ne peut pas être en forme tout le temps.

Au passage je précise que je n’ai absolument pas envie que Froome gagne le Giro, je trouve simplement que tes arguments ne sont pas les bons.

gougi
gougi

j’ai en effet des doutes sur Kwiato, que j’aime bien d’ailleurs, et en effet il a été champion du monde sans aucune aide. Il a d’évidence la classe. Mais quand on est dans une équipe comme la sky , a t’on le choix ? Et pourtant j’espère que Bernal n’est pas soumis aux mêmes obligations que Thomas.
Parce que thomas, vous pouvez me dire ce que vous voulez, c’est pas un champion . alors que je reconnais les qualités de kwiato., ceci dit c’est étrange leurs contre performances depuis l’annonce des controles renforcés.
Pour moi l’UCI a volontairement annoncés ses controles pour éviter de se trouver confrontés à un scandale . Car alors l’UCI aurait été pulvérisé. Alors qu’en prévenant a l’avance on s’évite le scandale atomique

DomdeLyon
DomdeLyon

Je ne crois pas qu’il(s) soi(en)t moins performant(s) mais plutôt « faussement discret(s) » et surtout très malin(s)… Depuis le début de la saison, ils sont un peu obligé, quand même, mais ils ont surtout, je pense, réussi a « endormir » tout le monde (et tant mieux si cela a au moins permis aux autres équipes de s’affirmer et de ne plus les « craindre » !) mais je vois bien « l’autre » gagner… dés aujourd’hui, après un démarrage… « explosif » sur les pentes de l’Etna et en la jouant humble et modeste à l’arrivée… J’espère juste me tromper (pour la « victoire », car pour le reste : zéro confiance) !