On a compris, hier, que rien ne serait joué dans ce Giro avant que le dernier col ne soit escaladé. Après une étape aussi légendaire, il ne fallait pas attendre que tout reste figé. Cependant, ça n’a pas concerné le maillot rose Chris Froome, mais le troisième du général, Thibaut Pinot, qui en vingt-quatre heures est passé de l’euphorie à l’une des plus grandes déceptions de sa carrière, assurément.

Un calvaire pour finir

Hier soir à Bardonecchia, Thibaut Pinot avait le sourire. Simon Yates et Domenico Pozzovivo venaient d’être éjectés du podium, lui s’y faisait une place, quelques jours après avoir laissé un peu de champ à ses rivaux en ratant complètement son contre-la-montre. Mais le Français se méfiait. A la question de savoir s’il allait, comme l’an dernier, profiter de la dernière étape de montagne pour lever les bras, il prenait ses précautions. « Je veux juste conserver mon podium, j’espère avoir de bonnes sensations demain pour ne pas tout perdre », lançait-il à la chaîne L’Equipe. Il a expérimenté lui-même, depuis mardi, que le vent pouvait tourner très vite. Et malheureusement, ce samedi dans le col Saint Pantaléon, ce qu’il redoutait est arrivé, dans des proportions que mêmes les plus pessimistes ne pouvaient pas prévoir. Complètement à l’arrêt, d’un coup, il a perdu plusieurs minutes à une vitesse folle, voyant le podium s’envoler à quelques heures seulement de la fin des hostilités.

Le changement de physionomie, en moins de vingt-quatre heures, est saisissant. Costaud, lucide, quasiment parfait, finalement, ce vendredi, le Franc-Comtois avait fait le plus dur. Le contrecoup d’une journée déjà entrée dans l’histoire a finalement coûté ce podium après lequel Thibaut Pinot court depuis deux ans sur le Giro. Parce que la cruauté de la situation se situe là, aussi. Ces deux dernières saisons, le garçon avait réussi à convaincre son manager, Marc Madiot, de le laisser aller batailler sur les routes italiennes. Quatrième l’an dernier, il s’était manqué de peu. Face à une concurrence bien plus coriace cette année, il est passé encore plus prêt de monter sur ce podium qui aurait été le deuxième de sa carrière en grand tour, quatre ans après ce Tour de France qu’il avait conclu à la troisième place et qui avait sonné comme un déclic.

Le jour le plus long

Mais le plus dur à avaler, dans cette fin en eau de boudin, est sans doute d’être revenu de loin pour monter sur ce podium avant d’en retomber. Mardi, sa contre-performance lors du chrono était une première déception. Il s’en était relevé, malgré une maladie qui l’a suivi toute la semaine et l’a empêché de bien dormir, notamment. Puis il s’est effondré. Ce samedi, il a franchi la ligne avec le gruppetto, quarante-cinq minutes après le vainqueur du jour, Mikel Nieve. « Quand le corps dit stop, vous ne pouvez pas dépasser vos limites outre-mesure, expliquait son coéquipier Jérémy Roy à la chaîne L’Equipe. Il était à l’agonie sur le vélo, c’était pénible à voir. » Les prochaines semaines devront tirer les enseignements de cette défaillance soudaine. Mais Pinot va d’abord devoir se remettre de ce qui est sans doute, aujourd’hui, la plus grosse déception de sa carrière.

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