Après avoir tout donné, hier vers Bardonecchia, Thibaut Pinot a été victime d'une défaillance ce samedi sur l'ultime étape de montagne - Photo RCS Sport
26 mai 2018
Par  Robin Watt 
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Les montagnes russes

On a compris, hier, que rien ne serait joué dans ce Giro avant que le dernier col ne soit escaladé. Après une étape aussi légendaire, il ne fallait pas attendre que tout reste figé. Cependant, ça n’a pas concerné le maillot rose Chris Froome, mais le troisième du général, Thibaut Pinot, qui en vingt-quatre heures est passé de l’euphorie à l’une des plus grandes déceptions de sa carrière, assurément.

Un calvaire pour finir

Hier soir à Bardonecchia, Thibaut Pinot avait le sourire. Simon Yates et Domenico Pozzovivo venaient d’être éjectés du podium, lui s’y faisait une place, quelques jours après avoir laissé un peu de champ à ses rivaux en ratant complètement son contre-la-montre. Mais le Français se méfiait. A la question de savoir s’il allait, comme l’an dernier, profiter de la dernière étape de montagne pour lever les bras, il prenait ses précautions. « Je veux juste conserver mon podium, j’espère avoir de bonnes sensations demain pour ne pas tout perdre », lançait-il à la chaîne L’Equipe. Il a expérimenté lui-même, depuis mardi, que le vent pouvait tourner très vite. Et malheureusement, ce samedi dans le col Saint Pantaléon, ce qu’il redoutait est arrivé, dans des proportions que mêmes les plus pessimistes ne pouvaient pas prévoir. Complètement à l’arrêt, d’un coup, il a perdu plusieurs minutes à une vitesse folle, voyant le podium s’envoler à quelques heures seulement de la fin des hostilités.

Le changement de physionomie, en moins de vingt-quatre heures, est saisissant. Costaud, lucide, quasiment parfait, finalement, ce vendredi, le Franc-Comtois avait fait le plus dur. Le contrecoup d’une journée déjà entrée dans l’histoire a finalement coûté ce podium après lequel Thibaut Pinot court depuis deux ans sur le Giro. Parce que la cruauté de la situation se situe là, aussi. Ces deux dernières saisons, le garçon avait réussi à convaincre son manager, Marc Madiot, de le laisser aller batailler sur les routes italiennes. Quatrième l’an dernier, il s’était manqué de peu. Face à une concurrence bien plus coriace cette année, il est passé encore plus prêt de monter sur ce podium qui aurait été le deuxième de sa carrière en grand tour, quatre ans après ce Tour de France qu’il avait conclu à la troisième place et qui avait sonné comme un déclic.

Le jour le plus long

Mais le plus dur à avaler, dans cette fin en eau de boudin, est sans doute d’être revenu de loin pour monter sur ce podium avant d’en retomber. Mardi, sa contre-performance lors du chrono était une première déception. Il s’en était relevé, malgré une maladie qui l’a suivi toute la semaine et l’a empêché de bien dormir, notamment. Puis il s’est effondré. Ce samedi, il a franchi la ligne avec le gruppetto, quarante-cinq minutes après le vainqueur du jour, Mikel Nieve. « Quand le corps dit stop, vous ne pouvez pas dépasser vos limites outre-mesure, expliquait son coéquipier Jérémy Roy à la chaîne L’Equipe. Il était à l’agonie sur le vélo, c’était pénible à voir. » Les prochaines semaines devront tirer les enseignements de cette défaillance soudaine. Mais Pinot va d’abord devoir se remettre de ce qui est sans doute, aujourd’hui, la plus grosse déception de sa carrière.

Tour d'Italie  
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Bebene
Bebene

La haine, un des plus regulier sur ce giro quand meme. Et dommage de faire un article sur juste le jour ou tout fout le camp…
Juste humain, bravo à lui

guyon
guyon

Je suis tellement deg, quand je l’ai vu craquer j’ai arrêter de regarder, trop dur à voir…
J’imagine ce qui doit ce passer dans sa tête, ça doit être terrible. Malheureusement on commence à être habitué avec thibault…
2012 top 10 + étape au tour
2013 « les descentes » le font complètement craquer puis 7ème de la vuelta
2014 podoium du tour
2015 il est à la rue pour le général du tour mais gagne l’alpe d’huez
2016 rebelote sans l’étape
2017 4 ème du giro, à la ramasse sur le tour puis 5 ème en lombardie en étant un des + fort
2018 : montagnes russes + cauchemar

Du coup depuis 2012 il a réussi à bien figuré au général que 4 fois.. ça fait peu quand même.

J’espère qu’il réussira a rebondir sur le tour, mais pour y faire quoi? le général j’y crois pas du tout, donc plutôt pour les étapes.. à voir.
Courage à lui en tout cas, ce n’est que du sport mais ça fait chier.

henri
henri

Pour le tour, a mon sens il doit viser une étape avec le maillot a pois.
Mais sinon effectivement, peut etre devrait-il viser les courses d’une semaine, il a d’ailleurs gagné le tour des alpes cette année. Il peut viser le Paris-Nice ou le Dauphinée par exemple l’an prochain. Tout miser sur les grands tours ca semble trop aléatoire

Gaul
Gaul

Triste pour lui. Il avait été très régulier. Bon quand on a plus rien dans les jambes il n’y a rien à faire. Même si chez les sportifs très entrainés cela peut surprendre.
Bon je ne titrerai pas comme la rubrique hier « La renaissance du Chris » mais plutôt
« Le Chris ressuscité »

Lance Neilstrung
Lance Neilstrung

Bon, et si Thibault se focalisait sur les tours d’une semaine pendant 2 ans? y’a la place pour en rafler pas mal et surtout s’améliorer en chrono et en confiance en lui. Puis il pourra revenir sur les grands tours a 30 ans et profiter de cette experience sans etre cramé et usé par ces defaites.

DomdeLyon
DomdeLyon

Oui, oui, tout à fait, tu as raison et c’est ce que dit aussi « henri » un peu plus haut… En plus, son tempérament généreux (trop !) de battant trouve plus à s’exprimer pleinement sur de plus courtes périodes (car comment être « à bloc » trois semaines sans accuser un instant de « faiblesse » ?!). Le problème c’est aussi qu’on se focalise presque exclusivement sur les « grands » Tours (toujours le problème de la visibilité médiatique et des retombées financières :(

Papascal
Papascal

Bravo Thibaut !
Magnifique combativité et puis cette présence dans l’étape où tout bascule vaut un podium!
Bravo encore et merci!

DomdeLyon
DomdeLyon

C’est terrible, triste et douloureux ces images de champions dans la détresse (je pense aussi à Aru et Yates sur ce Giro). Ils nous rappellent dans ces moments là que bien qu’ils soient des athlètes de très haut niveau et de très grands champions, ils n’en restent pas moins des hommes… C’est terrible… et « rassurant ». J’entends par là que, normalement, malgré tous les suivis, toutes les préparations et toutes les programmations spécifiques pour des objectifs précis, c’est l’humain (le physique et le mental) qui, en fin de compte, prime et a le dernier mot. Normalement. C’est ce qui s’est malheureusement passé pour Thibault hier… Et quoi qu’il en soit de la suite, on ne peut être qu’admiratifs et respectueux devant ces champions et devant le dévouement de leur coéquipiers… Ce sont de terribles images et de très belles images qui transmettent des valeurs nobles et fortes. Chapeau et respect.