Au début des années 2000, Eddy Lembo était annoncé comme le grand successeur de Richard Virenque. Finalement, sa carrière aura tourné court, après une victoire sur la première étape du Tour de Suisse en 2002. Trop précoce, trop grande gueule, trop suspect, le Provençal n’a jamais confirmé chez les professionnels. À qui la faute ? À lui et son caractère trop prononcé, à ses relations, ou à ses employeurs qui ne lui ont jamais accordé confiance ? Une seule certitude : Eddy Lembo aurait pu mieux faire, même beaucoup mieux.

Le quatrième grand tour

Quand on lui parle du Tour de Suisse, Eddy Lembo a des souvenirs plein la tête. Vous ne connaissez peut-être pas son nom, mais le 19 juin 2002, le natif de Miramas s’en est fait un dans le peloton professionnel. Annoncé comme le grand successeur de Richard Virenque tant il dominait les courses amateurs dans le sud, il remporte la première étape du Tour de Suisse et s’empare en même temps de la tunique de leader. « Cette épreuve, ça toujours été pour moi une très grande course, explique-t-il aujourd’hui. Le quatrième grand tour après l’Italie, la France et l’Espagne. »

Au départ, à 21 ans, il a donc les crocs. Le jour de sa victoire, le jeune espoir franco-algérien réalise alors un grand numéro. « C’était un jour comme les autres, je suis parti à l’avant et j’ai tout donné, raconte avec conviction celui qui portait alors les couleurs de Saint-Quentin-Oktos. J’ai toujours aimé me faire mal sur le vélo et c’est comme ça que je suis allé chercher la plus belle victoire de ma carrière. »

Le « nouveau Virenque »

Passé professionnel à dix-neuf ans, Eddy Lembo est à l’époque une exception, dans un monde qui ne connait pas encore les phénomènes de précocité qui seront plus tard Sagan, Bernal ou Evenepoel. Le garçon au patronyme qui sonne à la fois belge et italien est en fait déjà sans concurrence dans le peloton amateur. Des ses plus jeunes années, il enchaîne les victoires. Même ses quelques kilos en trop, lorsqu’il démarre le vélo à dix ans, ne l’empêchent pas de collectionner les trophées. « C’était un guerrier, personne ne peut lui enlever, affirme son père, qui l’a suivi sur le bord des routes. Dès qu’il grimpait sur son vélo, il avait cette impressionnante faculté à se dépasser. »

« Le Bison », surnom donné par son entraîneur, a faim de victoires et il n’en laisse aucune à ses adversaires. Dès qu’il entre dans la catégorie juniors, des années très importantes pour les jeunes, il monopolise les podiums et termine toujours avec quelques minutes d’avance. En première année, il remporte le Tour PACA, épreuve très réputée dans l’Hexagone. C’est sur ces routes qu’il connait par cœur que le « nouveau Virenque » est né. Bien qu’il n’avait pas les mêmes qualités de grimpeur que le septuple maillot à pois du Tour de France, Eddy Lembo semblait avoir le même talent.

Ciel noir

Après son succès sur l’épreuve helvète, les équipes françaises s’intéressent à Eddy Lembo. Problème, les affaires extrasportives vont entacher sa carrière et lui fermer des portes. Plusieurs fois suspecté de dopage par ses propres dirigeants, il explique n’avoir jouit d’aucune marque de confiance. En 2005, à 24 ans, c’est alors le début de la fin pour le Provençal. « Le 18 janvier exactement », se remémore l’ancien proche de Laurent Roux, maillot à pois sur le Tour de France. Les deux hommes sont à l’époque soupçonnés d’être lié à un trafic de pots belges : un cocktail d’amphétamines, d’antalgiques, d’héroïne et de cocaïne utilisé de manière festive, ou bien pour améliorer les performances.

« Ce jour-là, on est directement venu me chercher chez moi, j’en garde un très mauvais souvenir », évoque Eddy Lembo, sans entrer dans les détails. « Malgré cet événement, je voulais encore devenir un grand champion. Je me souviens avoir déclaré que je pouvais faire un Top 10 sur le Tour de France », sourit-il. Mais il ne trouvera plus jamais de contrat chez les professionnels. Désormais reconverti directeur sportif, Eddy Lembo, rêve alors de voir un jour un de ses poulains réussir où il a échoué : ne pas rester qu’un espoir, mais devenir une star du cyclisme mondial.

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