L’annonce est tombée comme une surprise, parce qu’on n’y pensait même pas. Patrick Lefevere, l’historique manager de Deceuninck-Quick Step, ne va pas tarder à prendre sa retraite. Tout n’est pas encore très clair sur les dates, mais d’ici quelques mois, c’est certain, le grand manitou belge se fera plus discret.

Un futur retraité actif

Le teint toujours hâlé, Patrick Lefevere est une figure qui attire les regards quand il se déplace dans une aire de départ ou d’arrivée. Repérable à sa tignasse plus blanche que blanche, il semble à la fois partout et nulle part. D’une embrassade avec un de ses coureurs au rôle de VRP de luxe qui prend le temps de répondre à presque tous les médias, on ne sait jamais vraiment où le trouver, mais on sait qu’on le trouvera. Son rôle est parfois flou parce qu’il est multiple : le Belge est le grand patron de l’équipe la plus prolifique du peloton depuis des années. Un homme d’expérience qui n’a pas toujours fait l’unanimité et qui ne la fait toujours pas, aujourd’hui. Mais un homme qui sait gagner. Et un homme qui n’est pas éternel, donc. En marge du Vélo de Cristal, la cérémonie qui récompense le meilleur coureur belge de l’année (le prix a été décerné à Remco Evenepoel cette année), Lefevere a glissé comme une surprise qu’il prendrait bientôt sa retraite.

En février prochain, il devrait donc prendre un peu de recul, sans toutefois quitter complètement l’équipe Deceuninck-Quick Step, qu’il gère depuis 2003. Il sera vraisemblablement dans un rôle différent, de conseiller, jusqu’à fin 2021 au moins. « Je veux absolument éviter que certains disent ‘Il est encore là le vieux ?’, a-t-il expliqué au Het Laatste Nieuws. Je me vois bien dans le futur comme président du conseil d’administration. Je pourrais donner des conseils mais je ne ressentirai plus l’obligation quotidienne d’aller sur les courses. » A 64 ans, Patrick Lefevere a décidé de se faire un peu plus discret, mais il assure aussi que même à la retraite, il aura des passions, parmi lesquelles le cyclisme. Après 40 années dans l’encadrement d’équipes et quasiment la moitié comme manager général, on ne décroche jamais vraiment. Le Flamand au français parfait, amoureux des classiques mais aussi spécialiste du mercato, sait qu’il ne se refera pas.

Controversé mais respecté

Mais peu importe, désormais, ce qu’il advient de sa carrière. Ses plus grands accomplissements sont forcément derrière lui, car il ne pourra pas faire beaucoup mieux que ce qu’il a fait depuis vingt ans, avec Mapei puis Quick-Step. Il a régné sur les classiques et notamment sur Paris-Roubaix, avec dix victoires en quinze ans, entre 1995 et 2009, décrochant même quatre triplés en 1996, 1998, 1999 et 2001. Une telle domination, forcément, a valu quelques soupçons à Lefevere, ses équipes et ses coureurs. Il y a un peu plus de dix ans, il a été visé par une enquête du Het Lastste Nieuws et a reconnu avoir utilisé des amphétamines pendant sa carrière de coureur. Il n’a rien dit, en revanche, sur des pratiques douteuses lors de sa deuxième vie, comme manager. Les doutes existeront sans doute pour toujours, alimentés par les déclarations parfois pleines de sous-entendus de certains adversaires.

Personne, pour autant, ne peut retirer à Patrick Lefevere ses qualités de meneur d’homme. Il a quasiment toujours su tirer le meilleur de ses coureurs, mais aussi les remplacer quand ils ont eu des envies d’ailleurs – ou bien des prétentions salariales trop élevées. Ces dernières années, Niki Terpstra, Marcel Kittel, Fernando Gaviria, Elia Viviani, Enric Mas ou Philippe Gilbert ont décidé de partir pour toucher davantage ailleurs. Ils ont fait une croix sur le collectif de Quick-Step et certains peuvent s’en mordre les doigts. Pour d’autres, il faudra attendre un peu avant de tirer des conclusions. Mais du côté de Lefevere, c’est comme si on n’avait jamais regretté personne, chaque cador étant remplacé l’année suivante par un autre, qui à son tour finira par signer un meilleur contrat chez un concurrent. Le seul fidèle de ces vingt années, finalement, est peut-être Tom Boonen. Celui que l’on associe immanquablement à Lefevere. Et celui qui aurait des chances de remplacer son mentor. « Il pourrait, avec son flair et son charisme », a glissé le manager. La boucle serait bouclée.

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