Trois étapes, six cols au-dessus des 2000 mètres et un sommet à plus de 2700 : Christian Prudhomme a voulu faire de ce triptyque alpestre un rendez-vous en altitude pour les principaux favoris du Tour de France. Souvent en difficulté ces dernières années, les purs grimpeurs devraient y trouver un terrain à leur convenance.

La question génétique

Le chiffre est souvent balancé comme un cap symbolique. 2000 mètres, une altitude toute particulière, rarement dépassée, ou certains coincent et ou d’autres s’envolent. Frédéric Grappe, directeur de la performance chez Groupama-FDJ, parle d’athlètes répondeurs et non répondeurs aux effets de l’altitude. « Entre ces deux types de coureurs, il y aura des sensations très différentes dans l’effort, détaille-t-il. En altitude, la pression neurométrique diminue. Un athlète non répondeur s’essoufflera plus rapidement et aura plus de difficulté à oxygéner ses muscles. » En résumé, le coureur perd de la puissance, un phénomène qui peut commencer dès 1800 mètres chez les coureurs les moins répondeurs, quand d’autres ne le perçoivent que bien plus haut, aux alentours de 2300 mètres pour les plus chanceux. « C’est une question de génétique », poursuit Julien Pinot, lui aussi entraîneur de Groupama-FDJ.

À cette altitude-là, le grimpeur John Gadret, en son temps, excellait. « Sur les étapes de montagne, où les difficultés à plus de 2000 mètres s’enchaînaient, je me sentais beaucoup plus fort que les rouleurs-grimpeurs », se remémore-t-il aujourd’hui. Pourtant, l’amoureux du Tour d’Italie, passé par AG2R La Mondiale et Movistar, n’a jamais fait de préparation spécifique. « En 2011, quand je fais troisième du Giro, je me suis entraîné chez moi, dans le Nord-Pas-de-Calais », sourit-il. Au-delà de 2000 mètres d’altitude, sur le Passo Giau, le Passo Fedaia, le Colle delle Finestre où à Sestrières, où ce cap est chaque fois franchi, ce sont donc les qualités naturelles de John Gadret qui font la différence.

Les stages, pas automatiques

Reste une façon d’améliorer ses capacités à ces altitudes extrêmes. Auparavant tabou, les stages en altitude sont devenus monnaie courante depuis quelques années. Afin de préparer au mieux le Tour de France autour de Thibaut Pinot, la bande à Marc Madiot s’est donc réunie, cet hiver, au volcan Teide, aux îles Canaries, pour un stage très particulier. Les entraîneurs avaient alors dû prendre en compte, minutieusement, les effets de l’altitude sur chaque membre de l’équipe. « Ce n’est pas anodin, il ne faut pas faire n’importe quoi, alerte Frédéric Grappe. Il faut suivre un vrai protocole : un bilan sanguin un mois avant et un suivi médical pendant le stage. »

Problème, tout le monde ne réagit pas la même manière. « Pour un coureur supportant mal l’altitude, la perte de rendement peut atteindre 10 %, précise l’entraîneur. A l’inverse, pour un autre répondant beaucoup mieux, le gain peut être supérieur à 10 %. Ce n’est pas une science exacte. » Conscient de l’incertitude que représentent ces stages et surtout désireux d’économiser des forces, Thibaut Pinot a préféré éviter une autre virée en altitude quelques semaines avant le Tour de France. Le passage des Alpes, jalonné de six cols de plus de 2000 mètres au programme, dira s’il a bien fait.

Avantage Bernal et Pinot

« C’est rare d’avoir autant de passages au-dessus de 2000 mètres, se réjouit malgré tout Frédéric Grappe. C’est certain, les vrais grimpeurs vont être avantagés. L’enchaînement des cols à haute altitude amène une fatigue supplémentaire. Les vrais grimpeurs, qui sont des athlètes économiques, peuvent y gagner énormément de temps. » Egan Bernal a déjà su en profiter, ce jeudi vers Valloire, en attendant les arrivées au sommet de Tignes et de Val Thorens. John Gadret, lui, ne dit pas autre chose sur l’opportunité que représentent ces ascensions à part. « Redescendre et remonter en altitude, ça pèse énormément dans l’organisme. À partir du deuxième col, certains coureurs, qui ne sont pas habitués à enchaîner ces efforts, vont se sentir sans force. »

De quoi remettre en question le classement général et le règne, depuis plusieurs années, de rouleurs-grimpeurs régulièrement venus de l’équipe Sky. On ne saura pas, cet été, comment Chris Froome aurait pu se débrouiller sur ces pentes. Mais on pourra étudier les réactions de Geraint Thomas et d’Egan Bernal, aux profils différents. Avec un avantage, sur le papier, pour le plus jeune. « Je ne m’inquiète pas pour Bernal, c’est un Colombien, note Frédéric Grappe. Il est habitué à grimper des longs cols et à vivre en altitude. Par contre, Geraint Thomas va avoir plus de difficultés quand les autres vont accélérer. » A Pinot, aussi, d’en profiter. Il reste deux étapes pour ça.

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