Les jours se suivent et se ressemblent sur la route du Tour. Comme à Laruns, deux Slovènes ont franchi la ligne d’arrivée aux deux premières places au sommet du Grand Colombier. Et comme à Laruns, c’est Tadej Pogacar qui a devancé au sprint l’actuel maillot jaune du Tour, Primoz Roglic.

Les guêpes tueuses

Constamment à l’attaque dès que les routes s’élèvent, Pierre Rolland devra encore attendre pour remporter une troisième victoire d’étape sur le Tour. Encore présent dans l’échappée matinale, l’ancien maillot blanc était le plus fort à l’avant mais l’écart avec le peloton, contrôlé toute la journée par les hommes de main de Roglic, ne lui a jamais permis d’y croire. Dans le Grand Colombier, la machine néerlandaise a rapidement poussé à bout Bernal et Quintana. A l’agonie dès les premiers kilomètres de l’ascension, les deux Colombiens accusent au sommet un débours de plusieurs minutes. Les équipiers du maillot jaune ont fait le ménage et ce n’est pas la première fois. Depuis Nice, Jumbo-Visma dicte sa loi au reste du peloton. Adam Yates a bien tenté une offensive ce dimanche mais Tom Dumoulin, comme à son habitude depuis Peyresourde, a joué l’équipier de luxe rendant désuète la moindre tentative adverse. Lorsque le Néerlandais s’est écarté dans l’ultime kilomètre, Sepp Kuss a suivi l’attaque de Roglic. Voyant Pogacar et Porte résister, l’Américain a assuré le tempo l’espace de quelques instants pour lancer le sprint de son leader. Si le maillot jaune n’a pas su conclure le travail entamé par les siens, son équipe a encore été impressionnante.

Pour mesurer la force collective de Jumbo-Visma, il suffit en fait de jeter un coup d’œil au classement général. Après deux semaines de course, quatre équipiers de Roglic apparaissent dans les 20 premiers. Le cinquième, George Bennett, occupe la 21e place. A titre de comparaison, l’équipe de Dave Braisforld, pourtant ultra-dominatrice sur le Tour de France depuis 2012, n’a réussi qu’une seule fois à placer quatre coureurs dans les 20 premiers à Paris. C’était en 2016, avec Froome (1er), Henao (12e), Thomas (15e) et Nieve (17e). De son temps, l’US Postal de Lance Armstrong n’avait jamais terminé le Tour avec plus de trois hommes aussi bien classés.

Tadej Pogacar aura des occasions pour attaquer

Pourtant, la victoire de Roglic sur les Champs-Elysées n’est en rien assurée. Parce qu’il reste une semaine, et la plus difficile, mais surtout parce que le jeune Pogacar, 21 ans seulement, a encore montré qu’il pouvait tenir tête à son compatriote. De là à imaginer le cadet faire vaciller l’aîné, il n’y a qu’un pas. Pogacar est le seul à avoir repris du temps en montagne à l’actuel maillot jaune. Aussi, il a déjà prouvé être à la hauteur de Primoz Roglic dans l’exercice du contre-la-montre en le devançant de neuf petites secondes lors des championnats de Slovénie. A l’inverse, “Rogla” a semblé compter chaque coup de pédale depuis le Grand Départ pour préserver ses forces en vue des derniers jours de course. Le col de la Loze, le plateau des Glières puis l’ascension chronométrée de la Planche des Belles-Filles nous permettront d’y voir plus clair. Jumbo-Visma fait la loi. Mais ça ne suffit pas toujours à éviter une révolution.

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